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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti dans le "narco-chaos": quel espoir ? Une opinion de Marc Maesschalck, professeur à l'UCLouvain et à l'Université Saint-Louis

Publié par siel sur 17 Décembre 2019, 23:35pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #AYITI EXTREME DROITE, #AYITI ECONOMIE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

"En suspendant la construction d’une démocratie populaire post-duvaliériste, on a mis de côté les capacités réelles des populations en misant exclusivement sur l’assistance."

Bon, c'est ce que je dis et répète depuis "nanni-nannan". Pour être honnête, j'ai été mise sur cette piste de réflexions par la lecture du livre de M. Gérard Barthelemy :"Les duvaliéristes après Haïti". Un livre non lu par les Haïtiens. Et dont la lecture leur aurait permis - peut-être...- d'éviter de ressasser et de  rompre avec tout un corpus de mythes, de peurs, d'aliénation, de fausse culture tout juste bon à les enfoncer dans un trou de M...

La démocratie a été boycottée par les tenants du système duvalériste. Ils en ont fait, bien avant les élections" de 1991 qui ont vu Aristide arrivé au pouvoir, ce qu'ils ont appelé "une débauche démocratique". En réalité une farce de démocratie pour obstruer la transition vers la démocratie.

La majorité des Haïtiens ( les "bielivers") croient à ce que on leur a dit et que diffusent l'ensemble des marchands de micro - et même des journalistes plus cohérents et instruits mais manquant de distance face à la propagande.

On leur a dit que la catastrophe actuelle est une conséquence du TROP de démocratie.

Or,il s'agit d'un dévoiement de la démocratie organisé par les ayant-droit de la dictature : macoutes, militaires, secteur privé avec le soutien de la CI. Dès la tuerie dans le bureau de vote de la Ruelle Vaillant, lors des premières élections post-dictature, un observateur avisé pouvait analyser qu'il s'agissait  de faire dérailler le processus démocratique.

Ce que les Haïtiens dénomment "les forces du faire noir", n'ont pas chômé : répression, tueries, assassinat ciblé de militants, exil forcé, trafic de drogue, corruption, organisation de la délinquance  des jeunes de quartiers défavorisés utilisée comme une force anti-démocratique, remplaçant en quelque sorte les macoutes.

De sorte que, face à cet ensemble infernal, le peuple courageux, manquant de ressources et d'amis, s'est épuisé. Les seuls choix qui lui restaient étaient soit de devenir membres de gangs, soit d'accepter le nouvel esclavage, soit de fuir. Ceux qui tentent de résister au broyage sont déconsidérés, traités comme des parias, des criminels, des terroristes.

Aussi, l'aboutissement de cette lutte contre la démocratie a accouché d'un Martelly - qui dans son ITW avec Fombrun déclare qu'il préfère la dictature à la démocratie; et d'un Jovenel" pur produit du secteur privé" chargé de tromper les masses en se présentant comme un allié à leur cause. C'est le boulot dont Core Group et "amis d'Haïti" lui ont confié.

D'entendre sur toutes les ondes des "zentelektyel" reprendre comme des "Jakorepèt" bien dressés des imbécilités telles que "le peuple haïtien n'est pas prêt pour la démocratie";

Ou d'autres annoncer des inepties telles que " Duvalier avait raison " et pour appuyer leur  adhésion à la dictature faire référence à Dessalines, Christophe, alors que ces deux dirigeants appartenaient à une époque où partout dans le monde dominaient empires et royaumes. Il semblerait que certains Haïtiens n'ont toujours pas compris ce que signifie " anachronisme." chronos en grec signifie temps, ana le préfixe : à rebours.

Tou ceci montre comment fonctionne la propagande; et la puissance du lavage des cerveaux- qui va de pair  avec le blanchiment de l'argent sale et la corruption- dont, ne nous leurrons pas, classes moyennes, artistes, intellectuels ont profité des bénéfices secondaires.

Par exemple, le trafiquant de drogue Ketan a blanchi pas mal d'argent en achetant des oeuvres à des artistes connus de la place, en promouvant chanteurs de konpa et autres, en investissant dans des petites entreprises. Tout ce monde connaissait parfaitement la provenance de son argent.

La situation est la même aujourd'hui. Et si les USA ont un grand poids dans le soutien de Jovenel Moïse, il ne faut pas mésestimer celui de ces gens-là, avec lesquels, si on en croit le rapport de l'UCREF,  l'Homme Banane est en relation depuis un bout de temps.

Mais,  comme dit le dicton, n'est-ce pas ? "Il n'est pire aveugle que celui qui refuse de voir".

 

EXTRAITS

"Comme au temps de l’esclavage

Désorganisée, marginalisée du partage des ressources, exclue des dividendes de la corruption, la population est d’abord l’otage d’une guerre de cartels pour le contrôle d’un territoire sans État. Pourtant, ce peuple a fourni un effort colossal pour se débarrasser de la gangrène duvaliériste à travers une montée en puissance de grandes organisations paysannes et une structure progressiste de l’Église soutenue par un mouvement de la société civile. Ce peuple n’est donc pas ingouvernable, ni réfractaire à la gouvernance. On a capturé sa liberté et son autonomie, comme au temps de l’esclavage !

Est-ce une situation sans espoir ?

L’espoir, c’est d’arrêter le cercle vicieux de la dépendance et accepter de partir des capacités dont dispose la population haïtienne, de travailler au développement de leaderships locaux, à leur coordination et leur sécurisation dans l’espace commun nécessaire à leur réussite. En même temps, une telle approche ne peut faire l’économie d’une question cruciale concernant l’émergence de nouveaux acteurs locaux. Les acteurs à soutenir sont ceux qui, par leurs pratiques actuelles de proximité, entendent supporter des processus économiques sains permettant à des zones géographiques précises et à des communautés locales de renforcer leurs capacités de production et d’échanges. Jusqu’aujourd’hui, une réforme agraire est à mettre en place en Haïti (!), de même qu’une décentralisation effective de l’État en même temps qu’une stabilisation des missions centrales de justice et de police, voire de protection environnementale. Depuis le départ de Duvalier, les politiques internationales et associatives soutenues par l’international n’ont conduit qu’à se substituer à l’action publique, au lieu de chercher comment "faire faire". En suspendant la construction d’une démocratie populaire post-duvaliériste, on a mis de côté les capacités réelles des populations en misant exclusivement sur l’assistance."

 

 

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