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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Dialogue de révolution - Par Robert Lodimus

Publié par Robert Lodimus sur 11 Septembre 2015, 10:32am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

– L’État despotique, c’est comme celui qui existe dans notre pays depuis 1957. Personne ne peut s’exprimer librement. Certaines lectures sont censurées. Il y a même des adolescents qui sont gardés en prison, battus, fusillés et leurs cadavres laissés en pâture aux animaux sauvages des forêts.

– C’est tout à fait comme vous le dites. Nous pouvons prendre aussi l’exemple de Francisco Franco en Espagne appelé Caudillo de l’España por la Gracia de Dios : le Guide de l’Espagne par la grâce de Dieu. Depuis 1939, le dictateur dirige les Espagnols d’une main de fer, faisant exécuter nombre de citoyens qui se sont rebellés contre son régime arbitraire, autoritaire… Il en fut de même pour Staline en Russie. Si les peuples n’arrivent pas à se débarrasser eux-mêmes de leurs tyrans, nous espérons que la maladie s’en chargera à leur place. Et sans pitié.

– Comment parvenir à réorganiser l’État pour qu’il soit capable de soulager les souffrances des pauvres? Il doit exister encore des personnalités honnêtes en Haïti. Des gens qui cultivent des valeurs morales, qui souhaitent le bien-être de leurs semblables, qui veulent contribuer au développement de leur pays, qui rêvent de mettre les richesses naturelles à la disposition de tout le monde… Comment y arriver?

– Tout d’abord, quelle devrait être la nature de cet État qui serait en charge d’une mission si délicate ? On ne peut pas y répondre sans avoir recours aux outils indispensables des théories politiques qui permettent de cerner les aspects fondamentaux du problème au moyen d’une approche cartésienne, ce qui signifie avec une efficacité méthodique : description, explication, prédiction. Pour la description, nous n’avons pas besoin de trop nous y attarder. Nous en avons parlé durant toutes nos conversations à cet endroit où nous nous trouvons en ce moment, et qu’on a dénommé Mer Frappée. Haïti est en panne de développement humain depuis l’accouchement de son « État »par césarienne. Sa population, composée d’une forte majorité paysanne, est toujours maintenue dans des conditions socioéconomiques qui renvoient aux époques tribales. Aux époques de l’homme des cavernes. Le progrès social, économique et culturel passe par les engrenages de l’éducation des enfants et des adultes à un niveau fonctionnel. Le manque d’instruction, l’inaccessibilité aux plateformes des connaissances relatives aux technologies modernes de pointe, cela veut dire dans les domaines techniques névralgiques, l’infertilité, la stérilité en matière d’inventions scientifiques, nous valent le retard difficile voire impossible à rattraper sur les autres parties du globe. Comment expliquer la situation? Il faut remonter à l’origine de la fondation de la patrie haïtienne…

– Et peut-être même avant, si l’on tient compte du climat de discorde et de contradictions dans lequel la révolte des esclaves a évolué tout le long du 18ème siècle. Trahison, division, intrigue, la lutte a dû traverser toutes les zones de turbulences pour parvenir au résultat de triomphe célébré le 1er janvier 1804 dans la ville des Gonaïves.

– Tu as bien raison… Mais il ne s’agit pas de l’unique explication. Depuis le sacre de l’Empereur, assassiné peu de temps après, les masses haïtiennes sont-elles vraiment parvenues à sortir de l’esclavage? Je vous réponds tout de suite, NON…! Elles ont tout bonnement changé de « servitude ». Les Blancs ne sont plus les maîtres visibles… Ils sont soit assistés, soit remplacés par des Noirs et des Mulâtres qui se considèrent comme étant les héritiers légitimes des biens et richesses des anciens colons. Dessalines a voulu résoudre le problème, mais il n’a pas eu le temps. Le 17 octobre 1806, soit deux ans après la proclamation de l’indépendance, il avait rendez-vous, sans le savoir, avec « ses assassins » à Pont-Rouge. Les anciennes puissances tutrices ont tout fait pour saboter la réussite de la « révolution » des esclaves de Saint-Domingue, en semant la haine et la division parmi leurs descendants. Elles savent très bien que l’union des citoyens constitue la charpente de leur force. Seule l’union de celles et de ceux qui se ressemblent, qui vivent les mêmes problèmes, qui héritent des mêmes détresses, qui partagent les mêmes craintes, qui réprouvent les mêmes sentiments de l’avenir incertain, seule l’union de ces gens-là peuvent provoquer l’éclosion du « « changement ». Alors, elles permettent aux uns de s’enrichir et elles acculent cyniquement les autres à la pauvreté, à la misère, à la honte existentielle. Manger, dans notre pays, est devenu un acte qui procure un sentiment de culpabilité. Il inspire la gêne, soulève de l’embarras… Depuis sa fondation historique, la nation haïtienne ne cesse de lutter pour sa survie. Elle est jusqu’à présent menacée, méprisée par les pays occidentaux qui font tout ce qu’ils peuvent pour l’entraîner dans les courants forts de la faillite sociale et économique. Ce pays est encore jeune; pourtant il présente les traits d’un individu exposé au phénomène précoce de la sénescence…

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