Le coup d’Etat de 1991
Une partie de la classe moyenne, dont une minorité très hostile, reproche au président Aristide d’avoir trahi le projet de société qu’il défendait durant dans les années 86-90.
Pourtant, le curé devenu président, a su passer de la réalité militante de la théologie de la libération à la praxis des normes capitalistes au niveau de la gestion de l’administration publique. Claude Moise et Emile Olivier le reconnaissent en ces termes : « Tant bien que mal, le nouveau gouvernement sous l’impulsion d’Aristide voulait s’attaquer aux réformes les plus urgentes. Il commençait même à récolter les fruits de son opiniâtreté, à mettre de l’ordre dans l’administration des douanes et des finances. »(1)
Et soulignent que le président Aristide avait raison « de proposer au peuple haïtien un projet radical de changement social basé sur la justice, la dignité et la démocratie, projet qui implique une redistribution sociale, une condamnation sans appel des méthodes macoutiques, une transparence dans la gestion des affaires de l’Etat et une participation des couches sociales marginalisées. Mais il avait aussi mille fois tort de s’arc-bouter à ses 67% pour croire que tout est possible. »(2)
Mais, cette classe moyenne fuyant et/ou critiquant sévèrement le mouvement lavalas depuis le retour à l’ordre constitutionnel en 1994, évoque rarement les dégâts sociaux et politiques causés par le coup d’Etat dans le processus démocratique naissant de l’après dictature. Elle accuse rarement la répression des militaires et du FRAPH. Ce groupe de paramilitaires, composé en grande partie d’anciens tontons macoutes, a été responsable des centaines, voire de milliers d’assassinats au sein des organisations populaires et dans toutes les couches sociales de la République suite aux deux coups d’Etat.
Parmi les assassinats ciblés de citoyens progressistes figurent ceux emblématiques des deux frères Izméry, Antoine et Georges, deux hommes d’affaires issus de la bourgeoisie haïtienne soutenant les causes des masses défavorisées ; et celui de Guy Malary, l’ancien ministre de la Justice du gouvernement d’Aristide.
« Le 11 septembre 1993, en pleine dictature du général Raoul Cédras, Antoine Izméry est enlevé par une dizaine d’hommes de main armés dans l’enceinte même de l’église du Sacré-Cœur où une messe était célébrée à la mémoire des victimes de l’incendie de l’église St Jean Bosco. Trainé dehors, il fut exécuté en pleine rue devant l’église. En 1992, le premier frère Izméry, Georges, a été assassiné par un escadron de la mort paramilitaire lié au nouveau régime.
En septembre 1995, Louis-Jodel Chamblain est accusé de ce meurtre. En fuite en République Dominicaine, il sera condamné par contumace et condamné à la réclusion à perpétuité pour ce crime et aux travaux forcés. En 2004, il est proclamé combattant de la liberté par les grennanbounda ; pour ensuite acquitté sous le régime de PHTK. » (3)
Pris dans l’étau de l’opinion publique et de la mobilisation haïtienne de partout, les USA soutiennent, à leur insu et contre leur gré, le retour du président Aristide. L’OEA instaure un embargo, approuvé par le président Aristide. Néanmoins, cet embargo n’a jamais été respecté. La frontière avec la République Dominicaine était une passoire. Les activités de la Texas Oil Company de même que celles des entreprises de sous-traitance américaines n’en ont pas été affectées.
Cet embargo était en réalité un trompe l’œil, une comédie, car les Américains et l’OEA avaient la possibilité de rétablir rapidement l’ordre constitutionnel s’ils l’avaient voulu. Coup d’Etat dont ils étaient les complices. Et même s’ils n’étaient pas les donneurs d’ordre au général Cédras, ils appuyaient son coup de force contre la République qu’ils ont toujours considérée comme bananière. Entretemps la répression des putschistes s’abat sur Haïti. Gérard Lehmann fait le constat que « la stratégie de Washington est moins dirigé contre la Junte que contre le président en exil. Il s’agit d’exiger de lui des concessions de plus en plus contraignantes ; il a alors le choix entre une inflexibilité qui l’isole et une ouverture à un compromis qui, en réalité, sont des compromissions et le [délégitiment]. »(4) C’est dans ces conditions qu’il a signé les accords de Governors Islande. Il retrouve ses fonctions en 1994 en liberté surveillée.
