Dans son éditorial du journal de Boulos, Le Matin, daté du 20 novembre 2007 , « Lutte contre la corruption : attention danger, » M. Claude Moise s’en prend au commissaire M. Gassant en ces termes : « Certes, il faut lutter contre la corruption et M. Gassant fait sa part. Mais ses méthodes posent problème. Les arrestations en pleine nuit sous couvert de flagrant délit, le recours à la publicité tapageuse, les menaces dont on dit qu'il est coutumier entretiennent la suspicion sur les motifs de telles opérations et font douter de l'efficacité de la lutte contre la corruption. »
M. Moise qui récemment dans un de ses éditos disait tout le bien qu’il pensait du « bon docteur » papadok, devrait comprendre que les laudateurs de Duvalier, dont il se trouve un certain nombre dans les hautes sphères économiques de ce pays, regrettent ce temps béni où la corruption ne s’appelait pas corruption mais « récompenses pour services rendus au chef d’Etat ». C’était normal, il s’agissait à l’époque de petits arrangements entre amis. Et qui aurait oser dénoncer ce holdup sur Haïti, signait son arrêt de mort. Ceux-la qui préfèrent la paix des cimetières, se retrouvent toujours aux premières lignes pour dénoncer la "turbulence " et disent ne pas tolérer le « spectacle » de M. Gassant.
Dans l’ensemble de l’Amérique Latine, en Espagne également, les gouvernements conscients des maux causés à leur société par les dictateurs et leurs aparatchiks oeuvrent à réparer et panser les blessures profondes à l'origine de graves déséquilibres. En Haïti, c’est le contraire, les papadok et bébédok sont admirés pour leurs « gren-nanbounda ». Pour paraphraser M. Claude Moïse :« Il faudra bien qu'un jour nos anthropologues nous disent s'il s'agit là d'un trait culturel et à quoi tiendrait cette expression de l'idiosyncrasie haïtienne. »
M. Moïse qui d’après ce que l’on dit connaît bien son monde, ne devrait pas ignorer que depuis 1986, les duvaliéristes n’ont jamais laissé Haïti évoluer vers une démocratie. Ils ont tout fait, systématiquement avec acharnement, mus par la haine, pour boycotter les initiatives citoyennes, assassiner les militants ou les hommes d’affaires, les sympathisants du mouvement d’émancipation ou les pousser à fuir le pays.
Car, c’était bien d’émancipation dont il s’agissait en 1986, après 30 ans de mains basses sur un pays par une bande de mafieux. (lire à ce sujet le livre de L.Péan : L’ensauvagement macoute)
Cette émancipation se donnait pour but de sortir le peuple haïtien de la dépendance, de la soumission aveugle, de la peur, de la méfiance, de l’isolement dans lesquels il avait été enfermé par l’ensemble des instruments de répression du pouvoir duvaliériste : églises, élite commerçante administrations, armée et milices. Il s'agissait de créer des conditions favorables pour lui permettre, en connaissance de cause de faire le choix de ses représentants et de la politique la plus apte à développer le pays.
On rapporte qu’à Montréal, lors de la présentation du livre de Leslie Péan, "L’ensauvagement macoute », Patrick Lemoine auteur de "Fort-Dimanche, Fort-la- Mort" , n’aurait pas pu dissimuler son émotion à l'évocation de ses 5 années de prison sous Duvalier fils.
Patrick n’a pas pleuré sur lui-même. Patrick a pleuré en pensant à tous ses compagnons qui ont laissé leur vie dans les geôles duvaliéristes. Patrick a pleuré en pensant à l’impunité dont jouissent leurs bourreaux. Patrick a pleuré en pensant que des intellectuels aujourd’hui n’éprouvent aucune gêne à faire l’éloge de ces tortionnaires. Patrick a pleuré en pensant à la situation actuelle où des duvaliéristes peuvent, au mépris des souffrances qu'ils ont fait endurer au peuple haïtien, créer une fondation Duvalier. ( pourquoi pas une filiale du Klu Klux Klan, tant qu’on y est). Patrick a pleuré en pensant qu'aujourd'hui même, le Président haïtien est représenté par des duvaliéristes, à la tête de missions diplomatiques.
Patrick a pleuré en pensant que depuis 1986 ce sont en majorité les antiduvaliéristes qui sont assassinés ou forcés à l’exil, les Duvaliéristes eux restant bien au chaud dans leurs villas sur les hauteurs, protégés par ceux qui ont de l’argent, par ceux qui ont des armes et leurs amis de l’international.
Voici ce pour quoi, comme Patrick, l'ensemble du peuple haïtien pleure. Leurs larmes sont faites d’indignation, de souffrance, de rage et d’impuissance. Impuissance face à une bande de mafieux, de leurs alliés Zen-tellectuels, de leurs milices de Zen-glendos, de leurs amis Zétrangers qui saccagent ce pays de fond en comble, qui les affament, les poussen à l'exil pour sauvegarder leurs privilèges, ceci sans répit, sans interruption depuis 1986.
