Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Pourquoi je suis lavalassien. Mon idéal démocratique (1 de 2) - Par Obed Sergo Alexis (mis à jour)

Publié par Obed Sergo Alexis sur 4 Juillet 2016, 22:20pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Jean-Bertrand Aristide et Obed Sergo Alexis à Paris lors d'une rencontre entre l'ex-président et les Haïtiens vivant à l'étranger.

Jean-Bertrand Aristide et Obed Sergo Alexis à Paris lors d'une rencontre entre l'ex-président et les Haïtiens vivant à l'étranger.

     Certaines de mes connaissances s’étonnent de mon appartenance ouverte à Fanmi Lavalas. D’autres me demandent si je n’ai pas mieux à faire que de militer pour avec les partisans d’Aristide. Comme si c’était une honte de faire partie de Fanmi Lavalas. Ce texte me donne l’occasion de leur apporter une réponse.

Oui, camarades lavalassiens, il faut le savoir, nos adversaires politiques tout comme une partie de la classe moyenne, s’affirmant  pourtant démocrates, assimilent Fanmi Lavalas à une organisation sans foi ni loi.

Croyez-moi, je suis le président Aristide depuis ses débuts populaires en tant que jeune prêtre,  partisan de la Théologie de la libération ; donc, les erreurs, je les connais. Malgré tous  les faux-pas politiques,  mon constat est qu’aucun des leaders politiques haïtiens, présent sur le terrain porte mieux les revendications populaires de changement que le président Aristide. Et en dépit de vents et marées, Fanmi Lavalas, demeure le parti politique de la majorité visible. A mes interlocuteurs dans les médias, sur les réseaux sociaux, je pose la question: avez-vous un meilleur choix politique ?

La problématique des coups d’Etat est tout autre qu’une question électorale.

Nombreux sont nos compatriotes qui ignorent que cette diabolisation de Fanmi Lavalas, remonte aux années 2001. Elle a surgi à partir d’un  désaccord entre Lavalas et l’opposition sur les résultats des élections de cette année-là. Un désaccord devenu conflit qui s’est transformé en une lutte ouverte contre le gouvernement.

Pour le grand public non averti, le coup d’Etat de 2004 a été la conséquence d’irrégularités dans les élections organisées par le gouvernement de René Préval, remportées par Fanmi Lavalas. De toutes les façons, l’ensemble de la classe politique avait unanimement reconnu qu’aucun autre parti ne pouvait battre Fanmi Lavalas. Néanmoins, son objectif était d’avoir une part du gâteau, même s’il fallait pour cela que Fanmi Lavalas sacrifie certains de ses élus. En quelque sorte,  un jeu à qui perd gagne.

Or, chacun a pu constater que le gouvernement de Michel Martelly, qui n’a organisé aucune élection durant son quinquennat, et fait des nominations par décret, dilapidé les fonds publics, a obtenu le soutien au niveau de tous les points : politique et économique par la même communauté internationale qui avait imposé un embargo commercial  et avait également géré le coup d’Etat de 2004 contre le gouvernement lavalas. M pa bezwen vin prezidan pou m konprann ! Ce gouvernement a aussi signé des décrets et des contrats complètement désastreux au détriment de la République d’Haïti et de sa population. Se pa lajan se diyite !

C’est le résultat d’une campagne de déstabilisation contre un président trop axé à gauche. Campagne qui a eu sa source en France - et non de la France dans un premier temps - en la personne de Dominique de Villepin.  Pour ce fervent admirateur de Napoléon Bonaparte, la commémoration des 200 ans d’indépendance, qui viendrait rappeler au monde entier la  défaite de son corps expéditionnaire, devait être boycottée. Campagne menée également par l’oligarchie nationale et internationale, pour des raisons économiques en faveur du capitalisme libéral et ultralibéral. Cette politique jouissant de la complicité directe des institutions politiques internationales, elles-mêmes sous l’emprise du capitalisme financier.

Je suis lavalassien pour avoir fait le constat qu’il s’agit d’une lutte politique terrible en général et précisément dans le contexte haïtien, entre d’un côté les partisans du changement et de l’autre ceux pour le maintien du statu quo ; ceux pour une économie basée sur le partage et de l’autre ceux qui défendent une société ultralibérale, le rejet des plus vulnérables de ses membres. Parce qu’aucun autre parti politique ou plateforme ne sont mieux placés et n’ont plus de légitimité que Fanmi Lavalas et le président Aristide, pour proposer et implémenter un programme socio-économique favorable à la majorité de la population.

En tant que lavalassien, j’ai deux modestes objectifs :

- Contribuer à faire de la Fondation Aristide pour la démocratie, un vrai laboratoire de la démocratie ;

- Participer à faire de Fanmi Lavalas, un parti moderne capable d’innover pour et dans le respect des institutions, pour le partage des richesses nationales en vue d’en faire profiter l’ensemble des citoyens.

Un idéal difficile à atteindre dans un monde régi par l’argent et la violence. Malheureusement, la violence politique est aussi une caractéristique de l’ultralibéralisme dans les pays en développement.

Assassinat du 2ème des frères Izmery. "La problématique des coups d’Etat est tout autre qu’une question électorale."

