EXTRAITS
"À la fin des années 1990, la guerre civile dure déjà depuis trente ans. Les Farc sont parvenues à s’emparer de plusieurs bases militaires et se rapprochent dangereusement de Bogotá. Le président Andrés Pastrana engage alors des discussions avec son homologue américain Bill Clinton. Son objectif est de lutter plus efficacement contre cet ennemi de l’intérieur mais aussi de rassurer l’opinion, car on le soupçonne d’entretenir des liens avec les cartels.
Les Farc sont alors prises pour cible par les deux pays, en raison de leur rôle dans le narcotrafic, mais surtout de leur idéologie anti-impérialiste. En effet, dans le même temps, selon un rapport du gouvernement colombien daté de 2001, les paramilitaires, des milices mises en place pour lutter contre les guérilleros, pourtant à l’origine de 40 % des exportations de drogues – contre 2,5 % pour les Farc –, sont quant à eux peu inquiétés.
Le plan Colombie est mis en place. En quinze ans d’application, les États-Unis investissent dix milliards de dollars dans le pays, ce qui constitue le plus important budget d’aide militaire américaine après celui octroyé à Israël. Mais ce soutien financier et militaire implique l’obtention de résultats, et rapidement la pression américaine se fait sentir.
C’est dans ce climat qu’Álvaro Uribe est élu président de la République en 2002. Son passé trouble et les liens avérés de son entourage avec les narcotrafiquants ne poseront là encore pas de problème dans sa conquête du pouvoir. La lutte contre les Farc est alors renforcée par l’aide américaine et le gouvernement commence à reprendre le dessus sur la guérilla.
Dans ce contexte, le gouvernement émet la directive secrète numéro 29 en novembre 2005. Celle-ci se présente sous la forme d’un tableau qui met en correspondance des cibles rebelles à éliminer et des primes attribuées pour chaque « positif », c’est-à-dire pour chaque « ennemi neutralisé ». Dans un pays où la peine capitale est abolie depuis 1910, le pouvoir en place vient de légitimer et d’encourager les assassinats d’État.
Cette directive vient renforcer une politique du chiffre et du résultat déjà bien établie. Selon de nombreux témoignages, chaque bataillon reçoit ainsi des objectifs précis sur le nombre de guérilleros à abattre. Parmi eux, le colonel Róbinson González del Río, impliqué dans la mort de 27 civils. En 2014, il confesse avoir entendu son supérieur le général Mario Montoya lancer à d’autres militaires de haut rang : « Je ne veux pas de rigoles de sang, je veux des rivières de sang ! Il nous faut des résultats ! » Il affirme que celui-ci réalisait même un « top 10 » des unités les plus meurtrières du pays."
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L'armée colombienne a assassiné des milliers de civils pour les faire passer pour des guérilleros
En une vingtaine d'années, l'armée colombienne a tué au moins 6 000 civils pour gonfler les chiffres de sa politique antiterroriste. Depuis les accords de paix de 2016, les langues commencent à...
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