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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


« J’ai dû te dénoncer... » Par Eduardo Galeano,

Publié par siel sur 24 Mai 2014, 12:30pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA

En Uruguay, on inaugure une prison par mois. C’est ce que les économistes appellent un « plan de développement ». On transforme en prisons les casernes, les commissariats de police, les bateaux abandonnés, les vieux wagons de chemin de fer et même la maison de chaque citoyen. Il y a plus de prisonniers politiques que de prisonniers de droit commun. L’Uruguay possède la plus forte proportion de prisonniers politiques du monde, sans compter les prisonniers du dehors, ceux qui sont de l’autre côté des barreaux. Le quart de la population, un million de personnes, vit en exil ; presque toutes celles qui sont restées sont bannies à l’intérieur même des frontières.

Le 27 juin 1973, le pays s’est réveillé avec un coup d’Etat. Le Parlement, les partis politiques, les syndicats, furent liquidés, ainsi que tout le reste. Trois mois plus tard, des élections eurent lieu à l’université. Les candidats de la dictature obtinrent 2,5 % des voix. En conséquence, la dictature emprisonna pratiquement tout le monde et remit l’université aux candidats qui avaient obtenu 2,5 % des suffrages.

Ce coup d’Etat n’a fait que parachever une situation de fait. En réalité, le Parlement n’existait plus : il était devenu ce que les médecins nomment un « membre fantôme », celui que l’on « sent » encore après l’amputation. Déjà, au début de 1973, l’Uruguay produisait plus de violence que de viande ou de laine : il emprisonnait, torturait, tuait ou exilait les jeunes. Les queues pour obtenir un passeport faisaient plusieurs fois le tour du pâté de maisons ; les bateaux levaient l’ancre emplis de jeunes gens qui (...)

« J’ai dû te dénoncer... » Par Eduardo Galeano,

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