Et celui de 2004
Le coup d’Etat de 2004 est la continuité de celui de 1994. Car il s’agit toujours d’une question de système socio/politique et d’intérêts financiers où le programme de Fanmi Lavalas, axé sur l’humain et sur des projets sociaux est à contre-courant des intérêts capitalistes.
Pour contrer Fanmi Lavalas au pouvoir et lui infliger un embargo financier et commercial, un programme de propagande nourri d’affabulations, de contre-vérités et de mensonges sera monté de toutes pièces par l’oligarchie. Depuis son entrée en fonction, le 7 février 2001, la communauté internationale porte de graves accusations d’infractions aux droits de l’Homme par son gouvernement.
Sans cesse, l'assassinat de Jean Dominique survenu 3 avril 2000, sous la gouvernance de René Préval, était cité comme exemple de la « barbarie » d’Aristide, qui n’aurait pas hésité à faire exécuter l’un de ses plus fervents partisans et ami de surcroit. Un crime instrumentalisé par ceux-là même qui s’étaient montré les plus farouches ennemis de J. Dominique. Alors que Fanmi Lavalas a toujours considéré Jean Dominique comme un allié pour ses positions en faveur des masses défavorisées. Qui est-ce qui avait le plus intérêt à assassiner Jean Dominique, J.B. Aristide ou R. Boulos ? Jean Dominique l’avait publiquement dénoncé pour son « sirop-poison » contre la toux qui avait provoqué la mort d’une soixantaine d’enfants en Haïti. Un cas resté impuni, la justice haïtienne agissant comme si rien ne s’était passé.
Dans les années 2000, revenait aussi comme un disque rayé, l’assassinat de l’avocate Mireille Durocher Bertin en 1995, attribué aussitôt et illico, comme deux et deux font quatre au président Aristide. Mme Bertin a été assassinée dans un véhicule en compagnie d’un dealer de drogue dont elle était l’avocate, lui-même aussi assassiné. Mais l’assassinat de ce dealer n’a jamais été évoqué véritablement dans la presse. De plus, aucun membre de la famille de Mme Bertin (mari et fille) n’a accusé Aristide ou porté plainte contre lui, jusqu’à aujourd’hui.
« Le sabotage des émetteurs de Boutilliers organisé et avoué par la suite par Guy Philippe était aussi attribué aux partisans de Lavalas. »(5)
Si Aristide était l’assassin de toutes ces personnes, il y a longtemps déjà que les USA qui l’ont dans leur collimateur depuis toujours et la CIA auraient travaillé à collecter des preuves flagrantes pour un jugement le condamnant. Malgré la manipulation de certains soi-disant témoins, les tentatives de la justice sont vaines car les dossiers sur ces sujets sont vides. Il en est de même pour les accusations de trafic de drogue dont il faisait l’objet.
L’oligarchie nationale et internationale, les lobbies des financiers du monde des affaires ont dépensé énormément d’argent dans les médias américains et européens pour répercuter ces informations mensongères. Cela a été tellement bien exécuté que même des partis de gauche qui soutiennent traditionnellement les peuples, ont été pris – et le sont toujours- dans le piège de la désinformation. Qu’en est-il exactement ?
Toutes les pressions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) exercées sur Jean-Bertrand Aristide, pour lui faire appliquer la politique économique néolibérale ne produisent pas les résultats escomptés. «L’homme est rebelle ! constate le professeur Lehmann.
