Cette question, vous allez me dire, n'a pas de sens.
Qui prendrait plaisir à être systématiquement maltraité ?
Et pourtant...
On est droit de se demander s'il n'arrive pas un moment, à force d'avoir pris de gré ou de force l'habitude d'être maltraité, que la maltraitance ne soit rentrée dans les moeurs. Ce comportement devenant autant "non négociable" que le carnaval.
La maltraitance deviendrait pratiquement une culture avec ses joies, ses peines, ses coups de gueule, ses tragédies mais aussi son acceptation généralisée.
Un rapport au monde à partir duquel se forgent les identités.
Je vous donne en exemple l'anecdote suivante qui m'avait particulièrement estomaquée.
Le journaliste vedette de Vision 2000 racontait - vrai ou faux - avoir vu un cortège officiel fracasser la voiture d'une jeune femme. Il disait avoir eu de la peine pour cette fille qui avait dû faire bien des sacrifices pour se payer sa petite bagnole.
Il a même renchéri en disant que ces cortèges officiels ont causé des morts.
Cependant, pas une seule fois, je ne l'ai entendu dire que ce comportement des fonctionnaires de l'Etat le révoltait.
Au contraire, son conseil émis sur la radio, était que les gens devaient prendre leurs précautions quand ils se retrouvent face à ces cortèges "twouve an kote pou yo lage ko yo" pour éviter que ces machines infernales ne les broient.
Je ne me souviens pas d'avoir entendu un parmi les auditeurs qui interviennent dans l'émission dénoncer cette pratique stupide et dangereuse, surtout dans un pays où les rues sont défoncées et encombrées généralement.
Ce qui signifie ?
Que :
1- Le directeur d'opinion appelait le public à se soumettre à des pratiques abusives.
2- Que les auditeurs auxquels elles étaient rapportées ne manifestaient ni révolte, ni dégôut.
Et, effet pervers, le dit-directeur d'opinion se transformait en sage, il devenait de bon conseil avec son "lage ko nou an kote" pour éviter le pire.
3- Que lui-même, tout comme ses auditeurs, considérait qu'il était en normal, que les "chefs" avaient le droit d'écraser la voiture d'une personne sur leur passage. Et que c'était à cette personne d'éviter de se trouver sur le chemin du chef. En quelque sorte elle serait la seule responsable de son malheur pour n'avoir pas suivi le conseil sage du directeur d'opinion auto-proclamé.
Derrière la question : est-ce que les masses haïtiennes tireraient plaisir de la servitude volontaire ? - il se trouve une interrogation sur les structures mentales des Haïtiens et notamment leur rapport à ce qu'ils appelent les "autorités."
Pourquoi, s'il est vrai que ces cortèges officiels auraient provoqué des dégats et même des morts, la presse n'en a jamais parlé ?
Pas seulement la presse, les organisations diverses, droits de l'Homme et cie, pour les dénoncer ?
Serait-ce que, pour elles, comme pour le directeur d'opinion et ses auditeurs, que cette conduite serait normale ?
Lage kô nou an kote.
Ce conseil dans le contexte haïtien, devient "avisé".
Si celui qui ne le suit pas tombe dans une ravine, perd une jambe. Tant pis pour lui. Il aura été averti. Et comme dit précédemment, il sera rendu responsable. Ca peut même aller jusqu'au point où certains se moqueront de son malheur. Que d'autres l'accuseront de s'être conduit en "Kongo", en sot.
La sottise devenant le fait d'ignorer que les autorités ont le droit de commettre toutes sortes d'abus. Et l'intelligence serait de prendre garde de ne pas se retrouver sur leur chemin.
"Se mèt ko ki veye ko", un proverbe haïtien qui dans son côté positif signifierait que l'individu est responsable de sa propre conduite. Mais qui dit aussi, qu'il ne peut compter que sur lui et qu'il ne peut attendre aucune protection des structures étatiques, dont la justice.
Il s'agit donc d'être une victime consentante. "Pou ki sa ou pa jwenn an kote po lage ko ou ? Ou konnen ke se kon sa bagay yo ye. Mon chè ou sôt anpil. Konsi ou pa te konnen ke yo te pwal kraze machinn ou."
