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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Moloch tropical ? (Suite et fin)

Publié par Elsie HAAS sur 16 Avril 2009, 09:31am

Catégories : #MOLOCH TROPICAL


J’ai lu avec amusement l’échange entre "la Sénatrice " et "le Réalisateur"  (on purait en faire une pièce de théâtre à la Brecht. Titre la Sénatrice et le Réalisateur)

à propos de la Citadelle  Laferrière et des vêtements séchant au soleil.

Je me garderai de mettre mon nez dans une querelle de famille, de poser mon doigt entre l’enclume et le marteau.

En lisant la verte mise au pont du réalisateur, il m’est venu, néanmoins,  ces quelques observations :

 

1- La comparaison entre l'église rwandaise et la Citadelle n'est pas tout à fait au point. La Citadelle est un monument historique qui  représente un symbole universel. Je ne crois pas que ce soit le cas de l'église rwandaise, aussi belle qu'elle soit.

2 -De même, est-ce que le curé rwandais aurait accepté de donner l'autorisation à une équipe de tournage de camper dans son église ? Je sais bien que ce n'est pas de la faute du réalisateur -même si lui même a occupé le poste de ministre de la Culture en d'autres temps- si l'Etat haïtien, ni les investisseurs privés n'ont jugé intéressant de construire des hôtels, auberges, "guests houses" pour les visiteurs.

3- Le réalisateur affirme que l'Etat ne lui apporte rien. Pas si vite. Le gouvernement haïtien (le peuple haïtien donc) lui donne la possibilité de tourner dans un lieu grandiose.  Le tournage de films de fiction dans les lieux historiques ou même dans un simple appartement a un côut. Coût important dans le budget d'un film.

 

4- Le réalisateur fait la liste de  l'ensemble des réparations, aménagements, réfections qu'il a réalisés dans la Citadelle pour pouvoir la rendre fonctionnelle à son travail. A ceci il ajoute l'énumération des artisans, ouvriers et autres manutentionnaires auxquels il procure du travail. Tout cela est vrai, mais n'est en rien  anormal.  Ces dépenses font partie de l'économie de la production d'un film de long métrage de fiction et ne sont en rien exceptionnelles. Il est vrai, on ne peut pas le nier, que cet apport de travail est bénéfique pour une population qui connaît un chomage endémique

Cependant, le cadeau, si on doit s'exprimer en ces termes,  est réciproque car le coût de la main d’œuvre en Haïti est fort peu élevé pour des travaux équivalents ailleurs. Même si, me dira-t-on, ailleurs les ouvriers sont plus qualifiés, ils sont syndiqués, etc. J’entends bien, mais il n’empêche que ces gens là fournissent un travail et que le coût de ce travail est moins cher en Haïti que partout ailleurs. Ce qui  abaisse d’autant les frais de production du film.  Ce qui fait qu’au finish, ce serait plus un donnant/ donnant qu’une œuvre de bienfaisance.  600 000 dollars de frais pour la fabrication de  décors, l’aménagement des lieux etc,  c’est beaucoup d’argent pour le commun des mortels que nous sommes, mais  pas mesuré  à l’échelle de la production d’un film de long métrage. D'ailleurs, le budget d'un tel film s'il fallait compter les couts de location du lieu, hébergment des professionnels, techniciens, acteurs et autres, salaires de tout ce monde + les salaires des figurants et ceux des artisans,etc. serait si important que sa production ailleurs qu'en Haïti serait  très aléatoire

 

 5-Enfin, et j’en terminerai là, s’il est vrai que  le pays d’Haïti, offre des paysages , des locations magnifiques qui pourraient être utilisés pour faire des films, on pourrait dire la même chose pour ce qui est du  tourisme, du développement de l’agriculture, de la transformation des aliments, de l’artisanat,  de l’art,  des énergies alternatives,etc.
Le désordre politique organisé depuis 1957 par les paltoquets d’extrême droite qui se battent à mort  entre différents clans pour le contrôle de l’Etat et des richesses du pays, comme on l’a vu en   1987, 1989, 1990,1991,2001, 2004 en est la cause première.
Qui peut prétendre construire au sein d’un chaos organisé et voulu ?
C’est  de cette difficulté insensée -même si Césaire use parfois de dérision pour en montrer la démesure- dont il est question dans son œuvre, si bien nommée: «La tragédie du Roi Christophe ». De plus, ce que dit subtilement Césaire, dont on fait fort souvent l'impasse -et dont il a parlé également dans son "Caliban"-, c'est que c'est  de la folie, de la sauvagerie de "l'autre", le colon, que le colonisé devient fou. Une problématique qui a été étudiée, analysée et décrite chez d'autres auteurs comme Fanon, Memmi, etc.

Une pièce de théâtre dont je profite de l'occasion pour vous en recommander la lecture.

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