Puisqu'il est vent ces temps-çi, en Haïti, d'une révision de la Constitution, puisqu' une commission, nommée par le président Préval, ayant à sa tête, M. Claude Moïse, éditorialiste au Matin le journal de Boulos, se doit de faire des propositions en ce sens, puisque récemment les "secteurs privés et publics" étaient de passage en France en quête de capitaux pour investir tout azimuths, il serait peut-être temps, mondialisation oblige, de regarder ce qui se passe, au niveau du foncier, chez nos voisins soumis aux mêmes modèles de "gouvernance" made in FMI, Banque Mondiale et autres institutions grandes pourvoyeuses de démocratie.
"Petits paysans et indigènes sont expulsés"
| | ous êtes professeur à l'université de Buenos Aires et chercheur au Conicet, équivalent argentin du CNRS. Existe-t-il une réglementation limitant la vente de terres à des étrangers ? Il n'y a pas de réglementation comparable à celles existant en Europe, au Mexique ou au Brésil. La seule loi, inspirée par le général Juan Peron, alors ministre, date de 1944. Elle interdisait la vente à des étrangers de terres se trouvant à moins de 150 km des frontières et à moins de 150 km des côtes, pour des raisons de sécurité nationale. Mais elle n'est plus respectée et tous les projets de réglementation sont au point mort.
Comment expliquez-vous les achats massifs de terres par des étrangers ? L'Argentine a toujours été considérée comme un pays riche pour ses ressources naturelles et ses grandes extensions de terres fertiles. L'accroissement des achats de terres par des étrangers et des investissements miniers de compagnies étrangères peuvent s'expliquer par l'intérêt croissant pour des ressources qui s'épuisent dans le reste du monde. La terre est sous-évaluée en Argentine et ses ressources minières sont jusqu'ici peu exploitées. La politique néolibérale des années 1990 a favorisé les investissements étrangers dans tous les secteurs.L'absence de cadre juridique et les décrets de dérégulation expliquent que beaucoup de ces investissements soient très rentables et qu'il n'existe pratiquement aucun contrôle quant aux conséquences écologiques, sociales et économiques. Quels sont les principaux dangers ? L'effet le plus pernicieux est sans doute celui qui affecte l'agriculture à la suite du boom des prix du soja. Sous la pression des semenciers, c'est presque exclusivement du soja transgénique qui est semé. La technologie et les graines sont vendues par des transnationales, principalement Monsanto. Cette ruée vers l'or vert requiert d'importants capitaux et de grandes extensions de terres. Elle déborde désormais la Pampa et envahit d'autres provinces du centre et du nord du pays. Les petits paysans et les communautés indigènes sont violemment expulsés de leurs terres.Peu à peu, l'agriculture se fait sans agriculteurs, à cause de la disparition des moyennes et petites exploitations. La rentabilité en devises que procure le soja (plus de 90 % sont destinés à l'exportation) entraîne l'abandon de la culture d'aliments comme le maïs ou le blé qui forment la base de la consommation populaire, mais aussi la viande et les produits laitiers. Cette monoculture érode les sols. L'utilisation de produits chimiques et la déforestation ont de graves conséquences sur l'environnement. |
ous êtes professeur à l'université de Buenos Aires et chercheur au Conicet, équivalent argentin du CNRS. Existe-t-il une réglementation limitant la vente de terres à des étrangers ?
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