Après le séisme du 12/01/2010 qui a frappé dans les caraïbes l’île de HAÏTI et plus particulièrement sa capitale Port- au- Prince, notre association a décidé d’intervenir .
Crée en 2006, pour aider la population Haïtienne à bénéficier de soins médicaux accessibles à tous et mieux répartir l’offre de soins sur le territoire,notre intervention a suivi un double but :
1° Secourir les populations victimes du séisme : à notre arrivée les soins d’urgence étaient terminés, mais nous avons pris en charge les suites des traumatismes physiques et psychologiques et avons porté secours également aux populations déplacées.
2°Aider les médecins Haïtiens dans leur travail quotidien et développer dans des zones rurales sous- médicalisées des consultations régulières.
Zones d’interventions.
Haïti est divisé en 10 départements . Nous sommes intervenus dans le département des Nippes. Les autorités haïtiennes nous ont demandé de nous fixer à l’hôpital Sainte Thérèse du port de Miragoâne où nous avons travaillé tous les jours. A partir de cette base nous sommes intervenus également au dispensaire de Paillant (petite localité à 8km de Miragoane), mais aussi à Etang-Rey, à Faucher, et à Plaisance du sud.
Notre équipe.
Elle est constituée de 3 médecins généralistes Françoise, Jean-joseph, Christian et un médecin d’origine haïtienne Emmanuel qui après avoir fait ses études à Cuba, vient de terminer son service social et attend du ministère sa nomination.
Les chirurgiens sont représentés par notre président Jean-Marie qui assure la chirurgie générale et par Yves notre orthopédiste. Notre gynécologue obstétricien Michel et une sage-femme Lucile ,tous deux de G.S.F.(gynécologie sans frontière) ne resteront avec nous qu’une semaine en raison d’une forte demande de leur compétence dans la banlieue de Port-au-Prince.
Le directeur du CHU de Toulouse, Bernard, récemment à la retraite accompagne également notre mission.
Les infirmières sont au nombre de 4: Brigitte, Annie, Anne-Marie et Marie-Annick qui est infirmière anesthésiste.
Notre équipe comprend également un psychologue, Stéphane.
L’association M.A.R.S (RATP Paris) a bien voulu nous déléguer deux de ses membres René et Stéphane pour la logistique technique du groupe et pour essayer de trouver des solutions aux nombreux problèmes d’eau (alimentation, évacuation, assainissement) et d’électricité que nous rencontrons quotidiennement à l’hôpital.
Nous avons accueilli également dans notre équipe Lydia qui venait pour le Quotidien du Médecin ainsi que Elsie et Régis respectivement réalisatrice et caméraman qui font un film pour le compte de la chaîne tv Arte.
Organisation du travail.
* Les médecins : ils ont travaillé avec les infirmières dans deux grandes tentes dressées par notre équipe technique dans la cour de l’hôpital.
–dans la première deux médecins faisaient des consultations avec l’aide d’un interprète car beaucoup de patients ne parlent que le créole.
—dans la deuxième les infirmières préparaient les dossiers : poids, T.A., température et motifs de consultation et assuraient le renouvellement des pansements ainsi que les pansements des plaies surinfectées et des petites blessures envoyées par le service des urgences de l’hôpital..
Il avait été décidé qu’un médecin resterait à Paillant pour soutenir l’équipe médicale du dispensaire et qu’un autre médecin assurerait les consultations hebdomadaires à Etang-Rey.
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*Le psychologue faisait ses consultations à l’extérieur dans un recoin du bâtiment dans un bureau improvisé entouré de bâches.
*Les chirurgiens, ils ont été présents chaque jour à l’hôpital et ont partagé le bloc opératoire avec les chirurgiens cubains.
*Notre gynécologue obstétricien et notre sage-femme s’étaient bien intégrés à la maternité de l’hôpital ou ils ont fait plusieurs accouchements et césariennes .
*Nos techniciens de M.A.R.S. ont travaillé chaque jour à remettre en état de fonctionnement le réseau d’eau et d’électricité de l’hôpital et ont élaboré un projet de forage, pompe et château d’eau pour alimenter Etang-Rey(6000 habitants) en eau potable.
*Notre directeur de CHU a travaillé en étroite collaboration avec le directeur de l’hôpital de Miragoâne et ses adjoints pour faire un audit de l’hôpital afin d’apporter des recommandations à la gestion.
Les conditions de travail.
