En ce temps-là, la vie était totalement différente du temps d'aujourd'hui. Nous vivions dans le quartier et la responsabilité de l'éducation pesait sur tous les adultes. Alors nous avions des ...
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Beau, parce qu'écrit dans un français agréable, sans emphase
Beau, parce qu'à travers une anecdote, il offre une description toute en finesse de cette Haïti de la classe moyenne avant le désastre des 2 Duvalier.
Et aussi, parce qu'il donne la possibilité aux "d'origine haïtienne" dont les parents ont été tués, faits disparus, emprisonnés, forcés à l'exil, de partager des sentiments douloureux, des histoires personnelles, familiales, jamais contées, souvent occultées . Mais qui, bien que passées à la trappe, ont laissé une empreinte indélébile sur leurs vies d'adultes.
Je reste abasourdie, en voyant que ce sont ces gens-là (leurs patronymes parlent pour eux) qui ont causé tant de malheurs dans les familles haïtiennes et qui ont freiné volontairement l'avancement du pays, que la Communauté Internationale a choisi pour "reconstruire le pays".
Mais, le plus angoissant, ce n'est pas n'est pas ce choix de la CI- qui n'a jamais montré de sympathies particulières pour les Haïtiens; en dehors de ceux à leur bottes qu'ils savent récompenser avec de la pacotille- mais les natif-natal lettrés qui remettent le destin du pays à des gens coupables et complices de crimes contre l'humanité.
Cette amnésie, ce "on efface tout et on recommence avec les mêmes" est véritablement ce qui fait peur, parce que témoignant d'une absence collective de la moralité la plus basique (nul besoin d'être des héros)
Et de ce fait, augurant d'un mauvais présage, avec ou sans la bande des moun san cheveu roz, sur l'avenir d'un pays, dont ceux qui en sont les têtes pensantes, les dirigeants, se refusent à prendre leur distance avec des criminels.
Et pire, se compromettent quotidiennement avec eux, au prétexte fallacieux d'une réconciliation, qui en réalité offre l'occasion à ces incendiaires et fils d'incendiaires, à ces cagoulards et fis de cagoulards, de se donner l'absolution.
Et de se remettre en selle, en même temps que de réactiver en toute impunité leurs pratiques d'abus, de méchanceté, de corruption, de violences et de viols - dont ils ne se sont jamais repentis, ni départis.
Parce que, comme souligné par Leslie Péan, le macoute reste leur modèle.
Selon certains, si cette récupération et le placage de criminels ou de leurs enfants aux grands postes de l'Etat a été possible,( mise à part les pressions de la CI) ; c'est d'abord parce qu'ils ont toujours été présents dans les coulisses des gouvernements qui se sont succédé depuis le départ des Duvalier en 1986.
Un autre argument est celui qu'on entend souvent répéter à satiété : "dans toutes les familles haïtiennes, il y a eu des macoutes". J'en doute fort.
Mais admettons que cela puisse être vrai.
Est-e que dans toutes les familles haïtiennes il y a eu des macoutes et des duvaliéristes aussi méchants que Zacharie Delva, que les Brunache, Balmir, Théano and co à Jérémie, que Mme Adolphe directrice de Fort-Dimanche, que Day, préfet de Port-au-Prince, que Cinéas et frères, et tous les autres chefs : ministres et hauts fonctionnaires des 2 Duvalier qui , comme au temps de l'esclavage, pouvaient sans autre forme de procès, vous envoyer de vie à trépas ?
Je ne crois pas. Certes, le pays était macoutisé de haut en bas. Ceux qui refusaient de collaborer avec le régime sont partis, ont été chassés, ont été tues ou faits disparus.
Mais d'un autre côté, avoir sa carte de macoutes était une garantie de protection contre les abus, ça ne signifiait pas automatiquement la participation active aux crimes, aux séances de tortures, aux vols et aux viols.
Les petits macoutes, brûlés en 1986, qui n'étaient, certes, pas tous des enfants de choeur, ont payé pour leurs chefs, ceux qui se trouvent aujourd'hui au timon des affaires, cinquante ans plus tard.
Le fait que la société haïtienne ait refusé de juger les auteurs des crimes sous les 2 Duvalier, a, depuis 1986, piégé le chemin vers la démocratie. No justice, no peace !
Pour ceux qui croient aux énergies négatives et positives, ce qui se passe depuis lors, serait comme d'emménager dans une nouvelle maison dans laquelle les murs porteraient des tâches de sang, traces des crimes qui y ont eu lieu, et dont les occupants se refuseraient à les nettoyer.
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