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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Affaire des contrats dominicains : qui jugera Bellerive ?

Publié par siel sur 23 Avril 2012, 10:04am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Position de l’ancien Premier Ministre Bellerive 

 

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Dans une tribune libre intitulée « Position de l’ancien Premier Ministre Bellerive sur un document, non signé, publié dans les médias », Monsieur Bellerive s’est vu obligé, pour de multiples raisons, de s’expliquer sur l’affaire des contrats dominicains, de sortir donc de son silence prudent afin de « rétablir les faits » et de contre-attaquer pour mettre court, écrit-il, à « une campagne de presse, de toute évidence commanditée », à une « opération de lynchage médiatique » à son encontre, à une « campagne d’intoxication » malintentionnée et intempestive pour son goût et à une « tentative ignoble de me faire porter un double chapeau de corrompu et d’apatride dans le dessein de procéder à mon assassinat politique ».

Ces expressions, qui sont revenues à intervalles plus ou moins rapprochés dans le texte, prouvent à l’évidence l’exaspération de l’homme politique qui a dû se contenir, à son corps défendant, pour éviter de répondre véhémentement aux propos assassins et aux jugements sévères véhiculés dans la presse à son endroit et de peur de faire un faux pas préjudiciable à son avenir politique.

Vraisemblablement, Monsieur Bellerive nourrit, de son point de vue, l’ambition légitime de monter en grade avec l’aide bienveillante, bien évidemment, de la bannière étoilée dont il est, probablement, l’un des porte-étendards et l’un des poulains pour avoir obéi aux ordres sans barguigner. C’est en raison de ses hautes prétentions qu’il proteste de ses mains immaculées et pures et de ses bonnes intentions au temps post-séisme de désastre pur et de gouvernance approximative et que, par conséquent, il ne veut, surtout pas, qu’on le mette à mort sur l’autel de la patrie. De se poser en victime, il n’y avait qu’un pas qu’il a vite franchi. A quoi et à qui répond-il dans son papier ?

Monsieur Bellerive a fait remarquer que le document préparé par la Commission d’audit mise sur pied par la Primature et paru dans la presse sous le titre « Rapport préliminaire des audits sur les contrats signés sous le régime de la loi d’urgence » n’est pas signé. « Rapport préliminaire », a-t-il estimé, signifie qu’il y aura une suite qui pourrait fracasser sa carrière politique et éclabousser son image. Il lui fallait donc au plus vite répondre à ses adversaires et contrer leur « tentative ignoble » et écœurante contre son auguste personne.

Remarque : ce document n’a pas été signé puisqu’il était confidentiel et n’était pas destiné à être publié. D’après un haut cadre de la Primature, rapporte Le Nouvelliste dans son édition du 22 mars écoulé, « le 27 février dernier, au cours d’un Conseil des Ministres, le rapport préliminaire sur l’audit des contrats a été présenté et discuté. Chaque ministre avait en sa possession une copie du rapport » qu’on ne leur a remis sans doute que pour obtenir leur réaction. Qui a rendu public ce rapport ?

Cette information, en tout cas, fait jeter le doute sur la prise de position de Jude Hervey Day, ministre de la Planification et de la Coopération Externe de son état, qui, rappelons-le, est cousin de Bellerive, a été son chef de Cabinet à la Primature et a présidé, durant la période des contrats, le Comité d’Évaluation des Offres.

A ce propos, chef de Cabinet de son cousin, qu’a-t-il été faire dans ce Comité du ministère de la Planification et de la Coopération Externe ? Pour bien se situer, il faut se rappeler que l’ex-Premier ministre Bellerive dirigeait aussi ce ministère. Était-ce un « job » temporaire, le temps de faire signer les fameux contrats et d’empêcher des fouineurs indésirables de venir humer l’air des lieux ? Comment et combien le rémunérait-on pour faire le « job » ? Ce sont, vous le comprenez bien, d’innocentes petites questions que l’on se pose comme à soi-même, comme dans un nuage. C’est comme faire des réflexions à haute voix. On ne saurait vous pendre pour si peu. Diriger ce Comité permettait à « Mossieu » Day, on le présume, de rendre à son cousin de Premier ministre un avis favorable aux compagnies délibérément et préalablement choisies. Mais le prouver est une autre affaire. On ne peut avoir que des soupçons.

Sur le « rapport préliminaire » de la Commission d’audit de Conille, Day a affirmé ne l’avoir administrativement pas reçu. Il n’en saurait être autrement puisqu’il n’était pas officiel. En tout cas, les deux cousins se sont engouffrés avec ravissement dans cette brèche et ont saisi au vol cette heureuse opportunité pour monter à deux voix leur réponse. Day a profité de la circonstance pour stigmatiser les rédacteurs de ce rapport en soulignant qu’ils ont fait montre d’ « une totale ignorance de l’environnement de l’époque, des procédures administratives appliquées dans le cadre de la loi d’urgence ».

Il a ajouté que « ces accusations [de corruption, NDLR] ne font qu’occulter les bénéfices et les retombées positives des travaux entrepris sous son égide [de Jean Max, bien évidemment] pour la population haïtienne ». Le marketing politique, en faveur du cousin, est bien enclenché. Honni soit celui qui ose douter du patriotisme de « Mossieu » Bellerive !

