Venezuela : c’est l’opposition qui est anti-démocratique (Roar Mag)
Ne vous laissez pas berner par la vue de manifestations au Venezuela : cette fois les méchants anti-démocratiques ne sont pas au gouvernement mais dans l’opposition pro-américaine.
(…) Je suis de plus en plus frustré par (1) l’absence totale d’information équilibrée sur le Venezuela dans les médias internationaux, y compris dans des publications de centre-gauche comme The Guardian ; (2) la facilité apparente avec laquelle les camarades de la gauche libertaire ignorent les événements au Venezuela comme s’ils étaient en quelque sorte « étrangers » à notre cause , tout simplement parce nous ne sommes pas censés avoir une affinité idéologique étroite avec le chavisme, et (3) la base mal informée sur laquelle de nombreux militants et même mouvements importants ont pris le parti des manifestants contre le gouvernement, partageant aveuglément la propagande de l’opposition de droite et répercutant les interprétations superficielles et dangereusement bornées sur les manifestations. J’ai l’intention d’écrire plus longuement sur ce sujet, mais voici déjà quelques réflexions :
1. Ce n’est pas parce que des gens sont dans la rue qu’ils sont de notre côté. Nous vivons à l’ère du manifestant, et les protestations violentes sont devenues le spectacle médiatique par excellence (en français dans le texte - Ndt]. Dans le sillage de l’occupation de la place Tahir, nous avons été conditionnés à ressentir automatiquement de la sympathie pour tous les hommes et les femmes qui prennent les rues pour faire face aux cordons de la police anti-émeute. Il y a une vidéo YouTube qui circule sur le web où une Vénézuélienne avec un odieux accent de la classe supérieure américaine raconte l’héroïque soulèvement étudiant du Venezuela contre un « gouvernement illégitime ». A première vue, la vidéo - qui a recueilli plus de 2 millions de visites à ce jour - semble correspondre parfaitement aux récits des soulèvements mondiaux. Mais quiconque se soucie de faire un peu de vérification ou de recherche de fond va rapidement découvrir que les manifestations au Venezuela n’ont pas grand chose à voir avec Occupy ou le mouvement étudiant chilien.
2. Les manifestations au Venezuela sont (au moins en partie) orchestrées par l’oligarchie de droite. Rétablissons les faits : beaucoup de Vénézuéliens prennent les rues avec des griefs légitimes contre la criminalité, une forte inflation et les pénuries alimentaires - et il ne fait aucun doute que la police anti-émeute vénézuélienne est violente envers un grand nombre de ces manifestants. Toute brutalité policière doit être fermement condamnée. Les Vénézuéliens devraient être autorisés à exprimer librement leur indignation en public sans crainte de répression. Mais à cet égard, il convient de souligner qu’au moins deux des principaux griefs des manifestants ont été délibérément amplifiés par l’élite oligarchique elle-même : grâce à une vaste accumulation et le trafic des produits de consommation (donnant lieu à des pénuries et à une inflation des prix) et la spéculation massive sur le marché des devises (provoquant une baisse du Bolívar et alimentant encore plus l’inflation ). C’est précisément le type de guerre économique à laquelle l’opposition chilienne pro-américaine a fait appel avant le renversement de Salvador Allende en 1973.
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