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Un certain 12 janvier. Par Prince Marc
Il y a 4 ans, un certain 12 janvier, ma vie a basculé. Certains en ont profité pour faire du capital politique, faire du fric, écrire des bouquins, se faire connaitre, enfin tout et rien. Mais nous les victimes, les sinistrés, les oubliés, la majorité silencieuse. Nous porterons à jamais les séquelles de ce bouleversement dans notre chair et dans notre ame.
Je n'avais pas de carnet noir pour noter mes impressions du moment, mais je n'oublierai pas pour autant ma journée du 12 janvier.
Je n'oublierai pas que j'ai passé tout l'après midi (de midi à 4 heures) à réviser un projet d'avenir avec un camarade.
Je n'oublierai non plus que la minute fatidique m'avait trouvé en plein cours au Collège St-Pierre. Je n'oublierai jamais ce que j'enseignais ce jour-là.
Je ne peux pas oublier qu'une minute avant j'étais appuyé sur le balcon. Etait survenu l'événement une minute en avance que je serais projeté la tête la première, et bien sur "anba dekonb".
Je ne pourrai pas oublier que d'un deuxième étage, je suis sorti, après les premières secousses bien sur, en m'appuyant simplement sur mes fesses. Donc le rez de chaussée et le premier se sont ensandwichés.
Bien sur qu'il y avait des étudiants et des professeurs au premier étage et des gens à la direction. Dieu seul sait ce qu'ils sont devenus. Mais je me souviens avoir vu "ma" première victime, c'était une étudiante dans ce qui fut le premier étage.
Je suis sorti sain et sauf, du moins physiquement, de ce désastre, ainsi que tous les membres de ma famille (nous devrions être plus de dix dans divers coin de Port-au-Prince ce jour-là). Mais je n'oublierai jamais Frances et Guerline, qui ne seront, peut-être, jamais dans aucun registre et qui sont restées ensevelies sous les décombres de cet édifice bancal de 4 étages ou je passais le plus clair de mon temps, lorsque je n'étais pas en salle de classe.
Aujourd'hui, 4 ans après, je suis un (itin)érrant. J'ai vécu dans 3 pays différents. J'ai connu l'hiver boréal et ses -40. Bien sur que j'ai travaillé et étudié. Mais je préfère revenir chez moi.
Puisqu'il faudra mourir un jour, dans un mois comme dans 50 ans, j'aurais préféré que ce soit en Haiti. Pas forcément à Port-au-Prince. De préférence dans ma Plaisance natale. A la rigueur au Cap, puisque j'y suis accidentellement né, mais surtout nulle part à l'étranger, même pas sur la terre de mes ancêtres en Afrique.
Ami lecteur, je ne sais pas ce que 12 janvier signifie pour toi. Quant à moi, ce jour est incrusté en mon être en lettres d'EMOTION.
Marc

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