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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


En Haïti, l'histoire lutte contre la mémoire.

Publié par Elsie HAAS sur 15 Avril 2010, 09:41am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Ce petit mot destiné à Marcus Garcia, le directeur du journal Haïti en Marche, est de Mezilas Glodel, chercheur haïtien qui vit au Mexique.

Je le publie avec sa permission, pour son intérêt sur la question de la mémoire des luttes populaires en Haïti.

La question soulevée par  l'auteur concernant l'absence  des voix des vaincus et des exploités dans l'écriture officielle de l'histoire me paraît  d'une grande importance.

On voit, au contraire, l'importance accordée à la mémoire dans tous les pays d'Amérique Latine.

En Argentine, «Nunca Mas»,Par Lamia Oualalou

Ce pourquoi, d'ailleurs, j'ai créé une rubrique sur ce blog intitulée, " Peuple sans mémoire, peuple sans âme".

Une préoccupation  similaire anime d'autres contributeurs au blogs, tels que: A.TalleyrandA.TALLEYRAND chroniques, ou M. Oscar Germain O.GERMAIN chronique .

A mon avis, de plus en plus d'Haïtiens prennent conscience de  l'impact négatif  dans le développement de leur pays  de ces tris  sélectifs qui marginalisent totalement la participation à l'histoire de la majorité de la population.

Le non intérêt pour la culture orale permet de montrer le peuple haïtien comme "génétiquement soumis" et "barbare" . Et aussi, de présenter les crimes perpétrés contre lui, Index Chronologique des massacres perpétrés en Haïti comme des réactions "saines" et mêmes démocratiques pour préserver la "civilisation" dont il serait dépouvu, appuyant et reprenant le discours colonial sur les non-Blancs.

Mezilas Glodel évoque également le travail d'Edward Saïd, notamment son livre" Culture et impérialisme" mentionné à plusieurs reprises sur ce blog. Un must que se doivent de lire les étudiants haïtiens, et ceux qui ne le sont pas, pour bien comprendre " le caractère politique de toute entreprise littéraire."

Bonne lecture.


Bonjour Marcus,
 
Merci de m'envoyer le dernier numéro de Haiti en Marche. Je suis très content que le premier texte fasse référence au massacre du 29 novembre 1989 dont ma famille a été particulièrement victime. Ma soeur (l'ainée de la famille) recevait de coups de machettes a la tête. Cela fait longtemps qu'elle perd la raison. Ma cousine a été tuée sur place a la ruelle Vaillant. Ma tante était, elle aussi, devenue folle pour avoir perdu sa seule fille. Elle mourut peu de temps aprèss.
 
Je crois que les grandes puissances jouaient un rôle esentiel dans les différents massacres et violences que les régimes militaires ont perpétré dans le pays, pour les avoir toléré pendant longtemps. Jusqu'a maintenant, les victimes sont sans justice. Les bourreaux continuent de mener leur vie tranquille sans aucune crainte, étant a l'abri de toutes poursuites judiciaires et bénéficiant de l'impunité.
 
Pour cela, je crois que les historiens haïtiens doivent dorénavant s'intéresser a l'histoire de victimes, des innocents de ceux qui ont été massacrés. Il faut donner une importance essentielle a l'histoire orale qui permet de récupérer les témoignages de témoins.
 
En Haiti, nous n'avons pas jusqu'a date une histoirie qui récupère la memoire des victimes. Moi, j'aime beaucoup lire certains ouvrages sur la transition démocratique. Mais malheureusement, on ne s'intéresse  qu'aux chefs d'Etat et non a la mémoire de victimes. Cette méthode remonte aux temps anciens ou les rois occupaient la première  place dans le travail historiographique.
 
En Haiti, l'histoire lutte contre la mémoire. L'histoirien fait un choix de documents en passant outre la mémoire des victimes. Son choix est doublement limité. d'abord, par le fait que les documents qu'il utilise sont un choix de ses précédents, puis par le fait que, lui aussi, il fait un tri de ce qu'on lui transmet.
 
Depuis le massacre des juifs par Hitler, le thème de la  mémoire occupe une place fondamentale dans l'historiographie, c'est-a-dire, dans l'écriture de l'histoire. Et tout cela pour récupérer la mémoire des vaincus. De même en Amérique Latine, après les énormes massacres des dictatures militaires, le thème de la mémoire occupe une place essentielle dans les débats politiques.
 