Au delà, de ce trait de caractère, peut-être que M. Aristide n’avait pas bien saisi les implications de ce nouveau changement de mode de production capitaliste. Et aussi qu’il n’avait pas non plus, les armes pour s’opposer à un tel bouleversement du nouvel ordre mondial passant du capitalisme d’Etat en capitalisme mondialisé. En France déjà, le président Mitterrand qui avait nationalisé certaines entreprises privées au début des années 1981, avait vite compris qu’il devait se mettre dans le rang en privatisant d’énormes entreprises nationales industrielles et bancaires comme la BNP, Thomson, Saint-Gobain qui avaient été nationalisées en 1982.
Néanmoins, J.B. Aristide avait pourtant cédé à certaines exigences non populaires comme la suppression de subventions au prix du gaz et la création des zones franches non loin des frontières dominicaines et sur des terres arables cultivées par des paysans. Cependant, selon Gérard Lehmann, même si le président René Préval avait fini par privatiser la plupart des entreprises nationales, « Depuis 1994, Jean-Bertrand Aristide s’est opposé à l’ouverture du pays, aux programmes d’austérité, aux importations étrangères, à la privatisation des entreprises nationales (téléphone, électricité, installations portuaires, aéroport, banques, usines de ciment et moulins (…). En contrepartie, Dans le domaine de l’éducation, dans celui de la protection de l’enfance, dans celui de la santé des progrès véritables avaient été réalisés. »(6)
Or, le programme social est une priorité aristidienne qui n’entre pas dans le cadre du plan d’ajustement structurel des institutions financières internationales. Même en respectant les engagements financiers, mais en bloquant la poursuite des privatisations et en faisant du social, c’est une position inadmissible pour l’oligarchie locale, les entrepreneurs et les institutions internationales. La seule solution envisagée : c’est le renversement de l’ordre constitutionnel. Tous les mots, ratpakaka, lavalas sal, moun lèd, criminel, sauvage, barbare, dictateur et j’en passe, sont utilisés afin de diaboliser et déstabiliser le gouvernement lavalas.
Les dessous de la déstabilisation médiatique
André Apaid, Américain d’origine haïtienne, est engagé par l’USAID en 1986 comme directeur de Promitex, entreprise privée dans laquelle l’USAID, en contradiction avec ses règlements internes, a injecté 7 millions de dollars. En devenant le directeur de Promitex pour USAID, M. Apaid devient automatiquement le représentant de la NED (Fondation nationale pour la démocratie) : deux institutions américaines « qui sont des courroies de transmission de la CIA. » Le directeur générale de l’USAID de l’époque déclarait : « [USAID] Filiale de la CIA dont le but est de promouvoir les intérêts politiques du gouvernement fédéral grâce au financement de programmes d’aide à l’étranger. »(7)
Quant à la NED, elle encadrait six mille organisations politiques et sociales de par le monde dans les années de 2004.
Au début des années 2000, André Apaid est devenu le plus gros patron en Haïti et le représentant de l’oligarchie nationale et internationale. Il s’est mis à la tête de la coalition qui a instigué les troubles qui finiront par emporter le gouvernement, le 29 février 2004.
Son statut d’homme d’affaires, ne l’empêche pas de se placer comme chef de l’ensemble de l’opposition et du groupe 184 créé par Gourgue, dénommée Convergence démocratique, alias grennanbounda. En déclarant qu’ : « Aujourd’hui, Aristide s’est empêtré dans une contradiction où il doit favoriser la liberté d’expression et la démocratie. Au cas contraire, il devra laisser pacifiquement le pouvoir et nous le remettre. [Sic]Monsieur Aristide en rébellion avec la nation. Il est tant qu’il s’en aille. »(8) André Apaid, Serge Gilles et Evans Paul en lieutenants, et l’opposition, n’avaient nullement l’intention de négocier. Ils créaient eux-mêmes des événements d’insécurité et les attribuaient au président Aristide. Même quand Aristide avait accepté pour mettre fin à la crise de nommer un Premier ministre issu de l’opposition, ils restaient arqués sur leurs positions. Ils refusaient tout compromis, toutes négociations.