Assassinat du 2ème des frères Izmery. "La problématique des coups d’Etat est tout autre qu’une question électorale."

Vous avez dit l’étranger, le blan ! : la théorie des crises

Nos compatriotes, je ne parle pas de nos  adversaires politiques qui prennent systématiquement le parti de l’étranger, mais des patriotes qui identifient les militants et sympathisants lavalassiens à des ratpakaka et à des lavalas sal, parce que certains jeunes Haïtiens des bidonvilles auraient commis des actes de banditisme contre la population au nom de Fanmi Lavalas. Alors que nos adversaires – le Collectif Non, le Groupe 184, les grennanbounda de tous bords - étaient bien souvent derrière ces violences attribuées de manière systématique au président Aristide. Je les excuse. C’est  que, faute d’informations, ils  ne saisissent pas les complexités du réel sociétal  et politique haïtien. Encore moins la réalité des deux coups d’Etat de 1991 et de 2004. Ils ont été pris dans le piège de la campagne de  diabolisation du mouvement lavalas et des idéaux qu’il promeut. Et depuis, ils en sont restés là, à répéter le même discours discriminant.

Néanmoins, pour bien saisir l’ensemble des réalités, il faudrait se garder d’aborder le débat uniquement à partir de l’angle haïtiano-haïtien. Il faut comprendre le contexte international du capitalisme des années 1980 et d’aujourd’hui ; mais aussi les erreurs politiques du passé du mouvement lavalas, pour mieux appréhender son présent et son futur.

Le père Aristide, dès  le début, s’est trouvé dans une période de transition du capitalisme d’Etat vers la mondialisation. Qu’est-ce que ça signifie ? Dans le capitalisme d’Etat, un des  modes de production capitaliste, paru après la Deuxième Guerre mondiale, l’Etat-nation possédait pratiquement le monopole des usines y compris en Haïti. Ce fut la période de la vente des usines clés en main où l’Etat devait garantir le remboursement des dettes et les intérêts aux bailleurs. Et dans la plupart des Etats en voie de développement, un régime dictatorial, souvent militaire, y était instauré pour garantir les intérêts des financiers.

De nos jours, ce sont les troupes militaires de l’ONU qui tendent à remplacer les forces armées nationales de ces anciens Etats nationaux répressifs. Quant à nous, en Haïti, la communauté internationale nous a imposé pendant le gouvernement de facto de Latortue, en 2004, une occupation militaire du territoire de la République, sous couvert de l’ONU, pour le rétablissement de l’ordre… Lequel ?  Haïti n’étant pas un pays en guerre.

Dans le mode de production capitaliste mondialisé, les financiers internationaux procèdent désormais autrement. Ils affaiblissent au maximum le pouvoir politique et les acquis financiers de l’Etat régalien. A partir des années 1980, toutes les anciennes entreprises préindustrielles appartenant à l’Etat doivent être privatisées : c’est le nouvel ordre économique ! Mieux, ils veulent aussi le pouvoir politique par des élections en remplaçant les hommes politiques traditionnels, pour directement contrôler le système impérial, dans l’optique de toujours plus de profit. Wa konprann kounya pouki yo te plase Michel Martelly prezidan e Lamothe Premye minis !

Le concept de partage des richesses par l’Etat en Haïti n’est pas à l’ordre du jour pour les bailleurs. C’est à l’Etat de se débrouiller pour respecter les engagements financiers internationaux et trouver le moyen de faire du social dans la marge qui lui est abandonnée. Et comme l’Etat haïtien a presque toujours été un Etat corrompu et inégalitaire, la voie est ainsi ouverte aux ONG, largement  subventionnées, pour remplacer l’Etat, jouer le rôle de l’Etat régalien dans le social. Généralement, dans les moments de crises politiques, ces ONG omniprésentes et puissantes, orientent l’opinion dans le sens de la communauté internationale et de leurs propres intérêts.

C’est au moment précis, après que la communauté internationale ait renversé Jean-Claude Duvalier, le dernier représentant du capitalisme d’Etat en Haïti, qu’un petit prêtre des bidonvilles, - qui accuse ouvertement le capitalisme de péché mortel, le Fonds monétaire international de front de misère internationale - vient contrarier les plans qu’ils ont pour Haïti.

Rappelons que cette transition du capitalisme d’Etat à la mondialisation a été menée en particulier par les gouvernements de Ronald Reagan et de Madame Thatcher, surnommée la dame de fer ; qui a abouti à l’éclatement des régimes communistes et au renversement du Mur de Berlin.

Si le plan de l’oligarchie pour Haïti  n’a pas fonctionné comme prévu au niveau international, c’est d’abord grâce à l’appui du président Mitterrand, qui a reçu Jean-Bertrand Aristide au Palais de l’Elysée en qualité de président légitime après le coup d’Etat, de manière à ce que la demande du retour à l’ordre constitutionnel puisse prendre une dimension internationale entre 1991 et 1994. Nous connaissons aussi l’assistance apportée, par le regretté  M. Dufour, ambassadeur de France en Haïti, au président Aristide au moment du coup d’Etat.