A l’extérieur de l’hôpital, les conditions de travail restent difficiles pour tous. Le travail sous les tentes est rendu pénible par la chaleur, le manque d’eau, l’exiguité de la tente où l’on travaille en binôme , une pression constante compte tenu du nombre de patients, de l’ insuffisance de matériel, et d’une absence de confidentialité.
A l’intérieur de l’hôpital un seul niveau et pas d’étage, les conditions ne sont guère meilleures.Les couloirs sont en permanence obstrués par des malades qui attendent pour les consultations, la radiographie, la biologie et la pharmacie.
Ces consultants externes cohabitent avec le service de chirurgie et son bloc opératoire, le service de maternité et le service des urgences.
L’hôpital est sous dimensionné par rapport à la population, les consultations de pédiatrie se font donc à l’extérieur à l’ombre d’un arbre et une tente beaucoup plus grande que les nôtres, dressée par la mission cubaine abrite les malades hospitalisées en chirurgie .
Les consultations débutent à 9h et durent jusqu’à 15h ; l’hôpital ne reçoit alors que les urgences et ferme ses portes ;ne sont autorisées à rentrer que les familles des malades hospitalisés qui leur apportent linge et nourriture. On peut dire malgré tout que tous les malades sont vus examinés et traités.
Les spécialités médicales et paramédicales.
Elles sont réduites à leur plus simple expression, pas de cardiologue,pas de gastro-entérologue donc pas d’examen endoscopique, pas de dermatologue, pas d’ophtalmologue,pas de service de réanimation.
Un service de radiologie pour les radiographies du thorax et les radiographies osseuses seulement.
Un service de biologie qui ne pratique que quelques examens de base dont le test de grossesse, le malaria test, le sickling test, le test H.I.V.,la recherche de B.K.dans les crachats mais pas de ionogramme ce qui limite la réanimation post chirurgicale.
Un service de chirurgie dont les chirurgiens sont cubains. Ce service est trop exigu en particulier le bloc opératoire qui est sous équipé en matériel.
Un service de maternité avec des sages femmes compétentes mais qui travaillent sans monitoring fœtal.
Un service de pharmacie qui est censé distribuer gratuitement aux malades les médicaments prescrits mais ne peut pas très souvent honorer toutes les prescriptions car il est en rupture de stock. A noter que la pharmacie délivre une liste des médicaments disponibles énoncés toujours en d.c.i.
Il faut donc faire appel aux possibilités extérieures à l’hôpital qui sont elles même très limitées, mais qui permettent d’obtenir en payant, les médicaments manquants ou une échographie abdominale par exemple.
Les pathologies rencontrées.
Pour faire un diagnostic, on ne peut compter parfois que sur l’interrogatoire et l’examen clinique sans recours à la biologie ou à l’imagerie. Il arrive donc de porter des diagnostics de forte probabilité mais pas de certitude.
Lors des consultations à l’hôpital de Miragoâne ,à Etang-Rey, à Faucher, à Plaisance du sud nous avons vu environ 1500 patients en 1 mois.
Les pathologies le plus souvent rencontrées sont :
-les parasitoses cutanées surtout la gale, la teigne, et les lésions de grattage surinfectées.
-les parasitoses digestives : essentiellement l’ascaridiose, l’oxyurose et la filariose.
-le paludisme.
-la fièvre typhoïde.
-les pathologies gastriques : les gastrites, l’ulcère gastro- duodénal, l’ulcère peptique.
-les infections gynécologiques en particulier chez les jeunes femmes.
-les anémies, signées par une pâleur importante des conjonctives et des muqueuses.Leur origine est multifactorielle : paludisme, parasitose intestinale, drépanocytose pour certains, lésions gastriques et carence alimentaire pour d’autres.
-la malnutrition.
-la tuberculose.
-les problèmes psychologiques liés au séisme.
-les séquelles orthopédiques des victimes du séisme.
-les traumatismes liés aux accidents de moto sont très fréquents car la plupart des routes ne sont pas goudronnées, le code de la route n’est pas respecté, le port du casque est exceptionnel, et il n’est pas rare de voir quatre personnes sur la même moto.
-le s.i.d.a. existe mais nous n’en avons pas rencontré lors de nos consultations.
-le service de maternité de l’hôpital est très actif car la natalité est très importante. Manifestement les jeunes femmes ne maîtrisent pas la contraception . Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes mamans de vingt ans avec deux ou trois enfants. Compte tenu
des faibles revenus des familles, ceci peut expliquer les cas de malnutrition et l’existence de nombreux orphelins.
