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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


HAITI ce pays qui continue à expier son péché - Par Eduardo Galeano (mis à jour)

Publié par siel sur 14 Septembre 2016, 20:53pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #REFLEXIONS perso, #PEUPLE sans mémoire...

Sources : https://lociertosincensura.wordpress.com/2013/05/28/el-poeta-inagotable/:

Sources : https://lociertosincensura.wordpress.com/2013/05/28/el-poeta-inagotable/:

Ce court texte de notre regretté Edùardo Galeano ne permettra pas aux Haïtiens contempteurs d'eux-mêmes, tels que SPP et autres JSudist de prendre la mesure de la nature et la taille de l'obstacle rencontré par la jeune nation haïtienne à partir  de sa fondation qui lui auront valu d'être mise au ban des nations et d'être voué à la "faillite".
Ces gens-là, soit qu'ils sont obtus ou dérangés psychologiquement,  soit qu'ils ont eu la tête tellement lessivée, "kloroxée" par le discours officiel transmis par leurs "éducateurs", soit qu'ils collaborent pour des raisons pécuniaires aux intérêts de la CI, ne peuvent ouvrir leur coeur, leur intelligence et leurs yeux. Tout ça est cadenassé, routes barrées sans issue des neurones.


Il faudra du temps - ou peut être que l'enfouissement ne laissera jamais place à cette compréhension - pour qu’ils analysent qu'un pays sorti de l'esclavage et ostracisé systématiquement par les grandes puissances  se  trouvait et se trouve encore - voir l'élection de Martelly et le forcing pour imposer un autre tèt kale Jovenel Moïse- dans un rapport de forces totalement défavorable aux intérêts de la population.


Il faudra attendre des générations - en étant optimiste - pour que le ménage soit fait dans la tête des Haïtiens- pour qu'ils lisent et appréhendent l'histoire de leur pays dans un contexte international, sans s'égarer dans tous les pièges tendus par les historiens à tendance non-marxiste dont le discours  privilégie l'événementiel. 




Ce n'est pas pour excuser les erreurs politiques, la voracité des dirigeants  de l'oligarchie issue de l'esclavage  et de ceux qui viendront après,  mais pour rappeler que dans tous les pays du monde, les classes dirigeantes se sont toujours opposées aux intérêts du peuple.


Dans tous les pays du monde ce sont des luttes acharnées qui ont permis aux peuples de sortir du servage, de l'autoritarisme,  d'arracher aux  différents pouvoirs le droit de vie et de mort  qu'ils détenaient sur leurs citoyens.
Tant que les intellectuels haïtiens continueront à se polariser sur deux aspects :
 - la lutte victorieuse contre l'esclavage : le bien généré par l'union
`- les luttes internes pour le pouvoir : le mal absolu, les ténèbres héritées de l'Afrique.


Tant que l'histoire sera présentée à travers ce prisme dichotomique, le pays stagnera dans cette incapacité  de définir son identité et de mener une politique correspondant non pas aux fantasmes divers mais à la réalité de son histoire dont le développement s'est heurté au travail acharné du monde occidental pour en faire un contre-exemple.
Tant que les Haïtiens se refuseront de comprendre qu'ils se trouvent face à une politique de la CI  qui leur refuse le droit à la réussite collective, en propulsant d'ailleurs, machiavéliquement à l'avant-scène des parcours de réussite individuelle; tant qu'ils se refuseront d'appréhender que du fait même du caractère exceptionnel de leur histoire ils ont mobilisé contre eux une coalition d'ennemis, les "méchants" auront un tapis rouge et les finances nécessaires pour s'enrichir et fomenter la désorganisation de l'Etat.
De ce fait, la seule politique viable est d'en prendre conscience, de sortir du déni et de se retrousser les manches pour à tous les niveaux, dans toutes les classes sociales, travailler ensemble pour sortir de cette " route barrée" voulue par la CI.
Sinon, en dépit des bonnes volontés de quelques-uns, les structures de pensée et d'actions restant les mêmes, les résultats - hôtels 6 étoiles ou pas- la situation globale restera inchangée.


L'impensable de cette révolution anti-esclavagiste, de cette indépendance, surgissant comme un tonnerre, un lavalas dans le monde occidental,  n'a jamais été digérée, ce que nous redit Edùardo Galeano.


Encore une fois, redisons-le, il ne s'agit pas d'exonérer les élites haïtiennes mais de comprendre  qu'au delà de leur cupidité, de leurs rapines et mauvaises pratiques, existe une constance - on l'a vu avec Duvalier et le régime Martelly et maintenant la pression pour élire Jovenel Moïse à la présidence, de la CI - une coalition pour rendre impossible toute réussite en mettant à la tête du pays des "automates" sanguinaires ou pas, en créant des divisions, en inculquant aux élites le mépris de leurs propres parents, racines, cultures,  langue, paysages.
 Mépris également inculqué aux classes dites "inférieures".

Mépris qui se répand du haut vers le bas et circule dans l'ensemble de la société à des degrés divers et sous différentes formes mais dont l'objectif tend au même: faire en sorte que tous les mécanisme de l'échec fonctionnent.
Parce que dans le cas d'Haïti tout particulièrement, la guerre psychologique accompagne la politique de la canonnière.
Faire en sorte qu'un vent de désespoir paralyse les âmes bien nées et pousse les autres au devant de la scène, donnant l'exemple de dirigeants stupides, des "rois nègres", assoiffés de sang et dans l'incapacité de gérer un pays de 25 500 km2 avec à peine plus de 11 millions d'habitants, moins que les 19 millions que compte la capitale du Mexique.
 


