Les 100 premiers jours de la Présidence de monsieur Jovenel Moise
Le délai de 100 jours est insuffisant pour un réel bilan des activités du gouvernement Moise-Lafontant, mais il est amplement suffisant pour en dégager les grandes orientations et voir où il conduit le peuple haïtien qui se bat déjà comme il peut contre la misère, le chômage et l’ignorance. Les 100 premiers jours de l’administration de monsieur Jovenel Moise n’augure rien de bon pour le peuple haïtien. Les perspectives sont sombres. Des correctifs sérieux doivent être apportés et de nouvelles orientations doivent être adoptées le plus vite possible. Face à cette situation nous sommes tous interpellés. Le pays d’Haïti appartient à nous tous haïtiens, haïtiennes, non à un petit groupe, encore moins à un homme. Nous devons gérer le présent pour sauvegarder l’avenir. Il ne s’agit pas de laisser les coudées franches au pouvoir actuel, sans grande légitimité, issu des dernières élections frauduleuses organisées par messieurs Opont et Berlanger sous la baguette de l’oligarchie myope et insatiable et de la dite communauté internationale. Il ne faut pas attendre que les dégâts soient irréversibles pour intervenir. Nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, que nous rentrons plus profondément dans la catastrophe. Nous sommes déjà dans une catastrophe écologique, une catastrophe économique, une catastrophe administrative, une catastrophe institutionnelle, une catastrophe du système démocratique, une catastrophe sanitaire, une catastrophe éducative et j’en passe…
Le régime actuel s’affirme donc dans ses convictions et sa stratégie populistes sans aucun projet sérieux…Revoyons rapidement certaines de ces mesures prises par le gouvernement Moise-Lafontant et tentons dans des considérations succinctes d’en dégager les bien-fondés, les incohérences et les aberrations.
· La tenue d’un Carnaval national aux Cayes au détriment de celui de Port-au-Prince au moment où le Sud et la grande-Anse sont encore sinistrés après le passage du cyclone Matthew et envoient tous les jours des signaux de détresse. Est-ce que la tenue d’un carnaval aux Cayes était le meilleur moyen d’assister les populations du Sud et de la Grande-Anse ? Nous nous permettons d’en douter. Il s’agit là encore d’une approche populiste, démagogique et irréfléchie qui a conduit à une décision volontariste et improductive. Nous assistons au gaspillage des deniers publics et à l’irrespect des patrimoines culturels de nos régions et villes respectives.
· Le remplacement du Directeur du FDI par le Président Jovenel Moïse, l’organisme qui avait facilité le prêt à monsieur Moise dans des conditions peu transparentes pour un projet de production et d’exportation de bananes dans le nord qui aurait semble-t-il fait faillite depuis. Pourquoi ce changement précipité ? Qui y a-t-il derrière cette révocation et cette nouvelle nomination ? Nous espérons qu’il n’y ait aucune volonté d’opacité derrière ce mouvement de personnel ni celle d’occulter les conditions dans lesquelles ce prêt a été octroyé à monsieur Moise.
· Le vote d’une loi par le Sénat de la république sur la diffamation sur demande du Président Jovenel Moïse. Il s’agit bien d’une loi liberticide qui tente de bâillonner la liberté d’expression. Un lever de bouclier est fait contre cette loi par la plupart des associations de journalistes, par certains partis et dirigeants politiques et des organismes de droits humains du pays…(cf. capsule no : 409)
· La nomination d’un Premier Ministre et des ministres par le Président Jovenel Moïse et son Premier Ministre. Il s’agit ici pour la plupart d’illustres inconnus dont on ignore leur vision de l’Etat et leurs engagements dans la transformation de celui-ci pour le bien-être de tous. Ceux-ci proviendraient d’une « majorité silencieuse » une nouvelle thèse avancée par les nouveaux dirigeants qui sont eux aussi étrangers aux affaires et qu’un concours de circonstances a placés aux affaires. Haïti serait-elle devenue une exception ? En fait, serait-il le seul pays de la planète où des gens de cette « majorité silencieuse », des non politiques s’occuperaient efficacement de la politique, c'est-à-dire de la bonne marche de l’appareil d’Etat donc de la république ? C’est une totale aberration. C’est pourquoi nous faisons face à de l’amateurisme et à de l’improvisation tout azimut…
· Un arrêté présidentiel concernant les « subventions » de l’Etat. Celles-ci désormais devraient transiter au secrétariat du Palais national et faire l’objet de publication dans le journal officiel de la République (Le moniteur). Il s’agit là d’une mesure centralisatrice et cosmétique qui n’arrivera en aucune façon à endiguer la corruption qui gangrène l’Administration publique et encore moins la société haïtienne. Elle ne peut qu’alourdir et ralentir les promptes décisions sectorielles nécessaires à la bonne marche de l’Administration publique. D’autres mesures faisant appel à de justes sanctions et à une réelle réorganisation des organismes préposés à cette tâche seraient beaucoup plus efficaces.
· La nomination de Conseillers spéciaux, de Secrétaires d’Etat et de Directeurs Généraux par le Président Jovenel Moïse répondant beaucoup plus à une préoccupation de renforcer sa clientèle politique qu’à un souci d’efficacité…
· La réouverture du Journal gouvernemental « l’Union » par le Président Jovenel Moise (depuis silence radio). Une annonce qui dénote une volonté de verser dans la propagande que d’un souci de communication réelle sur les activités du gouvernement. Il convient de noter qu’un journal, une radio et une télévision d’Etat fonctionnent déjà. Un porte-parolat est aussi créé au palais national.