Les intentions d’André Apaid sont tellement évidentes que la parlementaire américaine, Maxime Waters dénonçait, le 11février 2004, la collusion entre les USA, l’opposition [« démocratique »], la rébellion armée et André Apaid : « C’est ma conviction qu’André Apaid, disait-elle, tente de provoquer un bain de sang en Haïti et d’en rendre responsable le gouvernement en comptant que les Etats-Unis vont venir en aide aux prétendus protestataires contre le président Aristide et son gouvernement. »(9)
Rappel de quelques faits : « 2 janvier 2004 : Le groupe des 184 présente une proposition : démission de Jean-Bertrand Aristide. 7 janvier : une manifestation (organisée par Apaid et alliés) dégénère. Washington accuse le gouvernement haïtien de ne pas être démocrate (…) 13 janvier : le mandat des 2/3 des sénateurs arrive à expiration. L’opposition refuse de nommer des représentants au Conseil électoral. Aristide est accusé de ne pas vouloir organiser d’élections. » Et pour couronner le coup d’Etat, il fallait intimider, provoquer et assassiner les partisans de Fanmi Lavalas, le « 15 juillet 2004, André Apaid organise un meeting à Cité Soleil, un des hauts lieux des partisans du mouvement Lavalas. Il demande l’aide de la France, qui lui fournit une escorte armée avec la présence du premier secrétaire de l’ambassade, Stéphane Grumberg. Le résultat est donné d’avance, une émeute éclate. Une fusillade fait six morts et une quarantaine de blessés. »(10) Cette fusillade, les morts et les blessés ont été mis au compte de Fanmi Lavalas. Des événements comme ceux-là attribués à Fanmi Lavalas sont trop nombreux pour être cités dans le cadre de cette réflexion. Ces quelques exemples aident à rétablir la réalité de la répression contre ce mouvement et à montrer la force politique de Fanmi Lavalas en Haïti. En dépit des répressions contre les sympathisants et militants de Fanmi Lavalas, entre 2004 et 2006, Ti-René est réélu président avec les voix de Fanmi Lavalas en 2006.
Elections de 2010 : Fanmi Lavalas mise hors jeu.
Qu’en est-il depuis 2010 ? En 2010, sans André Apaid, l’oligarchie a enfin réalisé son objectif de 2004, de la manière dont on sait : celui de mettre son représentant au pouvoir suprême. André Apaid voulait que le président remette le pouvoir à l’oligarchie haïtienne, en 2004 ; mais ce seront les Clinton qui accompliront cette tache, en 2010. Pauvre Martelly qui n’avait pas tout compris du deal, qui a permis son accession, et s’était permis de réclamer le paiement de ses impôts à Apaid. A celui-là même qui a préparé son accession au trône. Mais il a eu vite fait de se reprendre. Depuis lors, le nom d’Apaid n’a plus jamais été mentionné par quiconque, journalistes ou particuliers et dans aucune affaire. Ce rappel à l’ordre a pu provenir d’Apaid en personne. Faute de quoi… ! Jodi a se misye Réginald Boulos ki te deja la an 2004 ki ranplase misye Apaid kom reprezantan oligachi a !
C’est sans doute pour barrer la route à Fanmi Lavalas que Michel Martelly et la communauté internationale refusaient (indirectement) de concrétiser l’organisation d’élections depuis 2010. Au point où le président Michel Martelly en soit parvenu à gouverner uniquement par décrets ! Mais, de cette situation l’opposition, - dans une moindre mesure Fanmi Lavalas qui n’a jamais été en faveur du renversement de Michel Martelly avant la fin de son mandat – est aussi responsable. Je me rappelle du piège qu’avait organisé le sénateur Desras à l’encontre du sénateur Steven Benoit, en l’accusant d’avoir signé l’Accord d’El Rancho contre la volonté du groupe des six, après le lui avoir ordonné. Et on peut se demander si le groupe de six –auquel n’appartenaient ni Desras, ni S. Benoit - n’avait pas aussi été infiltré, et à quel niveau ? Une chose est certaine, la classe politique dans son ensemble est convaincue qu’en cas d’élections démocratiques, Fanmi Lavalas risque d’en sortir le grand vainqueur. L’utilisation de la fraude, de la répression, d’allégations mensongères sur les réseaux sociaux sont parmi les techniques utilisées pour faire obstacle au choix de la majorité.
