« Pour certains, il suffit d’avoir les armes, d’avoir avec soi quelques unités pour prendre le pouvoir. Chez d’autres c’est une autre conviction qui prévaut. Le pouvoir doit être d’abord l’affaire d’un peuple conscient. Par conséquent, les armes ne constituaient qu’une solution ponctuelle, occasionnelle, complémentaire ».
Il y a 37 ans aujourd’hui, le 4 août 1983, Thomas Isidore Noël Sankara accédait au pouvoir au Burkina Faso. Ce fut le début d'une des plus belles et plus prometteuses révolutions africaines.
Né à Yako en 1949 dans un pays qui s’appelle encore de son nom colonial Haute Volta d’un père tirailleur pendant la seconde guerre mondiale puis infirmier-gendarme auxiliaire, il déménage avec sa famille au gré des affectations de son père.
Il découvre pendant l'enfance la misère et l’humiliation qui touchent les indigènes dans l’ensemble du pays. Il racontera ses révoltes enfantines contre l’injustice coloniale.
Il raconte ainsi avoir vu des pères emprisonnés parce que leur fils avait osé emprunter une bicyclette, véhicule réservé aux enfants de colons, ou parce que leur fille avait eu l’audace de cueillir des fruits. « Il y a des événements, des occasions qui constituent une rencontre, un rendez-vous avec le peuple. Il faut les rechercher très loin dans le passé, dans le background de chacun » analyse-t-il devenu adulte, à propos de ses expériences et de leurs liens avec son militantisme.
Bon élève il se destine à une carrière au Prytanée militaire de Kadiogo à Ouagadougou. C’est dans cette école dès ses 17 ans qu’il découvre le marxisme en participant à un « cercle anti-impérialiste » clandestin dirigé par le directeur des études de l’école également militant du PAI (Parti Africain de l’Indépendance).
Envoyé pour parfaire sa formation à Madagascar, il est le témoin de la révolution de 1972 qui renverse le régime néocolonial soutenu par Paris. L’alliance entre militaires progressistes et militants populaires le marque fortement. Les dés sont jetés et Sankara est déterminé à réaliser ce type d’alliance dans son pays.
Revenu au pays, il organise clandestinement de jeunes officiers qui dénoncent dans des tracts clandestins la hiérarchie militaire et appellent à une union avec les masses populaires. Sankara acquiert rapidement une grande popularité tant à la base de l’armée que dans les mouvements syndicaux qu’il fréquente régulièrement.
Lorsqu’un nouveau coup d’État secoue le pays en 1980, sa popularité est telle que le nouveau pouvoir tente de le corrompre en le nommant capitaine en février 1981 puis secrétaire d’Etat à l’information en septembre. Il démissionne huit mois plus tard en avril 1982 pour protester contre l’interdiction du droit de grève que vient d'imposer le pouvoir.
Pendant ces quelques mois, le jeune secrétaire d’État est remarqué par le peuple pour sa pratique qui détonne avec celles de ses collègues : il refuse de participer aux réceptions luxueuses, il appelle les journalistes à dénoncer les malversations y compris quand elles touchent les plus hauts sommets de l’État, il se rend en vélo au conseil des ministres pour se démarquer du luxe affiché par certains de ses collègues, etc. En démissionnant il s’exprime à la radio en disant « Malheur à ceux qui ballonnent le peuple ». Cette déclaration fait de lui un héros populaire.
Suite à cette déclaration, il est arrêté, dégradé et exilé loin de la capitale. Des officiers de l’armée réagissent et prennent le pouvoir en novembre 1982. Sankara devient premier ministre. Rarement un coup d’État aura été aussi populaire.
Mais Sankara tient immédiatement à prévenir des dangers : « Pour certains, il suffit d’avoir les armes, d’avoir avec soi quelques unités pour prendre le pouvoir. Chez d’autres c’est une autre conviction qui prévaut. Le pouvoir doit être d’abord l’affaire d’un peuple conscient. Par conséquent, les armes ne constituaient qu’une solution ponctuelle, occasionnelle, complémentaire ».
Une fois à la tête du pays Sankara met en œuvre une politique d’autosuffisance. En deux ans l’autosuffisance alimentaire est atteinte, l'économie du pays redressée, et des organes de pouvoir populaire mis en place. Les campagnes populaires pour l’égalité entre les sexes, pour la reforestation, pour la vaccination et l’alphabétisation massive, etc. se succèdent.
Sur le plan international, Sankara défend une ligne anti-impérialiste conséquente. Considérant la dette comme illégitime, il appelle les pays africains à refuser de la payer. Les puissances impérialistes et en particulier la France décident alors d'assassiner Sankara par la main de Blaise Compraoré le 15 octobre 1987.
Sankara est devenu mondialement un exemple du dirigeant populaire. Il est ainsi proclamé modèle par la jeunesse africaine au forum social africain de Bamako 2006 et au forum social mondial de Nairobi en 2007.
C’est de ce type de dirigeant dont nous avons plus que jamais besoin aujourd'hui.
Exigeons que toute la lumière soit faite sur ce nouvel assassinat de l’impérialisme français !
Texte: FUIQP

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