Capitaine de l'armée, ingénieur pour le Corps militaire, mon grand-père, Jean Bouchereau, sillonnait les villes du pays, escorté de son épouse et de ses dix enfants, pour construire des bâtiments militaires. Mais voilà qu'en ce jour du 26 avril 1963, il salua ma grand-mère, comme à l'accoutumée, et partit de bon matin sans savoir qu'il ne reviendrait jamais, sans savoir que nous ne reverrions jamais plus le père, mon grand-père, celui que je ne connaîtrai jamais, qui ne m'aura jamais tenue dans ses bras ou fait sauter sur ses genoux. Mon grand-père a disparu dans les dédales et les méandres du couloir de Fort-Dimanche, sans tambour ni trompette, sans dernier au revoir, sans savoir ce qu'il payait devant Dieu et devant les hommes. Il n'avait rien à se reprocher, sinon d'avoir été militaire, d'avoir voulu servir son pays, dans l'honneur et dans la dignité.
Ostracisée par nos pairs et certains amis, la famille de Jean Bouchereau grandissait à l'ombre d'une mère traumatisée. Je me souviens que, chez mamie, il n'était pas question de parler fort pour ne pas se faire remarquer. Très tôt, la nuit tombait chez nous, pas par souci d'économie mais plutôt pour tenter de se faire oublier par le monde extérieur. Malgré cette nombreuse maisonnée et bien qu'il arrivât que le personnel manquât, Mamie n'engageait personne. Les espions enrôlés parmi le personnel domestique étant monnaie courante, il n'était pas question encore une fois d'aller mettre un autre serpent dans le sein d'une famille qui avait déjà été trahie par un proche.
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26 avril 1963, je me souviens...
Encore dans les entrailles de ma mère ce 26 avril 1963, je ne savais pas encore que j'allais porter tout au long de ma vie les stigmates de ce jour fatidique. Enceinte de quelques mois, ma mère ...
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