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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Colombie: Mancuso ou le visage de la terreur paramilitaire

Publié par Elsie HAAS sur 17 Février 2007, 13:29pm


Devant la barre, le milicien d'extrême droite a détaillé les raids meurtriers dans la région qu'il contrôlait.
Par Michel TAILLE

Bogotá de notre correspondant
   
Salvatore Mancuso a fait face à ses juges sans ciller. Le chef paramilitaire colombien d'extrême droite, qui doit terminer, cette semaine à Medellín, des aveux commencés le mois dernier, a reconnu sa responsabilité dans plus de 300 assassinats, débités sur un ton neutre en parcourant les fichiers de son ordinateur portable. Au fil de sa confession, l'élégant éleveur au visage poupin a ravivé les souvenirs macabres de la dernière décennie, qu'il a passée à la tête des milices antiguérillas des Autodéfenses unies de Colombie (AUC).
«J'en ai mal au ventre, mais il fallait que je vienne», commentait une victime à l'entrée du tribunal, lors de la première séance. Elle n'a pu revoir le corps de son frère, le 22 octobre 1997, qu'avec l'interdiction de pleurer, sous menace de mort ; les paramilitaires venaient de le tuer, avec 14 autres villageois du hameau d'El Aro, et ils ne voulaient pas de gémissements. Les hommes du «Mono» («blond») Mancuso, ainsi surnommé pour le teint relativement clair de ce fils d'immigré italien, venaient d'appliquer leur stratégie militaire : le massacre d'habitants des zones dominées par la guérilla d'extrême gauche. «Si ces bandits sont comme un poisson dans l'eau chez les paysans, il faut leur enlever l'eau», expliquait Carlos Castaño, longtemps mentor et ami de «Salvatore» ­ lequel n'en organisera pas moins son assassinat.

Petite parenthèse
 Cette citation de ce paramilitaire colombien «Si ces bandits sont comme un poisson dans l'eau chez les paysans, il faut leur enlever l'eau»,  n'est  pas un simple image, c'est ce qui  dans la réalité se passe à Cité Soleil où la population n'a plus accès aux points d'eau.

Ce sont des camions de la Minustah qui revendent l'eau à ceux qui peuvent la payer. On dit et on  ne cessera de le répéter qu'il est temps que les Haïtiens  sortent de leurs analyses bornées  par leur tendance à croire que "Haïti c'est le début et la fin de tout". Les Colombiens avec le trafic de la drogue sont en Haïti  depuis sous Jean Claude Duvalier, ils y ont établi de solides réseaux, ils y exportent leurs méthodes. Ce sont des pratiques criminelles monstrueuses qui risquent d'envahir et de détruire notre pays- ces crimes se font  impunément  depuis 2004 sous prétexte de lutte contre les chimères. M. Mulet qui vient du Guatemala sait  que son pays a été détruit par la violence de ces  paramilitaires liés à l'oligarchie, à la CIA et à la droite républicaine étatsunienne. Les Toto Constant, les Jodel Chamblain, les Tatoune font peur à tout le monde. C'est normal: ce sont des monstres diaboliques. Mais si par peur nous nous détournons du problème,  avec les troupes sud-américaines installées partout sur le territoire,  des toupes passées maîtres dans les atteintes aux droits de l'homme, avec la collusion entre les import-export et le système judiciaire et politique, Haïti, question violence, injustice et arpatheid  ne tardera pas à ressembler au Brésil, à la Colombie, au Chili, au Guatemala, à l'Equateur.  Est-ce que nous allons leur laisser nous" fourguer" ce modèle de société  qui n'est pas viable chez eux ? Est-ce que les Haïtiens vont accepter que leur pays devienne  le nid douillet de  dangereux criminels sud-américains ?
Fin de la parenthèse

Des paramilitaires tronçonneuse au poing 
Les villages frappés par ces tueries, souvent avec l'aide de l'armée, comme l'a expliqué le Mono, se vidaient de leurs survivants. «Nous sommes partis avec juste ce que nous avions sur le dos», racontaient, en mai 2001, des Indiens réfugiés dans un stade d'une petite ville. Dans cette vallée du Naya, les paramilitaires, tronçonneuse au poing, avaient démembré plusieurs dizaines d'habitants. Mancuso contrôlait alors une grande partie du nord de la Colombie, où pas moins de 14 000 syndicalistes, militants de gauche ou villageois allaient être assassinés. L'éleveur continuait l'ascension entamée au début des années 90, quand il sillonnait avec ses gardes du corps la région fertile du Córdoba, sur la côte caribéenne. Amoureux des armes, il organisait déjà des raids pour se défendre des extorsions et des rapts sanglants de la guérilla.
Poudre ou troupeaux de zébus 
Quand l'un de ses voisins, l'actuel président conservateur Alvaro Uribe, devient en 1995 gouverneur du département et légalise la création des Convivirs, coopératives de sécurité ­ qui dériveront en AUC ­, le Mono saisit l'occasion. Ses coopératives complètent vite la carte régionale des milices privées, qui se confond bientôt avec celle des cultures de coca. Le mariage entre lutte antiguérilla et narcomafia fait le bonheur des paramilitaires : Mancuso, accusé de blanchiment et de trafic de cocaïne, a édifié année après année une fortune qui doit plus à la poudre qu'aux troupeaux de zébus du Córdoba. Aujourd'hui, son empire foncier s'étendrait jusqu'en Espagne. Le jeune homme de bonne famille, éduqué dans un lycée religieux, a mis sur pied, entre autres, de lucratives exportations de drogue vers la mafia calabraise de la N'dranghetta.
Pour pouvoir profiter de cette fortune en paix, le comandante Mancuso se serait engouffré dans la démobilisation négociée par les AUC avec le pouvoir depuis juillet 2003. Aujourd'hui, les paramilitaires ont officiellement démobilisé leurs troupes, même si une soixantaine de petits groupes régionaux protègent toujours les routes du trafic de drogue. Mancuso en tête, les chefs et des centaines de responsables intermédiaires ont accepté un coup de poker qui semblait avantageux : avouer l'intégralité de leurs crimes, sans que la justice ait les moyens de vérifier leur sincérité, et n'être condamnés qu'à cinq ou huit ans de réclusion, dans des «colonies agricoles» aux allures de camp de vacances.
Mais les pressions de Washington, qui demande l'extradition du Mono et d'autres chefs paramilitaires pour trafic de drogue, ont durci les conditions. Prétextant des plans d'évasion, le Président a transféré, en novembre, le chef de guerre et 58 de ses collègues dans une prison de haute sécurité. Depuis, les reclus menacent régulièrement de tout déballer sur leurs alliances avec l'élite colombienne. «Nous avons reçu un appui social, politique et militaire, a avancé Mancuso, qui, dans le passé, avait assuré contrôler un tiers du Parlement. La Colombie doit être préparée à la vérité.» 
Déjà, plusieurs parlementaires et un chef des services secrets, tous proches du président Uribe, font l'objet d'une enquête et les Colombiens s'attendaient à de nouvelles révélations. Mais il les a laissés sur leur faim. Le paramilitaire a bien mouillé des généraux et des responsables politiques et judiciaires, mais la plupart sont déjà recherchés ou morts. Il «n'a rien dit de nouveau», regrettait, ce week-end, l'hebdomadaire El Espectador . Les raisons ne lui manquent sans doute pas : un de ses lieutenants, trop bavard, a déjà été abattu. L'impassible comandante préférerait finalement, pour protéger famille et fortune, rester discret.

 Sources :Libération,mercredi 24 janvier 2007

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