Pas un des autres leaders politiques en Haïti ne parvient à faire oublier le président Aristide. Les électeurs de Fanmi Lavalas sont fidèles à leur parti. Le charisme de Titid n’explique pas tout. Il y ce qu’il représente pour eux : un des leurs qui leur veut du bien, qui arrive au sommet de l’Etat et qui ne s’agenouille pas pour obéir aux diktats des oligarchies. Or, la classe moyenne, bien que championne du monde dans les commentaires et les accusations sans fondements, ne vote pas. Ceci explique cela. Les autres représentants politiques, malgré leur infiltration par les services secrets étrangers, sont jusqu’à présent incapables d’abattre l’arbre lavalas, malgré les purges sanglantes des militaires, du FRHAP et de la Minustha, dont les racines repoussent avec de nouvelles générations d’électeurs.
L’évidence par les preuves
En 1994, après le retour d’exil d’Aristide, Fanmi Lavalas organise les élections, Préval est élu démocratiquement. En 2000, d’autres élections sont organisées démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide est réélu président et Fanmi Lavalas en sort le grand vainqueur. La communauté internationale avait d’abord validé ces élections qu’elle avait observées avant de les condamner quelques jours plus tard.
En 2004 : nouveau coup d’Etat. La communauté internationale place Latortue aux commandes. Malgré toutes les répressions du régime de Latortue avec la force de FRAPH, de la MINUSTHA et toute la médiatisation de diabolisation, René Préval est réélu président avec les voix de Fanmi Lavalas dans des élections organisées par Latortue lui-même. Durant ce deuxième mandat, René Préval se démarque de Fanmi Lavalas, mouvement auquel il ne désire plus être associé. Il crée sa propre organisation qui a pour candidat Jude Célestin. Bien qu’il ait montré carte blanche en excluant Fanmi Lavalas des joutes électorales de 2010, le Core Group, les Clinton et Réginald Boulos, rejettent son poulain et choisissent Michel Martelly au détriment de Madame Manigat.
La communauté internationale et l’oligarchie font le constat que la popularité du président Aristide et de Fanmi Lavalas est à peine écorchée malgré les campagnes de déstabilisation et les restrictions financières. Et qu’il leur faut mettre en place une nouvelle stratégie qui passe par l’infiltration et la division. C’est une stratégie politique très subtile, invisible aux yeux du grand public.
C’est tout à fait démocratique que des anciens responsables de Lavalas ayant des ambitions présidentielles tentent leur chance ailleurs, dans d’autres formations.. S’ils le font en connivence avec des agents secrets, ils sont tout simplement des konze. Cependant, ils ont tous échoué obtenant des scores insignifiants aux différentes élections présidentielles. On pourrait même soupçonner la division entre Moise Jean-Charles et Fanmi Lavalas, d’être un coup fomenté par les services secrets occidentaux ou/et la CIA. Malheureusement, les irrégularités dans les élections de 2015 n’ont pas permis de définir l’impact de Pitit Dessalines et de Jean-Charles Moise parmi les électeurs de Lavalas. Mon intime conviction c’est que Moise Jean-Charles, qui avait nommé l’ex-collaborateur de Vision 2000 , le journaliste Daly Valet comme directeur de campagne (sur ordre de qui ?) ne peut en aucune façon battre, Maryse Narcisse, la candidate désignée par le président Aristide, lui-même. Et d’ailleurs, depuis quand dans l’histoire un dissident, surtout sans idées novatrices par rapport à son mentor, pourrait sortir vainqueur d’une élection présidentielle face à la représentante de ce mentor ? Pourquoi choisir la copie quand on a l’original ?
