Il arrive que des Haïtiens qui ne sont pas au fait des questions économiques attribuent la dégradation des structures de l'Etat à ce qu'ils appellent "la débauche démocratique" en opposition au temps béni, selon eux, que moi je nomme "la bamboche dictatoriale".
Or, l'abandon, l'absence de maintenance des sociétés nationales (eau, électriité, téléphone) participent d'un plan qui consiste à accentuer leurs dysfonctionnements de manière à légitimer la vente et à acquérir à bas prix ces sociétés d'Etat.
Cette technique a été utilisée partout y compris dans les pays occidentaux. Par exemple, en France, actuellement, la suppression des recettes publicitaires aux chaînes publiques de télévision, annoncée par le président de la République, peut apparaître à priori comme une mesure saine.
Mais ce qui risque de se passer, c'est une augmentation de capitaux pour les chaînes privées vers lesquelles toutes les publicités vont se tourner et, en l'absence d'un budget adéquat, une diminution de capital pour les chaînes nationales. D'où un appauvrissement de la qualité de leurs programmes, d'où une diminution de leurs audiences, d'où une possibilité de rachat à bas prix par le privé pour cause de déficits, etc.
Dans le cas d'Haïti, on sait (les textes sont là) que le gouvernement d'Aristide, qualifié de populiste dans cet article -comme l'ont été en France, ceux qui avaient voté contre la Constitution européenne- a résisté contre des privatisations qui se sont faites par la suite au cours du premier mandat de Préval (Minoterie) et dont le pays paye le prix aujourd'hui, avec l'augmentation du côut de la vie.
Aristide pas plus que Préval n'avaient les moyens de résister aux pressions des organismes internationaux. (Voir les contributions sur ce sujet de Wargny, Chossudovsky, Gérard Lehman, Peter Hallward excellement documentées )
Mais à l'inverse disons, du Mali ou du Sénégal, Aristide a choisi une position intermédiaire, certains diront de stagnation, qui lui a valu l'hostilité à la fois de certains milieux dits progressistes et des néolibéraux. Donc d'une manière ou d'une autre sa fin était programmée.
Actuellement rebelotte, c'est-à-dire qu'on se retrouve dans une situation similaire. Les commercants et les institutions internationales poussent à la privatisation générale. Les aides y sont conditionnées. La seule différence est que le contexte géopolitique a changé et que Préval en principe devrait avoir plus de marges de maneuvres.
Je dis bien en principe.
Mais en même temps, un observateur attentif, remarquera qu'à chaque fois que le Président tente de passer des accords de coopération avec le Venezuela, puisqu'il s'agit actuellement de l'unique pays capable d'apporter une aide qui ne soit pas conditionnée aux privatisations, des troubles politiques et du désordre surgissent comme par hasard dans le pays.
Tous les acteurs des 2 coups d'Etat, anciens militaires, zenglendos, duvaliéristes, commerçants et politiciens opportunistes étant extrêmement actifs et déterminés à aller jusqu'au bout de leur propre agenda quitte à aller jusqu'à ce que Naomi Klein appelle la "schok strategy" capables de provoquer une famine générale dans le pays.
Ce qui fait que Préval se retrouve lui aussi dans une situation extrêmement fragile, comparable à plusieurs égards à celle d'Aristide, pris entre une base qui espère une politique sociale et des commercants de l'importation auxquels les mots "production nationale" font horreur et l'international dont le seul évangile est FMI.
4 septembre 2007
La privatisation des entreprises publiques
Une réforme projetée depuis les années 90
Multinational monitor, november 1995-volume 16
(écrivait Cam Duncan en 1995, sous le titre " Haiti bucks privatization ")
Le premier ministre Smarck Michel démissionne en octobre 1995, un an après le retour au pouvoir du président Aristide, sous la pression de manifestations contre ses propositions néolibérales d'ajustement structurel. Il est remplacé par Claudette Werleigh. Cette démission intervint après les élections de septembre 95.
En octobre, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International tenaient leur réunion annuelle à Washington D.C. La Banque et le Fonds avaient tenté d'obtenir la signature d'Haïti à une lettre d'intention, conditionnant un financement de $100 millions à l'acceptation d'objectifs d'ajustement structurel, notamment la privatisation des entreprises publiques. La banque espérait pouvoir utiliser cette lettre à sa réunion annuelle pour montrer que les Haïtiens soutenaient ses politiques.
Sous la pression de son nouveau parlement, Haïti refusa de signer. Le 15 octobre 95, en visite à Port-au-Prince, le Vice-Président américain, Al Gore, visiblement en colère, entreprit de sauver le rôle de Michel, au moins son héritage néolibéral, par ce que GORE appela une confrontation d'homme à homme avec Aristide.
Fin octobre, des rumeurs circulaient sur la volonté des donateurs et des prêteurs de répondre au populisme haïtien en coupant les aides internationales. Certains officiels étrangers avouaient clairement que le rejet des propositions de la Banque et du Fonds allait affecter énormément Haïti en retardant les décaissements prévus pour les programmes d'ajustement structurel. Ils prévoient que d'autres donateurs se solidariseront avec la Banque et le Fonds contre Haïti.
C'est en effet ce qui arriva, assez vite, avec les sanctions généralisées contre Haïti, la rétention des fonds qui ouvrirent la voie à la longue crise politique qui allait enfoncer totalement le pays dans le chaos économique, social et politique. Elle se termina par la démolition des institutions constitutionnelles, en février 2004.
Smarck Michel avait beau essayer de rassurer ses interlocuteurs américains. Aristide a mûri, je rencontre le président régulièrement. Il ne m'a jamais dit, " Arrêtez le programme ". Selon Lisa McGowan, une spécialiste d'Haïti, la Teleco rapportait au gouvernement $80 millions de revenus en 1994-1995. Haiti n'a jamais eu un débat ouvert entre les pour et les contre de la privatisation. Bien que Aristide ait été circonspect à l'égard du plan néolibéral, le président restait à l'écoute des organisations démocratiques. Après trois tours de scrutin, le parti Lavalas dominait le parlement haïtien.
Ainsi, ce qui bloquait le plan néolibéral n'est pas tant Aristide que la vaste opposition à la privatisation parmi le peuple haïtien et ses représentants dans le nouveau Parlement.
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