 

Il faut le répéter jusqu’à ce que les sourds l’entendent : Haïti est le pays fondateur de l’indépendance de l’Amérique et le premier au monde qui a banni l’esclavage. Il mérite bien plus que la notoriété due aux disgrâces.

En  Haïti, ce pays qui continue à expier son pêché de dignité Haïti. Par Eduardo Galeano

Écrivain et journaliste uruguayen, Célèbre pour avoir écrit Les veines ouvertes de l’Amérique latine.

 

 N’importe quelle encyclopédie te dira que le premier pays d’Amérique devenu indépendant c’étaient les Etats-Unis. Ces Etats-Unis là comptaient 650 000 esclaves qui ont continué à l’être durant cent ans. La première Constitution établissait d’ailleurs qu’un « noir équivaut aux trois cinquièmes d’une personne

»

 Interroge n’importe quelle encyclopédie pour savoir quel pays a, le premier, aboli l’esclavage, t’auras toujours la même réponse ,l’Angleterre. Sauf que ce pays ce n’est pas l’Angleterre, mais Haïti, un pays qui continue à expier ce pêché de dignité. Les esclaves noirs d’Haïti ont mis en déroute les glorieuses armées de Napoléon Bonaparte, une humiliation que l’Europe ne leur a jamais pardonnée. Durant un siècle et demi, Haïti, coupable de sa liberté, fut obligée de payer à la France une indemnisation gigantesque. Mais cela n’a pas suffi : cette insolence nègre continue de contrarier les âmes blanches.

 

De tout cela, nous ne savons peu ou rien. Haïti est un pays invisible. Il n’est devenu visible que quand le tremblement de terre de 2010 a tué 200 000 Haïtiens.

 Il faut le répéter jusqu’à ce que les sourds l’entendent : Haïti est le pays fondateur de l’indépendance de l’Amérique et le premier au monde qui a banni l’esclavage. Il mérite bien plus que la notoriété due aux disgrâces.

 

Actuellement, les armées de différents pays, dont le mien, occupent Haïti. Comment justifie-t-on cette invasion militaire ?

 Haïti menacerait la sécurité internationale. Rien de nouveau. Tout au long du 19 e siècle, Haïti a déjà été une menace pour la sécurité des pays qui continuaient à pratiquer l’esclavage. D’après Thomas Jefferson [troisième président des États-Unis, de 1801 à1809, ndr], c’est d’Haïti que provenait la peste dela rébellion . En Caroline du Sud, on incarcérait tout marin Noir d’un bateau à quai, à cause du risque de contagion de la peste antiesclavagiste.

 

Au Brésil, cette peste on l’appelait « haïtianisme ».

Au 20e siècle, Haïti fut envahie car c’était un pays « peu sûr pour ses créanciers étrangers ». Les marines ont commencé par prendre le contrôle des douanes et par livrer à la CityBank de New York la Banque nationale d’Haïti. Et ils y sont restés pendant 19 ans. Le passage de la frontière entre la République Dominicaine et Haïti est surnommé mal pas « la mauvaise passe

. S’agit-il par ce nom de mettre en garde ? Tu

t’apprêtes à entrer dans un monde noir, de magie noire,> de sorcellerie... Le Voodoo, importé d’Afrique par les esclaves a pris racine à Haïti. On prétend que ce n’est pas une religion. Pour les propriétaires de la Civilisation, le Voodoo est une affaire de Nègres : ignorance, arriération, pure superstition. Pourtant,  l’Eglise catholique ne manque pas de fidèles capables de vendre les ongles des saints et les plumes des archanges !

 

Depuis quelques années, ce sont les sectes évangéliques qui se chargent de combattre la superstition en Haïti. Elles viennent des Etats-Unis, un pays où il n’y a jamais de 13 e étage, dont le savions n’ont pas de rangée numéro 13, et habité par des chrétiens civilisés qui croient que Dieu a fait le monde en une semaine. Dans ce pays, le prédicateur évangélique Pat Robertson avait expliqué le tremblement de terre de 2010 par le fait que les Noirs auraient arraché l’indépendance à la France à partir d’une cérémonie Voodoo durant laquelle, cachés au fond de la forêt, ils auraient invoqué l’aide du Diable. Le  tremblement de terre ne serait que le prix de son aide !

 

 L’occupation, qui dure depuis sept ans, coûte aux Nations Unies plus de 800 millions de dollars par an. Si ces sommes allaient à la coopération technique et à la solidarité sociale, ce serait une bonne impulsion pour l’énergie créatrice d’Haïti. Haïti se sauverait ainsi de ses sauveurs armés qui ont une certaine tendance à violer, tuer et propager des maladies mortelles. Haïti n’a pas besoin qu’on vienne multiplier ses calamités. Elle n’a pas besoin non plus de la charité. Comme le dit un vieux proverbe africain, la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. Elle a besoin de

solidarité, de médecins, d’écoles, d’hôpitaux ,d’une véritable collaboration qui lui permettre de retrouver la souveraineté alimentaire assassinée par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et autres philanthropes. Cette solidarité est notre gratitude, de nous, latino-américains, envers cette petite grande nation qui grâce à son exemple contagieux, nous a ouvert les portes de la liberté.

 

Edouardo Galeano * Paru dans dans Brecha, Montevideo, le 5 janvier 2012. Mis en ligne le 18   mars 2012 sous le titre : «Cette insolence nègre qiu continue de contrarier les âmes blanches».    

 

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