Dans ce sens, je crois qu'il est temps de faire une histoire des dictatures militaires des dernières anneées en partant des vicitmes, des vaincus. Ainsi, il faut commencer a questionner, interviewer les parents des disparus, leurs prôches.
 
Tout récemment, Radio Caraibe s'entretenait avec un géneral de l'armée. Je crois que l'initiative est intéressante car il faut entendre tous les acteurs de la vie politique haitienne. Mais elle le serait davantage, si elle cherchait a entendre les voix des vicitimes de l'époque, et a écouter les parents de ceux qui étaient victimes sous ces régimes militaires.
 
Certains géneraux de l'armée ont écrit  leur histoire. Mais leurs victimes sont sans voix. Ils sont analphabètes. Ils ne peuvent pas écrire. Ils sont  dans l'anonymat. S'il faut une nouvelle histoire haitienne, celle-ci doit tirer les victimes de l'anonymat, du silence. Cette histoire doit commencer par interroger tous les témoins.
 
Permettez-moi de prendre un autre exemple. Depuis les années 1980, l'Inde a connu une révolution historiographique, à partir des théories postcoloniales, qu' étudient les textes en mettant en relation discours et pouvoir. Dans son ouvrage "Culture et imperialisme", Edward Saïd, le grand intellectuel palestinien, révèle que les écrits europeens, sont dominés par les exigences idéologiques et politiques de construction d'un empire. Il montre le caractère politique de toute entreprise littéraire.
 
Suivant ses traces, les historiens indiens ont réecrit l'hisotire l'histoire coloniale d el'Inde en mettant l'accent sur le roles de ssubalternes dans la dynamique de l'histoire indienne et du nationalisme anticolonial. Selon cette nouvelle histoire, il faut donner la parole aux oubliés, aux victimes, aux "subalternes".Il faut faire entendre leurs voix, leurs résistances, leur luttes.
 
James Scott,
un auteur anglais, publiait un texte (Les dominés et l'art de la résistance). Il analyse comment les dominés savent résister au pouvoir.Il met en exergue leurs stratégies discursives, leurs jeux. Bref, il permet de comprendre toute la dramaturgie des dominés pour résister au pouvoir.
 
Je crois que dans ce cas, notre nouvelle histoire doit s'intéresser à la lutte, à la résistance  du peuple. Il est temps faire entendre sa voix.
 
Je sais que c'est une nouvelle épistémologie historique. Mais cela vaut la peine. Je conseillerais à ceux qui écrivent sur l'histoire récente d'Haiti de consacrer certains de leur travaux à la mémoire des victimes, à relater leurs souffrances et leur résistance.
 
"Qui change de chaise change d'opinion", dit le proverbe chinois. Je crois qu'il serait intéressant que les historiens haitiens apprennent a changer de chaise, à voir autrement l'histoire récente du pays et à l'écrire du point de vue des oubliés, des victimes et non seulement a partir des chefs d'Etat.
 
Merci

 

Et aussi :

 


L'auteur, Mezilas Glodel, dans un récent échange me signale la parution de son prochain ouvrage en espagnol:


Je m'engage dans l'ecriture de l'essai et je traite des thèmes qui sont essentiels dans la culture haitienne, mais qui malheureusement ne sont pas l'objet d'une reflexion theorique poussée. Bientôt, j'annonce au public haitien la publicaiton de cet essai . Je t'envoie, pour information, le plan du livre.


Índice

1-      Crítica del discurso sobre Haití,                           

2-      El Caribe aún no existe: entre la enajenación y el discurso utópico,                                     

3-      Música popular, cosmogonía vodú y protesta en Haití,                         

4-      África en la historia de las ideas de Haití,                                         

5-      Leer “De Cristóbal Colon a Fidel Castro. El Caribe, frontera imperial” de Juan Bosch,

6-      ¿Qué es el indigenismo haitiano? 

7-      La Revolución haitiana y sus impactos políticos sobre América Latina,  

8-      La contra-conquista cultural de los esclavos en Haití y el Caribe,         

9-      La memoria, el tiempo y lo sagrado en el Caribe colonial,                

 

10-     Memoria, identidad y dolor en el discurso caribeño,                     

11-   El postcolonialismo frente al pensamiento latinoamericano y caribeño



Comme tu vois, l'ouvrage a 11 essais. certains ont été publiés dans des reviues scientifiques du Mexique .



 

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