Le patriotisme, « Mossieu » Bellerive en fait un capital politique ainsi que l’exil de ses parents et du sien propre à la fin des années 50, autrement dit au début du gouvernement de François Duvalier, considéré « comme le point de départ des années de plomb dans notre histoire politique ». « Je ne crois pas avoir de leçons de patriotisme à recevoir de quiconque. Mon choix de rester Haïtien et mettre au-dessus de tout projet personnel ou de tout choix de carrière ne souffre pas de discussion. Je viens d’une famille qui a dû subir l’exil à la fin des années 50, connues comme le point de départ des années de plomb dans notre histoire politique, pour rentrer au pays une fois que les conditions le permettaient POUR NE PLUS LE QUITTER (en majuscule dans le texte). Ma passion d’Haïti n’est pas un choix occasionnel, le temps d’une fonction politique. C’est un choix viscéral. C’est un choix profond qui fait corps avec moi-même », écrit l’ex-PM. Le ton paraît sincère. Si vous avez véritablement ces nobles sentiments, Jean Max, il y a lieu de réviser notre opinion à votre sujet. Mais les faits sont têtus.

On a l’impression que les deux cousins, liés depuis longtemps comme les doigts d’une seule main, ont concocté d’un commun accord une stratégie minutieuse pour se sortir de l’ornière dans laquelle leurs ennemis veulent les engluer. Outre la notion de patriotisme, les deux hommes ont fait mention de l’environnement dans lequel les contrats ont été signés (loi d’urgence pour faire face à un évènement sans précédent, prise en charge de l’international de la situation humanitaire, faibles ressources du gouvernement haïtien, conditionnalités extrêmement lourdes pour le déblocage des fonds externes et délais de décaissement relativement longs). Bellerive se fait pédagogue pour expliquer aux profanes les procédures suivies et battre en brèche les accusations et insinuations des rédacteurs du rapport incriminé.

De toute évidence, quoiqu’en pense Monsieur Bellerive, il y a eu hâte dans l’urgence (qu’on se réfère aux fautes typographiques et incorrections grammaticales relevées dans les contrats qu’un homme comme Bellerive a laissé passer) dans l’attribution des contrats à trois compagnies dominicaines. Celles-ci ont recueilli le gros magot et les haïtiennes, des miettes. Pourquoi a-t-on privilégié des compagnies dominicaines ? En raison de leur proximité géographique et de l’incapacité des firmes locales à répondre aux commandes, même avant le séisme, a déclaré l’ex-PM qui s’en est pris, au passage, au « nationalisme étroit et dépassé » des « amis » de Monsieur Conille. Mais, lui objecterait-on, à l’heure des supersoniques, le monde n’est qu’un village et les distances sont réduites à une peau de chagrin.

La loi sur l’état d’urgence, bien sûr, autorisait bien des dérogations pour répondre à la catastrophe inédite et d’une ampleur inégalée dans nos annales. Mais pourquoi avoir choisi précisément ces firmes dominicaines (Constructora Rofi S.A, Construcciones y Desinos, S.A et Hadom S.A) conduites par le même puissant homme d’affaires et qui, par-dessus le marché, est un influent sénateur très proche du président Fernandez ? Retenons, en passant, que l’affaire des contrats s’est invitée à l’élection présidentielle en territoire voisin. Ne serait-ce pas, en sus, cette forte raison qui a déterminé Bellerive à faire cette mise au point si savamment élaborée ?

Rappelons, pour mémoire, que Jean Max et Hervey parlent couramment espagnol, que, dans leur jeune âge, ils ont fait leurs quatre cent coups ensemble, ici et… là-bas, et que l’ex-Premier ministre a épousé une Dominicaine. Suivez mon regard, mais pas mes conclusions, de peur que vous ne soyez mis en pièces. Cette opération de déminage, que constitue cette mise au point de Bellerive, était donc rendue nécessaire : dédouaner les « amis » dominicains (chacun a ses « amis », n’est-ce pas ?) dans cette affaire de contrats que veut exploiter l’opposition de là-bas pour empêcher leur renouvellement au pouvoir (dans le Listin Diario, les « amis » ont parlé, a propos de cette affaire des contrats, de « haine xénophobe » et de « conjuration raciste ») et maintenir sans tache la réputation de l’ex-PM dans la perspective de solliciter et d’obtenir leur appui en vue de l’ascension vers le plus haut sommet.

Au-delà des anomalies qu’ont signalées les rédacteurs du rapport, il faut relever l’habileté politique de l’homme. Si, en se drapant autour de la loi d’urgence, il a mis hors jeu les « amis » du Premier ministre Conille qu’il a qualifiés, au passage, de « mercenaires anonymes et grassement rémunérés », il n’a pas pu, néanmoins, effacer quelques soupçons d’irrégularités autour de l’attribution des contrats. Au contraire, il a contre-attaqué en dénonçant « l’anti-dominicanisme primaire » de ses détracteurs (l’expression montre bien ses intentions) et en déclarant, la main sur le cœur, que « discréditer… toutes les institutions responsables du contrôle (Présidence, Parlement, Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (ajout de la rédaction) ne peut en rien aider à l’ouverture prônée vers le secteur privé ».

En définitive, dans cette affaire des contrats dominicains, la façade légale est à peu près respectée. Ne comptez pas sur des « grandèt » aussi avisés et expérimentés que nos Mossieux pour faire de périlleux faux pas si, d’aventure, ils avaient partie liée avec notamment les firmes dominicaines. Il vaut mieux, comme nous l’avons fait et comme pour parler à notre bonnet, entretenir nos soupçons en interrogeant quelques anomalies fâcheuses ou quelques coïncidences singulières ou faire quelques innocentes supputations qui ne sauraient nous faire subir les foudres de l’ex-Premier ministre et faire l’objet des menaces de poursuite qu’il a habilement brandies pour dissuader les intrus, les curieux et les emmerdeurs de tous poils et de tout acabit de continuer à fourrer leur nez dans les affaires de grande personne. Qui osera, dans cette affaire, se permettre de juger Bellerive ?

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