Les arrestations en pleine nuit ont été monnaie courante pendant les 2 années du régime Alexandre/Latortue (celle de So Anne par exemple). De plus elles étaient menées de manière totalement illégales : pas de mandat d’arrêt, pas de charges et ces personnes ont été (et le sont encore) emprisonnées pour des durées indéterminées. L’éditorialiste du journal de Boulos, Le Matin, s’était-il à l’époque inquiété de ce méthodes ? Que nenni. On devine les raisons de ce silence.
On apprend que Guyler Delva, un parmi les trop rares journalistes indépendants de l’élite commerçante qui importe, vend et distribue tout dans ce pays qui comme par hasard ne produit plus rien, que M. Delva donc, a dû fuir Haïti à la suite de menaces sur sa vie. Or M. Delva est président de la Commission de journalistes chargée de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Jean Dominique. Or, M. Delva avait révélé récemment que le sénateur Boulos avait un passeport américain. L’affaire après quelques « woywoy », s’est éteinte comme un pétard mouillé.
M. Moïse, en tant que membre éminent de la gente intellectuelle d’Haïti, devrait comprendre que si M. Gassant fait du bruit, théâtralise sa fonction, rend ses actes manifestes et publiques, c’est qu'il en va de sa survie. Non pas que ce comportement le mette à l’abri d’un assassinat. On a vu comment M. Izmery a été sorti d’une église, par les makouts, en plein service et abattu aux yeux de tous. On a vu aussi, l'échec de cette stratégie avec le meurtre de Jean Dominique.
Mais le fait qu’il ne travaille pas en huis clos, permet au public de suivre et de comprendre ses actes et l’éclairera dans le futur, si crime il devrait y avoir, sur les motivations du meurtre et les commanditaires.
En mettant en lumière ses différentes démarches, M. Gassant rompt avec l’habitude duvaliériste d’agir dans l’ombre, le silence et la peur. Il braque la lumière sur les ravets qui, dérangés, voudrient le bouffer tout cru.
M. Gassant souhaite offrir l’opportunité au public de répondre à la question : à qui profite le crime ? sans se laisser manipuler par les professionnels des zen (ragôts).
Dans la diaspora nombreux sont ceux qui le trouvent excessivement courageux, tremblent pour sa vie. Et à l’encontre de M. Claude Moïse, l’encouragent à poursuivre dans la même voie. M. Claude Gassant, ceux qui sont partis soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons économiques; ceux qui font vivre ce pays par leurs petits envois mensuels et réguliers aux familles restées sur place, vous disent chapeau bas .
A M. Gassant, ils disent qu’ils sont derrière lui, ils lui apportent leur soutien, ils espèrent qu’il arrivera à « fliter » un maximum de ravets. C’est la condition sine qua non qui permettra à tous ceux qui le désirent de revenir au pays plus souvent, en sécurité, d’y investir sans crainte et que les monopoles qui font la loi depuis plus de 50 ans ne leur barrent la route. C’est la condition pour que leurs enfants et petits-enfants, de même que ceux des familles qui, elles, n’ont jamais dû s’exiler, puissent s’ils en ont envie vivre et travailler dans le pays de leurs ancêtres sans peur.
M. Gassant, il faut tenir bon. Votre route est pavée de pièges et vous n’avez pas fini d’entendre des donneurs de leçons de savoir-vivre, vous traiter d’arrogant et mus par un soudain sentiment de responsabilité patriotique, brandir l’argument, comme le fait M. Moïse d’une éventuelle fuite de cerveaux : « À ce rythme, il deviendra encore plus difficile de recruter des gens honnêtes et sérieux pour assumer les lourdes responsabilités de l'Administration publique alors que des offres alléchantes sur le marché de l'emploi international attirent les compétences. ».
M. Gassant, à contrario, vos enquêtes font espérer la fuite de ceux qui ne vivent que de prébendes, de commissions et de contrebande. Au contraire, si elles portent leurs fruits, ces enquêtes ouvriront la porte à la jeune génération de professionnels haïtiens à l’étranger qui n’aspirent qu’à servir honnêtement leur pays et dont le rêve n’est pas d’acquérir le dernier modèle de 4X4 Nissan Patrol ou de Lexus.
M.Gassant, il faut bien comprendre la nature de cet « Attention danger » . Il n'est pas à prendre à la légère. Il faut l’entendre comme une mise en garde. Vous savez que nombreux sont ceux, comme Jean Dominique , qui ont voulu aller à la source de la criminalité, là où le voleur crie au voleur, (voir l’éditorial de Jean Dominique publié dans ce blog) qui se sont retrouvés le corps criblé de balles.
M.Gassant, vous représentez un immense espoir pour l’ensemble de la population haïtienne qui veut vivre en paix et prospérer dans son pays. S’il vous plaît, il ne faut pas céder pas à l’intimidation, mais aussi il faut faire bien attention à vous parce que généralement, l’intimidation précède l’agression. Il ne faut pas qu'à l'instar de Guyler Delva , vous soyez obligé de prendre vos jambes à votre cou et de laisser la place, once again, à ceux à qui vos méthodes font « douter de l’efficacité de la lutte contre la corruption » et dont les voix ne font que commencer à s’élever.
On ne nous fera pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages !
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