C’est pour cela que je conseille aux camarades lavalassiens de faire la part des choses dans leur  analyse  politique  sur les relations entre Haïti et la France. Dans le combat pour les réformes sociales et l’instauration d’un Etat de droit, la solidarité de tous les pays et de tous les peuples est nécessaire pour constituer un rapport de force favorable à cette cause.

Il nous appartient à nous lavalassiens de coupler l'intelligence louverturienne pour construire ce soutien international, au dynamisme social de Christophe pour construire le développement économique.

 

Pourquoi je suis lavalassien. Mon idéal démocratique (1 de 2) - Par Obed Sergo Alexis (mis à jour)

Le gouvernement de 1991 :  fautes, erreurs et circonstances

Dès le premier gouvernement lavalas, issu des élections de 1990, je crois que le président Aristide a fait une double erreur.

A - Une erreur constitutionnelle.

La désignation de René Préval comme Premier ministre, lequel n’était membre d’aucune organisation politique. Car la Constitution de 1987, avant son amendement, stipulait que « le président de la République choisit le Premier ministre dans le parti majoritaire aux deux Chambres », sans préciser  s’il s’agit d’une majorité absolue ou relative. Je peux comprendre sa stratégie. Il est désigné par le FNCD dont la plupart des dirigeants rêvent de lui succéder. Pour appliquer quelle politique ? La sienne ? Les leurs ? Cette unité des organisations autour du candidat Aristide n’avait pas prévu de se construire en un seul parti politique après les élections.

Le président désirait avoir un homme de confiance à ses côtés pour appliquer sa propre vision et répondre aux attentes de ceux qui l’avaient élu. Et ce fut René Préval. Malheureusement, l’histoire a démontré que celui-ci n’était pas la bonne personne, à la bonne place, capable de faire avancer les idéaux lavalassiens dans le court et long terme.

La reconnaissance est-elle vraiment une lâcheté en politique ? Le virage idéologique à 360° en est-t-elle une ? Le président René Préval en est même arrivé à exclure la participation de Fanmi Lavalas dans les élections de 2010 !

Pour nommer son Premier ministre dans le cadre constitutionnel, le président Aristide avait deux choix possibles parmi les représentants du FNCD. L’un, idéologique, celui de Gérard Pierre-Charles ; ou le rapport de force à l’intérieur du gouvernement aurait été en sa faveur et pouvait aboutir à un Etat fort ; l’autre constitutionnel et politique, en faisant le choix de Victor Benoit, plus modéré politiquement. Surtout que ce dernier a été le premier ratifié par le FNCD pour les élections de 1990. Avec Benoit ou Pierre-Charles comme Premier ministre, le gouvernement était assuré d’avoir une majorité absolue confortable à l’Assemblée nationale.

 J’ai assisté à une séance au Sénat haïtien au début de 1991, où j’ai vu les sénateurs se venger du choix d’Aristide en s’amusant à ridiculiser le Premier ministre René Préval d’une façon dont je vous passe les détails.

Avec Gérard Pierre et compte tenu du contexte politique international de l’époque, le coup d’Etat de 1991 aurait été aussi inévitable et aussi rapide : le gouvernement n’ayant pas eu suffisamment de temps pour constituer un rapport de force international, pour avoir l’appui politique et l’aide financière nécessaires.

Pour ce qui est Victor Benoit, l’échéance aurait pu être plus longue, dépendant de la politique menée. Si Benoit acceptait de tout privatiser et rapidement, qui est l’objectif premier de la mondialisation, tout aurait été pour le mieux à moyen terme. Mais, le tout privatisé n’entrait pas  dans le programme politique du président Aristide - du moins à cette époque, avant qu’il ne fut forcé de rentrer dans le rang

 

B - Une faute plus qu’une erreur

Selon mes analyses, la plus grande erreur du président Aristide, dépassant de loin la nomination non-constitutionnelle de René Préval, c’est d’avoir fait cette déclaration maladroite sur le "père-lebrun", qui a contribué à ouvrir un boulevard à nos adversaires politiques. Le Vatican y trouvant un prétexte – ne pouvant le condamner ouvertement pour son adhésion à la théologie de la libération - pour qualifier Jean-Bertrand Aristide  de dictateur sanguinaire.

Or, à aucun moment, la pratique du pèlebren n’a été utilisée durant les gouvernements d’Aristide. 

Son discours, prononcé à l’ONU le 25 septembre 1991, dans le giron du capitalisme,titré : « Liberté ou la mort ! » sur les dix commandements démocratiques, dans lequel il prend fait et cause pour une justice humaine et sociale – pourtant très applaudi par la grande majorité de l’assistance –,  peut être interprété comme la signature de son renversement 5 jours après sa présentation à l’ONU, par le coup d’Etat du 30 septembre 1991. Ce qui me rappelle l’assassinat de Thomas  Sankara suivant de peu son plaidoyer enflammé contre le paiement de la dette par les Etats africains au cours d’une assemblée de l’OUA.

 

Commenter cet article

R
Vous parlez d or ,ami frere combattant que ceux qui veulent entendre ,entendre.
Répondre

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents