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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


ÉLECTIONS À HAÏTI : 54 NUANCES DE GRIS ? Par Fréderic Thomas

Publié par Fréderic Thomas sur 25 Décembre 2015, 19:50pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES

LES ENJEUX NATIONAUX

Pays le plus pauvre d’Amérique latine, Haïti est aussi le plus inégalitaire (avec un coefficient de Gini de 0.61 [3] ) du continent. Du fait de la grande dépendance politique et économique envers la communauté internationale, une reconfiguration de la souveraineté haïtienne s’est opérée. L’État, dont les dépenses sociales ne dépassent pas 5% du Produit national brut, semble avoir délégué au « gouvernement humanitaire » – les milliers d’ONG sur place, les services de coopération, l’ONU, etc. – l’éducation, la santé et, de manière générale, les services sociaux de base, et inscrit ses priorités dans le cadre néolibéral imposé par la communauté internationale.

Si le milieu rural concentre la moitié de la population, l’insécurité alimentaire demeure prégnante, aggravée cette année par la sécheresse, le phénomène el niño et la hausse du prix du panier alimentaire. Ce dernier facteur est le résultat d’un marché très ouvert, de politiques anti-paysannes qui ont rendu le pays dépendant des importations, essentiellement en provenance des États-Unis, et d’une très forte concentration du secteur privé haïtien. Ainsi, la Banque mondiale, qu’on ne peut taxer de gauchisme, indique qu’une vingtaine de familles contrôlent de larges segments de l’économie haïtienne, de telle sorte que les produits alimentaires les plus importants sont vendus en moyenne entre 30 et 60% plus chers en Haïti que dans les autres pays de la région [4] .

À tout cela s’ajoutent, ces dernières années, l’accentuation de la crise politique, l’épidémie du choléra – involontairement introduite par les casques bleues (mais l’ONU refuse d’assumer sa responsabilité) –, l’échec de la reconstruction et la crise migratoire avec la République dominicaine : des milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne, suite à la dénationalisation se sont vus retirer leur citoyenneté dominicaine et devenir, du jour au lendemain, apatrides. Ce serait ainsi près de 25 000 personnes qui ont passé la frontière et se trouvent actuellement en Haïti, souvent dans des conditions précaires [5].

Malheureusement, toutes ces questions n’ont pratiquement pas trouvé de place dans la campagne électorale, qui s’est largement réduite à des slogans déconnectés de tout programme politique. La manière dont Célestin et Moïse abordent la question de l’agriculture est exemplaire à cet égard. Le premier, à deux jours du scrutin, a déclaré : « Si on a 70 % de la population dans l’agriculture il y a un problème. C’est une preuve de sous-développement. Aux USA, c’est seulement 5 % de la population qui est dans l’agriculture » [6] . À première vue, Moïse, « l’homme de la banane » se distinguerait par la mise en avant de l’agriculture dans son projet politique. Ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Ouest, Jovenel Moïse est le PDG de la première zone franche agricole du pays, Nourribio, de commercialisation de bananes, destinées à l’exportation. Il s’agit donc de renforcer un type particulier d’agriculture : la monoculture commerciale d’exportation.

En réalité, les visions des deux candidats convergent dans un même modèle de développement mis en œuvre, depuis les années 1980, par l’« élite » économique haïtienne, et appuyée par la communauté internationale. Ce modèle, entièrement tourné vers le marché mondial, se caractérise par une économie extravertie, dépendante des zones franches d’exportation, et par une politique anti-paysanne [7] .

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