C'était sur Vision 2000 l'écoute du jeudi 13 novembre.
V. Numa raconte que le cortège présidentiel a tué plusieurs personnes en Haïti. Il dit qu'il a vu de ses yeux une des voitures du cortège présidentiel écraser et tuer quelqu'un sur la route de Tabarre.
Le plus insolite dans cette histoire ce sont les réactions des 2 journalistes à cette horreur:
1) Les journalises prétendent que Martelly ne serait pas au courant ( ah, ah !) de ces homicides.
2) V. Numa conseille aux Haïtiens, de se garer immédiatement dès qu'ils entendent les sirènes du cortège présidentiel pour éviter éventuellement d'être tués.
3) V. Numa prétend que dans tous les pays les officiels se déplacent avec des voitures équipées de sirènes. J'avoue que cette déclaration m'en bouche un coin.
Je n'ai jamais vu depuis toutes les années que je vis en France, des ministres se déplacer toute la sainte journée avec des voitures devancées par des motocyclistes et avec sirènes. Dans mes voyages autour du monde, et même en RD, voisine d'Haïti, cette histoire de sirènes n'existe pas. Imaginez le scandale qu'aurait causé la mort d'un passant provoqué par le cortège de Hollande ou bien la voiture écrasée d'un automobiliste !
4) V.Numa raconte avoir vu, une voiture d'un cortège présidentiel ou bien d'officiels quelconque pratiquement écraser la voiture d'une jeune femme qui n'avait aucune possibilité de se mettre de côté. Et, à notre stupéfaction, sa réaction, c'est : "que peut-on faire si ce n'est accepter."
5) V. Numa, bizarrement, ne propose même pas que les victimes de ces abus se regroupent pour porter plainte.
Conclusion : à écouter la manière dont ces deux journalistes traitent une affaire dans laquelle des représentants de l'Etat provoquent dégâts et morts d'hommes, on peut comprendre pourquoi malgré la somme d'actes de banditisme faits par les roz, Martelly se sente à l'aise et puisse déclarer à un journaliste allemand " Les Haïtiens quand je leur dis d'aller à droite ils m'obéissent et vont à droite."
Effectivement, V. Numa conseille, lui aussi, aux passants et aux automobilistes de se mettre à droite dès qu'ils entendent les sirènes du cortège présidentiel. Mais s'ils n'ont pas la possibilité de se garer, de se mettre à l'écart ? Eh bien, tant pis pour eux.
Une seule alternative : Sak pa kontan anbake !
Or, ce qu'on aurait attendu de ce directeur d'opinion dont le boulot est de diriger l'opinion aurait été :
1) Qu'il mène ou fasse mener par des journalistes une enquête sur les accidents mortels provoqués par ce cortège présidentiel.
2) Qu'il ne déresponsabilise pas le "chef suprême " (Martelly ou un autre) et qu'à l'inverse il accuse ces chefs d'homicide involontaire( dans le cas d'Haïti ce serait de préférence homicide volontaire)
3) Qu'il encourage les victimes et parents des victimes à se constituer partie civile pour porter plainte contre l'Etat. Même si, connaissant l'injustice du système judiciaire, on peut s'attendre à ce que la plainte reste dans un tiroir; mais il s'agit d'une question de principe, d'éducation à la citoyenneté, à ses droits et à ses devoirs.
4) Qu'il compare ce comportement des dirigeants haïtiens avec ce qui se passe ailleurs - tout simplement à côté en RD, de manière à montrer aux auditeurs que ce comportement est anachronique, inacceptable, criminel et tout simplement dément.
5) Qu'au lieu de conseiller aux auditeurs la servitude volontaire, il les incite à dénoncer et refuser les abus par tous les moyens.
Il faut écouter cette émission du jeudi 13 novembre afin de mieux comprendre- ce que je dénonce tout le temps- à savoir l'absence de sérieux et de professionalisme, la manière superficielle, la désinvolture avec laquelle des journalistes haïtiens traitent des sujets graves, comme celui-ci où il y a mort d'hommes. Journalistes qui s'apparentent plus à des animateurs, des conteurs d'anecdotes et donneurs de leçons de morale.
Ce qu'attend le public haïtien de ceux qui ont une audience et la possibilité de parler, c'est d'être soutenu dans sa marche vers la démocratie, et non pas qu'on lui conseille d' accepter par peur de se "conformer " aux abus, d'être maltraités par des gens qui ont certes, des privilèges mais dont les droits et les devoirs sont les mêmes que ceux de n'importe quel citoyen devant la Constitution.
Sinon, comment sortir de la dictature ?
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