EXTRAIT :
"Les universités haïtiennes produisent-elles des savoirs scientifiques?
En l’état actuel des choses, il serait malaisé d’affirmer que les universités haïtiennes constituent un lieu de régénération de la société et contribuent à la production des savoirs scientifiques qui font débat en ce monde. On pourrait se contenter de n’avoir jamais eu de Nobel en mathématiques, en physique, en chimie. Mais comment comprendre que les universités haïtiennes n’ont mis en place aucun mécanisme national permettant de récompenser les travaux menés dans ces disciplines scientifiques ? Le fait est qu’elles n’en produisent pas. D’ailleurs, l’École normale supérieure (ENS), qui enseigne ses matières, ne dispose ni de programmes, ni de subventions, ni de laboratoires de recherches expérimentales sur ces questions.
Les universitaires haïtiens qui ont choisi de faire carrière au niveau national ne produisent actuellement aucun savoir scientifique sur les bactéries qui attaquent et détruisent les agrumes du pays, sur la prolifération des insectes qui pourrissent de plus en plus notre quotidien, sur la « perdition » dont souffrent nos femmes enceintes, sur la composition des poudres utilisées dans la sorcellerie vodoue, sur la hausse des maladies cardio-vasculaires et des cancers dont on s’inquiète dans toutes les catégories de la société. Ils sont incapables de développer des modèles de prédiction sur l’avènement et la trajectoire des cyclones auxquels nous sommes exposés chaque année. Ils ne nous disent rien sur l’extinction de certaines espèces de notre faune et de notre flore qui semble être liées aux bouleversements de notre écosystème. En général, quand certains d’entre eux se souviennent qu’il leur incombe de produire du savoir scientifique, ils se contentent de reprendre des travaux et théories déjà produits ailleurs, dans des universités étrangères. Il se trouve que l’université haïtienne n’a pas créé les conditions leur permettant d’agir autrement. Il ne leur est même pas possible de vivre décemment avec les maigres salaires qui leur sont octroyés."
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