· La promesse de monsieur Jovenel Moïse de l’ouverture d’un hôpital pour la Police nationale (PNH). Le président omniprésent et omniscient veut toucher à tous les dossiers, même les plus spécialisés, dans une démarche populiste qui pourrait faire perdre beaucoup d’argent au pays sans jamais atteindre les résultats escomptés…
· La position de l’Exécutif Moïse-Lafontant concernant le Venezuela de Maduro à l’OEA. Il s’agit là d’une position de principe qui ne correspond pas tout à fait à la nature de l’actuel pouvoir. Cette rebuffade qu’ont essuyé les officiels étatsuniens par l’ambassadeur haïtien à l’OEA nous semble un peu paradoxal parce que venant d’un gouvernement issu de la pression de l’oligarchie haïtienne et de la dite communauté internationale qui, en général, soutiennent la position du chef de file que sont les Etats-Unis d’Amérique. Il convient aujourd’hui de noter que le Venezuela se retire maintenant de cette organisation régionale.
· Un arrêté pour une gestion rationnelle du train de vie de l’Etat. Bien que le contrôle des dépenses de l’Etat soit nécessaire pour éviter le gaspillage de l’argent des contribuables, cet arrêté du 3 avril est mal inspiré et irréfléchi. Il risque de sombrer dans son inapplicabilité…
· 100 millions de gourdes pour un service d’espionnage pour 15 jours. Cette somme est une demande du ministre de l’Intérieur au ministre des Finances. Il s’agit là encore de gaspillage de l’argent des contribuables. De plus, nous ne connaissions pas cette attribution à ce ministère de l’Intérieur depuis le vote de la Constitution de 1987. Les affaires de sécurité relèvent plutôt du Ministère de la Justice, de la police, de celui de la défense et de l’armée d’Haïti…
· 1 million de gourdes pour chaque sénateur, 540 mille gourdes, une subvention consentie par le Parlement pour chaque député pour les fêtes de Pâques en plus de leur salaires et des frais multiples qu’ils perçoivent déjà.
· Formation d’une commission chargée de réfléchir sur la reconstruction du palais national. Cette réflexion, d’après monsieur Jovenel Moise, devrait se faire dans le cadre de la reconstruction du centre-ville et celle de deux autres palais. Nous nous demandons vraiment s’il s’agit là d’une urgence ? A notre avis cette reconstruction est loin d’être prioritaire alors que tout un département crie famine. D’ailleurs cette administration fonctionne déjà dans des locaux aménagés à cette fin. Nous ne pensons pas qu’il soit non plus nécessaire de mobiliser des fonds de nos maigres ressources pour une telle réflexion. Elle pourrait valablement se tenir au sein de l’Université d’Etat d’Haïti.
· La tenue d’une « caravane de changement » ou « caravane de développement », 197 millions de gourdes mobilisés sans aucune garantie de résultat. Au fait nous ne comprenons pas grand-chose de ce concept. Ce serait en fait une activité pour la relance de la production agricole au pays d’après les responsables. Nous ne saisissons pas du tout cette démarche quand nous savons que l’agriculture est domaine complexe qui se réfère beaucoup plus au moyen et long terme, à une approche globale et non à l’événementiel…Ce sera malheureusement un nouveau gaspillage des maigres ressources de l’Etat…
· Le vote au Parlement par les alliés de monsieur Jovenel Moise d’une loi sur le fonctionnement de l’UCREF qui donne la haute main à l’Exécutif sur les procédés de nomination des hauts fonctionnaires au sein de cette administration dite autonome. Ceci traduit plus une volonté de contrôler cette institution que de lui permettre de fonctionner en toute indépendance. La lutte contre le blanchiment de l’argent sale serait en quelque sorte hypothéquée et deviendrait l’affaire d’un homme et d’un secteur politique.
· Le président Jovenel Moise a remplacé le directeur de l’UCREF, le juge Sonel Jean François, celui qui avait instruit son dossier du président sur l’accusation de blanchiment d’argent sale qui lui a valu d’être inculpé. Il a nommé monsieur Fritz Jean comme nouveau Directeur de l’UCREF.
· Aujourd’hui ils envisagent la hausse des produits pétroliers sans consulter les instances financières techniques et les secteurs vitaux de la société qui seront affectés par cette augmentation des prix des produits pétroliers. Ils se contentent seulement de prendre contact avec des syndicats de transports public dans un semblant de négociation. L’Etat s’était toujours contenté de fixer les prix des produits pétroliers sans tenir compte des fluctuations du marché international. Il se trouve aujourd’hui dans une situation extrêmement compliquée. Il est tiraillé entre la nécessité d’un ajustement des prix, une absence de crédibilité par une gestion fantaisiste des fonds de l’Etat et une crise économique aiguë de la population.
· Le budget rectificatif de la république n’est toujours pas soumis au Parlement. Des dépenses extra-budgétaires sont engagées tous les jours. Aucun audit des administrations précédentes ni des programmes en cours n’a été effectué…
KONAKOM: Le parti politique moderne pour le renouveau d'Haiti http://mopod.org.ht/
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