Au Président Barack Obama pour le refus du vote des Etats-Unis d’Amérique au renouvellement de la MINUSTAH en octobre 2016
Monsieur le Président,
Les organisations et personnalités signataires de cette pétition saluent votre démarche de rehausser le prestige et la dignité de votre nation mis à mal à travers maintes décisions regrettables du passé touchant des pays aussi éloignés que le Japon/Hiroshima en Asie, et Cuba, frappé de plus de 50 ans d’embargo, dans la Caraïbe.
Il importe de rappeler qu’Haïti nécessite des Etats-Unis d’Amérique, un nouveau regard, une nouvelle pratique visant à déstructurer pour de bon, des ingérences ouvertes ou déguisées comme celles du 28 juillet 1915 ou celle plus récente des troupes d’occupation USA/MINUSTAH.
La rigueur de votre statut d’avocat doublé de sénateur associé à celui de Président concerné par les normes institutionnelles, ne saurait laisser échapper à votre attention, que l’Accord du 9 juillet 2004 signé pour l’arrivée des troupes de la MINUSTAH en Haïti, est nul au regard des prescrits de la Convention de Vienne sur les traités internationaux. En effet, l’une des parties signataires n’était pas qualifiée. Pourtant, c’est de cet accord nul, illégal qu’ont découlé les renouvellements incessants de la présence de facto de cette mission militaire.
Hélas, cela n’est pas sans rappeler les scandaleuses pratiques de l’occupation américaine où, de 1916 a 1930, il a été interdit au peuple haïtien de voter ses députés et sénateurs comme l’indique le conseiller financier américain de l’époque, A.C. Millspaugh: « Americans in Haiti actively interfered in domestic affairs...and participated in the suspension from 1916 to 1930 of a popular elections and an elected legislature ». (Millspaugh A.C. HAITI UNDER AMERICAN CONTROL-1931)
Monsieur le President, pour l’Honneur, l’Ethique, et la Dignité de l’Amérique, il est urgent de mettre fin à cette situation déshonorante faite à Haïti, premier pays souverain, sans esclave de l’Amérique. Haïti a ainsi consacré l’abolition de l’esclavage en 1804 avec son premier chef d’Etat Jean-Jacques Dessalines alors que les Etats-Unis d’Amérique ont dû attendre leur 16e président pour l’accomplir, soit avec un retard de 59 ans.
A noter que les pages de l’histoire des Etats-Unis de 1861 à 1865 montrent un pays divisé ayant deux présidents en même temps et deux visions : Jefferson Davis, l’esclavagiste et Abraham Lincoln, l’anti-esclavagiste. L’affrontement de ces deux visions s’est matérialisé dans une guerre civile qui a provoqué la mort sanglante de plus de 600 mille Américains ; toutefois ce fut heureusement la vision anti-esclavagiste d’Abraham Lincoln qui triompha. En effet, les Etats de l’Union réalisaient leur 1er janvier 1804 quand le président Lincoln fixait au 1er janvier 1863 l’émancipation des esclaves.
Pays accroché dès sa fondation à l’idéal de liberté des nations, Haïti en 1861, année de la guerre civile américaine, offrait, pour sa part, avec honneur, la vie de ses fils qui, les armes à la main, luttaient côte à côte avec des patriotes dominicains contre la nouvelle occupation espagnole en République Dominicaine, pays voisin.
Maintenir l’occupation USA/MINUSTAH sur la base d’un document international illégal, c’est donc insulter le haut idéal humaniste haïtien et consacrer la mise à mort morale et civique des jeunes générations auxquelles on force à adopter et pratiquer l’illégalité, la fraude et la démocratie au rabais comme normes.
Faut-il encore mentionner le caractère de désinstitutionalisation lié à cette mission qui oblige des secteurs nationaux dont le système judiciaire et bien d’autres, à se plonger dans une relation contre nature avec cette force illégale et inconstitutionnelle. L’affaiblissement institutionnel est tel que des juges de la Cour de Cassation, autrement dit la Cour Suprême haïtienne, se retrouvent à recueillir et valider le serment de membres de Conseils Electoraux non permanents, donc inconstitutionnels; et cela sous le regard approbateur des occupants minusthiens.
Au fait, de 2006 à 2016, le gouvernement étasunien n’a cessé d’injecter l’argent des contribuables américains dans une série d’élections inconstitutionnelles truquées qui ne servent guère les intérêts supérieurs d’Haïti sinon que l’enliser dans une crise de plus en plus aigue et dans la corruption institutionnalisée. Ce que le peuple haïtien avait bien compris et exprimé à travers ce grand mouvement de refus du 22 janvier 2016 quand il s’est levé comme un seul homme pour dire NON !
En outre, la mise sous contrôle du Parlement haïtien sous l’occupation USA/MINUSTAH, a provoqué l’inertie systématique de toutes les législatures depuis 2006 en vue de la tenue officielle d’une Assemblée Nationale sur l’Accord illégal du 9 juillet 2004 comme l’exige l’article 98-3 de la Constitution haïtienne touchant l’approbation ou le rejet des accords internationaux ; faut-il préciser que la Loi-Mère interdit, par ailleurs, la présence de troupes étrangères sur le territoire (Art 263-1).
Monsieur le Président, s’il est vrai que les Etats-Unis d’Amérique, en 1861, étaient traversés par deux visions : esclavagiste et anti-esclavagiste, soyez assuré qu’Haïti connaît aussi une double vision : la vision pro-occupation négative, deshumanisante et destructrice et la vision constructive et digne pour le droit légitime à l’auto-détermination du peuple haïtien, et à laquelle nous, signataires, sommes fidèlement attachés.
Il convient de rappeler que l’année 2016 s’inscrit dans la période décrétée à travers une résolution de l’Organisation des Nations-Unies comme étant celle de la "Décennie des personnes d’ascendance africaine" et de la valorisation de leur apport au patrimoine de l’Humanité. Est-il simplement cohérent qu’Haïti, Première nation de l’Amérique édifiée par la diaspora africaine en rejet de l’esclavage et de la domination coloniale, puisse subir l’affront d’une liberté confisquée par des forces étrangères USA/MINUSTAH ?
Vous avez donc, Monsieur le Président, la responsabilité historique de vous opposer à la permanence de cette situation aidant ainsi à fermer cette fracture morale infligée à Haïti et au monde et restaurer sur ce dossier, une pleine cohérence au système des Nations-Unies dont le texte fondateur, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, porte les empreintes, entre autres, d’un diplomate haïtien averti : Emile Saint-Lot.
Pour la Dignité et l’Ethique de l’Amérique, nous, les organisations et personnalités signataires vous encourageons instamment, à vous élever à la dimension d’un Abraham Lincoln et clôturer votre mandat par ce geste réparateur qu’est le refus du vote des Etats-Unis d’Amérique au Conseil de Sécurité pour le renouvellement de la MINUSTAH, véritable insulte aux normes internationales.
Josué Merilien, HAITI
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