... remarquer à l'occasion du boycott des 200 ans de la Commémoration des 200 ans d'indépendance que les Haïtiens ont un rapport au temps enfantin. Seul le présent les intéresse. Passé -en dehors des redites hagiographiques sur Dessalines qui laissent de côté certaines réalités qui demandent réflexions -, futur n'existent pas/
Difficile de créer une communauté dynamique prenant en charge son destin quand les leçons du passé, même le plus proche comme celui des gouvernements des 2 présidents tèt kale, Martelly et Jovenel responsables de la montée en puissance des gangs et de la dilapidation des Fonds Petro Caribe.
Il y a cet extrait du dernier livre de E. Plene l" Palestine notre blessure" qui dit ce que je signale depuis l'ouverture de ce blog.
" Avec le renfort de médias qui peuvent désormais commenter en continu, sans relâche ni distance, sans historicité ni complexité, les puissances qu'elles soient étatiques ou économiques, cherchent à prendre en otage le temps. Elles voudraient nous rendre prisonniers d'un présent sans passé ni futur , qui ne s'autorise que de son immédiateté et qui, dès lors, nous rend aveugles, tels des lapins pris dans des phares, tels des papillons happés par une ampoule".( P.13 et 14)
J'ai toujours été très critique par rapport à la position atlantiste de Mediapart qui suivait la ligne des USA contre Chavez et les autres leaders de Nuestra America qui s'efforçaient de sortir de la subordination des USA- avec beaucoup de difficultés vu le rapport de forces défavorable, les sanctions et la narrative totalement négative diffusée dans les media dominants à laquelle Mediapart participait. De même que dans le cas d'Haïti, où la parole a été donnée uniquement aux acteurs du boycott de la commémoration des 200 ans d'indépendance présentés comme des héros, sans faire ce travail dont parle Plenel dans cet extrait, d'analyse du passé et de vision du futur. Futur qui était prévisible, si et seulement si, Mediapart ne s'était pas laissé aller à tomber dans la facilité idéologique états-unienne : les bons versus les mauvais. Les civilisés versus les barbares.
Je présume que certaines personnes dont ceux qui revendiquent à tout bout de champ leur héritage culturel africain, du Bénin dont les chefs ont participé au trafic d'esclaves, mais pas du royaume du Congo dont l'aristocratie a résisté pendant longtemps au trafiquants d'êtres humains, me reprocheront de citer un Occidental. Aussi je leur rappellerai ce dicton africain qui synthétise la problématique abordée dans l'extrait cité du livre de Plenel.
'Pour savoir où tu vas,(futur) il faut savoir d'où tu viens (passé).
Et ce passé ne renvoie pas exclusivement à une Afrique sublimée et/ou à 1804 mais aussi aux 300 ans d'esclavage et aux 200 ans et + de relations avec les ex-puissances coloniales et les USA marquées par un rapport de force totalement défavorable à la nation émergente; ainsi qu'à l'administration du pays, au fonctionnement de l' État contre la national cours de ces 200 ans et plus.
Voici un pays qui prend- bizarrement exclusivement pour héros Dessalines comme si les autres signataires de l'acte d'indépendance n'avaient jamais combattu- et qui jusqu'à présent l 'appellent Marchand-Dessalines une ville qui sur les cartes et documents officiels se nomme Dessalines . Et qu'ils auraient pu avec une compréhension de l'importance du passé dénommée Dessalines-ville, de même qu'il existe Pétion-Ville.
Quels chemins prendre pour sortir de l'infantilisme hérité de l'esclavage
et s'émanciper
du fascisme mystique des Duvalier ? C'est la question.
En tous les cas pas ceux actuellement empruntés par les néo-duvaliéristes et néo-lavalassiens.
Parce qu'il me semble que l'occultation du rôle des Congos, l'absence de reconnaissance à leur participation active à la lutte contre l'esclavage, la transformation caricaturale de ces rebelles marrons craints par le colonisateur, en sots et lubriques , notamment dans le vodu issu du Dahomey, plus que l'assassinat de Dessalines, ce déni, à la base d'une révision de l'histoire des luttes, se trouve être un des piliers sur lequel s'est construite lz société inégalitaire, abusive, violente, qui, aujourd'hui, apparait au grand jour.
D'où l'impérieuse nécessité d'un changement de paradigmes.
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