Donc on attend. On attend que la journée passe. Il y a le matin où on espère un coup de fil mais l’écran du cellulaire affiche : « pas de service ». Il y a le midi où on attend – qui sait ?- que la voiture arrive ou bien que le téléphone remarche ou bien que quelqu’un contre toute attente débarque et vous dise joyeusement : si on allait faire un tour à la mer !
Mais ici à Port-au-Prince ni la mer, ni des personnes enjouées et aimables n’existent vraiment.
Il faut comprendre que le dernier coup d’Etat qui a envoyé manu militari le président Aristide en Afrique est resté comme un os à travers la gorge de l’ensemble de la population et a sonné un coup de glas.
Sauf pour les GNB (grennnanbounda ), le G184 et les « zin-tellectuels » du Collectif Non, seuls bénéficiaires (avec la France) de cette opération mais qui ne sont pas visibles dans le paysage haïtien. Il faut aller à la grande messe organisée à la Citadelle Laferrière par le ministre de la Culture, Daniel Elie, sa conseillère et ancienne ministre de la Culture du gouvernement de facto Latortue, Mme Comeau Denis, et avec le concours de la France dans la personne de M. Poivre d’Arvor pour rencontrer ces gens-là. Ou bien, le 14 juillet, au Manoir des Lauriers, dans la résidence de l’ambassadeur de France en Haïti. Ou bien au Musée de la canne autour d’un Syto Cavé, membre du Collectif Non et cependant lecteur de Jacques Roumain.
Les aberrations pullulent ici comme des maringouins après la pluie. Le cynisme est le mode de fonctionnement qui paie le plus et le mieux. Ce cynisme est présent dans toutes les institutions privées et publiques, dans les églises, dans les organisations non gouvernementales, dans les familles. C’est une vérité qu’il nous faut admettre. Les plus opportunistes l’utilisent les yeux fermés, les autres à contrecœur d’abord puis avec le temps sans plus y penser. C’est le même Syto Cavé, connu pour être un homme de gauche qui s’allie avec des anciens militaires et macoutes pour faire chuter Aristide et qui va lire Jacques Roumain lequel, le pauvre, doit se retourner cent et une fois dans sa tombe pour les cent une récupérations qui ont été faites de sa personne ces derniers mois.
Est-ce que ce n’est pas du pur cynisme d’organiser avec l’aide de la France un raout, une nouba dans la Citadelle construite par le roi Christophe, symbole de l’indépendance d’Haïti, dont il y a trois ans, le gouvernement français s’employait à boycotter la fête du bicentenaire ? Mais surtout considérant la situation économique déplorable dans laquelle se trouve la population, était-ce vraiment le moment de consacrer tant d’argent pour une telle manifestation ? Et le comble du cynisme ne serait-ce pas qu’après avoir terni la célébration d’un bicentenaire qui représentait tant pour le pays, pour l’ensemble des descendants d’esclaves, pour les Noirs et pour les peuples du Sud, d’organiser 3 ans plus tard une fête entre « happy few » dans une Citadelle réduite à un simple décor ?
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