franchi cinq siècles d’histoire, opiniâtres et inaltérables galériens. Nous avons subsisté, persévéré sur les flots du temps, dans cette barque putride et imputrescible à la fois, dégradable et pérenne. Notre histoire est celle d’une perpétuelle menace d’effacement, effacement d’un paysage, effacement d’un peuplement: le génocide des Indiens caraïbes, la grande transhumance, l’esclavage et, depuis la mort de l’Empereur, une interminable histoire de brigandage. Notre substance est tissée de défaites et de décompositions. Et pourtant nous franchissons la durée, nous traversons le temps, même si le sol semble se dérober sous nos pas. Malgré vents et marées, malgré ce présent en feu, ce temps de tourments, cette éternité dans le purgatoire, nous continuons à survivre en nous livrant à d’impossibles gymnastiques.
Enfin, chères amies lectrices, chers amis lecteurs, j’imagine que vous serez d’accord avec moi sur l’idée qu’en Haïti, rien ne devrait se faire comme cela se faisait avant. Nos relations entre nous-mêmes, nos relations avec notre environnement, avec le pouvoir, avec les autres pays. Nous devons changer. De perceptions. De conditionnements. Voilà pourquoi il nous faut de vrais « bâtisseurs de société ». Des entrepreneurs et non des hommes d’affaires. Des spécialistes en conception d’espaces habitables et non simplement des « Ingénieurs kap bay bel kout krayon ». On a tellement vu de belles maisons s’écrouler sous les secousses. On a tellement perdu d’êtres chers sous le poids du béton armé, mal armé. On a tellement vu de gens disparaître à cause de la fragilité des supports, des poutres mal conçues, mal « dimensionnées », de dalles surdimensionnées par rapport aux supports. On a tellement vu de choses que l’on n’aurait jamais dû voir, qu’il faut que l’on change. Complètement. Voilà pourquoi il nous faut des « bâtisseurs ». Voilà pourquoi nous devrons, une fois l’urgence résolue, exiger de nos dirigeants la responsabilité qu’ils doivent au pays. Voilà pourquoi il nous faut exiger de nous-mêmes une meilleure façon de fonctionner. Voilà pourquoi il nous faut, comme disent les spécialistes, faciliter à tout Haïtien une attention plus soutenue, une écoute, un refuge lui assurant la restauration de la confiance en soi et l’élaboration d’un projet de vie constructeur. À part cette dynamique « psychosociale individuelle » il faut arriver à développer une approche complémentaire : le développement social. Ce qui veut dire la création d’une société qui ne se définit pas à partir de la seule production mais qui recherche le mieux-être des populations, à partir des dimensions, environnementale, culturelle, sociale et politique.
Maintenant se pose le vrai problème : comment créer ces bâtisseurs ?
Et s’ils existent déjà, où les trouver ?
Oscar Germain
germanor2005@yahoo.fr
Février 2010
Mercredi 24 Février 2010
Haïti en Marche • Vol XXIV • N° 05
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