Il y aurait donc d'un côté des sadiques comme j'en ai parlé ici. Et de l'autre des masochistes heureux, comme ce député qui s'était agenouillé aux pieds de Martelly.
Mais, attention, ce n'est pas aussi simple que cela.
Il n'y a pas deux camps définis.
Les rôles sont interchangeables.
De même que dans le système esclavagiste le fouetté pouvait devenir fouetteur,
Le maso qui accepte d'être maltraité par les autorités peut, à son tour, se comporter en sadique avec ses subalternes, ses domestiques, ses enfants, son épouse.
Il peut à son tour utiliser sa voiture pour écraser les denrées posées à même le sol d'une marchande.
En fait, on en arrive à se demander si la fameuse résilience du peuple haïtien, ne serait pas en réalité, l'expression de l'acceptation du rapport de forces en faveur des chefs à tous les échelons : gouvernement, foctionnaires, patron, maîtres de maison, époux. etc.
Et donc de la maltraitance comme relevant de la norme.
La maltraitance institutionalisée et intériorisée devenant la structure, la colonne vertébrale de la société.
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Au cours de la soirée du 30 Avril et de celle du 1er Mai 2016, de fortes averses se sont abattues sur les communes de Pétion-ville, Kenskoff, Tabarre, Ganthier et les zones avoisinantes.
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=28481
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Le non curage des ravins est la principale cause des inondations à Cité Soleil, Martissant, Mariani, Gressier et frères.
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_poli_fr.php?id=28484
Ainsi, les dégâts et morts provoqués par les eaux relèveraient, non pas de l'incapacité des gouvernants à protéger leurs citoyens en administrant correctement le territoire, -comme d'interdire les constructions dans les lits des rivières, de curer des canaux, - mais seraient imputables à ceux-là, les "kongos", qui s'entêtent à construire leurs habitations n'importe où et qui n'ont pas encore assimilé que les élites aiment les voir souffrir.
Ils n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes .
Et ce sont ces mêmes Kongos qui empêchent le pays d'avancer, de "bay peyi a an chans". Alors que, bien entendu, les rosses roses ont pendant 5 ans accompli ce qu'aucun gouvernement depuis le temps paradisiaque des Duvalier n'avait fait. Ilsont fait preuve d'intelligence. Il faut entendre par là : piller les caisses de l'Etat, escroquer la diaspora, construire des stades qui se transforment en piscine à chaque grosse averse, et inscrire Haïti sur la carte du tourisme international avec des panneaux publicitaires payés à prix d'or pour être exposés à Miami. (Tous ces contrats liés à la publicité pour le tourisme, quel est l'ami de Martelly, de Lamothe, de Balmir-Villedrouin, etc. qui en a bénéficié ?)
Il ne faudrait pas croire que de telles sottises sur la responsabilité du peuple dans tous les malheurs d'Haïti sont prononcées uniquement par les nantis qui tirent leur épingle du jeu et ont intérêt à ce que les masses avalent ces balivernes.
Elles sont répétées par ceux-là même qui, hier encore, n'avaient que leur chemise sur le dos et qui, aujourd'hui, sont députés, sénateurs et espèrent fermement- comme Martelly l'avait formulé dans son entretien avec Fombrun - se retrouver à la même table que les hyper gwo zouzoun et pouvoir dévaliser les caisses de l'Etat comme eux, se comporter avec la même arrogance, le même sadisme
Martelly y est parvenu. Pourquoi pas eux ?
"Un jour pour le chasseur, un jour pour le gibier," un autre proverbe haïtien qui illustre cette interaction entre les rôles du bourreau sadique et celui de la victime masochiste. L'espoir de lendemains meilleurs résidant dans ce "chacun son tour".
Attention, pour éviter tout malentendu, je parle d'un système, d'un mode de pensée, de ce qu'on appelle une idéologie dominante "vendue" ( Courtoisie V. Numa de Vision 2000) par les media, les artistes, les zentellectuels. Ce qui ne veut pas dire que tous les Haïtiens acceptent d'être emprisonnés dans ces rôles de "mangeurs" et "mangés".
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