Et maintenant ?
On constate qu’il n’y a pas que Moise et les anciens cadres, comme Henri Céant, qui sont les seuls auteurs de la division de Fanmi Lavalas. D’autres, comme Arnel Bélizaire, lui aussi, se présente en grand leader politique, se réclame publiquement d’admirateur de Jean-Bertrand Aristide pour essayer de grappiller des voix des masses populaires ; alors qu’il a monté sa propre organisation populaire (OP) tout en faisant des yeux doux à Youri Latortue et au PHTK et en appelant à voter pour Jude Célestin! Face à un tel monceau d’incohérences, on se demande pour qui roule A. Bélizaire ? Quel est son rôle dans la partie qui se déroule ?
Finalement, en 2015, Fanmi Lavalas arrive à s’inscrire aux élections. Mais tout sera mis œuvre par le gouvernement PHTK pour fausser les élections. Heureusement, Fanmi Lavalas n’est pas la seule victime. Cependant, bien que toujours seul contre tous, il a su montrer une fois encore, par ses mobilisations qu’il est le mouvement politique le plus populaire. C’est pour cela que ses détracteurs le considèrent comme une nuisance. En effet, Fanmi Lavalas nuit au programme des élites. Il est comme une écharde dans les pieds de l’ensemble des mouvements, partis, groupes, associations politiques; et du monde des affaires dont l’ambition est de faire perdurer le statu quo de la bivalence ville/pays en-dehors dans la société haïtienne.
Malgré les nombreuses concessions faites par Jocelerme Privert à des représentants de l’ancien régime tèt kale, notamment quatre ministères dont la Primature et la Justice et à d’autres secteurs de l’administration publique, où les hauts fonctionnaires engagés par le PHTK sont encore en place, nos détracteurs continuent de dire que Privert représente Fanmi Lavalas au pouvoir et qu’il a l’intention d’organiser les élections pour son camp.
Quant à nous, à Fanmi Lavalas, nous considérons Jocelerme Privert tout simplement comme un haut fonctionnaire de l’Etat, qui prend ses responsabilités afin de faire sortir le pays de l’impasse dans laquelle l’a mis le régime tèt kale. Il a simplement tenu compte des causes qui ont abouti à l’annulation du second tour des élections le 24 janvier 2016. Car, outre les partis politiques, beaucoup de voix dans la société haïtiennes s’étaient levées pour dénoncer l’inacceptable des fraudes du 9 août et du 25 octobre 2015.
Le CEP a pour obligation de faciliter à tous les partis engagés dans la course, la possibilité de vérifier par eux-mêmes si le cadre et le dépouillement sont conformes aux attentes de la population : c’est-à-dire transparents et impartiaux. Fanmi Lavalas reste convaincue que le pouvoir est à sa portée et encourage ses partisans à se rendre aux urnes pour nommer leurs représentants à tous les postes électifs : députés, sénateurs, maires, Etc.
Que le meilleur gagne ! C’est notre devise à Fanmi Lavalas.
*Anthropologue
Administrateur public
Coordonnateur Fanmi Lavalas, France
- Claude Moise et Emile Olivier, Repenser Haïti, Grandeur et misère d’un mouvement démocratique, Les éditions du CIDHICA, Montréal, 1992. P. 173
- Ibid, p. 173
- Vision 2000, éphémérides, 11 septembre 2015
- Gérard Lehmann, Haïti 2004, Radiographie d’un coup d’Etat, Syddansk universitet, p. 51
- Le Monde du Sud, Elsie News, Overblog.com
- Gérard Lehmann. Ibid. p 33
- Ibid. p 26
- Ibid. p 25-26
- Ibid. p 85
- Ibid. p 85
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