Tel père, tel fils ?
Il ne s’agit pas ici de ceux qui se sont enrichis par le narcotrafic. Ni de ceux qui ont fait fortune par le détournement des deniers publics et toutes les autres formes de corruption. Ce n’est même pas la peine de parler de ceux qui sont addictes aux jeux de hasard : ils gagnent très rarement et très peu. Le propos concerne ici le citoyen lambda, l’Haïtien ordinaire, à qui l’on fait croire, à longueur de journée, que comme ce fut le cas pour Joseph le fils de Jacob, il peut du bas de l’échelle, du fond de la fosse, parvenir au sommet de la société. Ce sont là des mensonges pour nous pousser à croire que la mobilité sociale fonctionne en Haïti. Les faits semblent prouver le contraire. Les probabilités de connaître une mobilité sociale ascendante sont particulièrement réduites en Haïti. Il est vrai que Claude Thélot (1982) ne pourrait pas affirmer « Tel père tel fils », s’il devait écrire son livre concernant l’Haïti de ces cinquante dernières années. Mais sur fonds de mutations sociales, de crises structurelles et de changements répétitifs de gouvernements, on aura constaté que la pauvreté s’est mise à porter de nouveaux visages, que les classes moyennes se sont précarisées et que les élites économiques affrontent difficilement l’effondrement d’un modèle d’accumulation. Nous ne sommes pas en présence d’une simple panne de l’ascenseur social. Ce sont tous les compartiments du vivre-ensemble qui se découvrent dysfonctionnels. À bien y regarder, la crise de la mobilité sociale représente l’un des accros les plus douloureux à l’idéal démocratique en Haïti.
La mobilité sociale en Haïti : de quoi parlons-nous ?
En sociologie, la mobilité sociale renvoie à l’idée de circulation des membres d’une communauté politique en passant d’une position à une autre sur l’échelle ou la hiérarchie sociale. Ces changements de statut qui touchent les individus peuvent s’opérer suivant une logique ascendante, descendante ou horizontale. Il est admis que, dans toutes les sociétés humaines, qu’elles soient hiérarchiquement organisées en castes, ordres ou classes, le poids d’Anchise influence plus ou moins lourdement la trajectoire des enfants, qui sont inexorablement liés aux positions sociales de leurs parents. Dans cette perspective, pour le sociologue américain Pitirim Sorokin (1889-1968), la mobilité sociale renvoie à ce phénomène du déplacement d’individus dans l’espace social. Plusieurs dimensions de cette mobilité ont fait l’objet des réflexions menées par les chercheurs en sciences humaines et sociales : mobilité intergénérationnelle, mobilité structurelle, mobilité intra-générationnelle, mobilité brute, mobilité nette entre autres. Sur cette question, Pierre Bourdieu (1930-2002) et Raymond Boudon (1934-2013) ont développé des approches bien distinctes. Alors que l’un met l’accent sur les mécanismes de reproduction sociale défavorables à l’ascension sociale, l’autre va privilégier les stratégies d’acteurs à l’œuvre dans les choix de vie.
Malheureusement, en Haïti, les outils d’analyse de la mobilité sociale, notamment les tables de mobilité, ne sont pas très développés. L’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) n’a jusqu’ici entrepris aucune enquête nationale sur les différentes dimensions de la mobilité sociale sur le territoire national à partir d’une table de mobilité et en référence aux catégories socioprofessionnelles. Au niveau des universités haïtiennes, on ne connaît pas vraiment de spécialistes en la matière, ni de publications scientifiques sur la question. Il y aurait certainement beaucoup à dire sur l’antinomie des valeurs qui traversent notre société et qui met aux prises l’égalitarisme et la mobilité sociale.
Les mensonges de l’école haïtienne
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Haïti : les mensonges de la mobilité sociale
Tel père, tel fils ? Il ne s'agit pas ici de ceux qui se sont enrichis par le narcotrafic. Ni de ceux qui ont fait fortune par le détournement des deniers publics et toutes les autres formes de ...
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