-En ce qui concerne les pathologies liées à l’hypertension artérielle, au diabète, au dyslipidémie, à l’arthrose, à l’obésité et à leurs conséquences cardio-vasculaires, elles existent mais sont à mon avis négligeables par rapport aux pathologies précédemment citées.
La Thérapeutique.
Sur le plan médical, tous les médicaments sont prescrits en d.c.i. ce qui nécessite un petit temps d’adaptation et ils ne sont pas tous disponibles à la pharmacie de l’hôpital ni dans les petites pharmacies de ville. En général il existe au moins un ou deux médicaments pour chaque classe thérapeutique mais les formes pédiatrique sont très souvent manquantes.
L’hôpital de Miragoâne met à notre disposition une liste des médicaments disponibles à sa pharmacie.
Les médicaments les plus utilisés compte tenu des pathologies les plus fréquentes sont :
-le paracétamol et l’ibuprofen.
-les antibiotiques : amoxicilline,erythromycine,doxycycline cloxacilline,ciprofloxacine,le chloramphénicol,a.nalidixique ,metronidazole,ceftriaxone,griséofulvine,cotrimoxazole
-la chloroquine.
-le citrate de pipérazine, le mébendazole, l’albendazole.
-l’oméprazole,la ciméthidine,la ranitidine,le pepsid, le digaz
-la furosémide, l’hydrex25(hydroclorothiazide)la nisoldipine10 ou nifédine ,l’énalapril et l’alpha méthyl dopa.
-le buscopan et la metoclopramide.
-le diclofénac, l’aspirine et la prednisolone.
-le buto-asma (ventoline).
-le diazepam,la carbamazépine,le dichlorate d’hydroxyzine.
-l’atenolol,le dinitrate d’isorbide,la trinitrine en suspension
-le robinaxol,le myoxan,le dolex en pommade.
-le multivit en soluté,le globugen, la vit C500,l’isofol,le fer folate,le vitargon,le lucovit,la vitB complexe.
-la bétadine sous toutes ses formes, les compresses, les bandes, le sparadrap, les pommades antibiotiques( auréomycine), les ovules de métronema ou nystatine, la crème éconazole.
Les médecins qui ont la possibilité d’emporter avec eux à Haïti des médicaments doivent se munir des médicaments ci-dessus ou de leur équivalent mais aussi de collyres (inexistants sur place), sans oublier les abaisses-langues et les doigtiers.
L’environnement socio culturel.
La misère est omniprésente, beaucoup plus importante dans les agglomérations qu’en zone rurale, et qui s’est sans aucun doute considérablement aggravée depuis le séisme du 12/01/2010. Il ne semble plus exister de classe sociale, certains étant simplement moins misérables que d’autres.
Sur le plan religieux, la religion est catholique, avec une population très pratiquante dont Dieu est leur seule consolation et leur seul espoir.
Le culte Vaudou est également très répandu et cohabite très bien avec la religion catholique.
L’église est un lieu de rencontre et d’échange et participe considérablement à la vie associative qui par ailleurs est limitée aux marchés, aux nombreuses écoles privées, et aux combats de coqs .
Les enfants sont scolarisés dans des écoles religieuses payantes, ils portent l’uniforme de leur école mais tous ne sont pas scolarisées. Un directeur d’école de Miragoâne me rapportait que 20% des enfants en milieu rural n’était pas scolarisés et que dans certaine famille des enfants étaient sacrifiés car les revenus ne permettaient pas de payer la scolarité à tous les enfants.
L’absence d’industries et d’activités touristiques est remarquable.
Il persiste une activité agricole importante faite d’agriculteurs qui travaillent encore à la houe sur de petites parcelles de 1à 2 carreaux (1ha20).L’ activité marchande est faite de petits commerces ou d’échoppes le long des routes ou sur les marchés.
Les biens de consommation arrivent par bateaux de Floride ou par camions de Port-au-Prince.
Les moyens de transports sont inconfortables irréguliers et relativement chers pour la population ,les gens se déplacent donc beaucoup à pied, certains peuvent s’acheter une moto chinoise où ils montent souvent à quatre.
Les communications se font via les téléphones portables par les deux réseaux Digicel et Voila.La presse est inexistante, la télévision très peu répandue, seule la radio apporte des nouvelles.
Les conditions de logement se sont aggravées depuis le séisme, beaucoup préfèrent encore dormir sous des tentes alors que leur maison est indemne. Puis, il y a tous ceux qui n’ont plus de maison et qui vivent dans des camps de toile ou dans des abris de fortune faits de planches de tôles, de bâches en plastique et qui n’ont aucun revenu mais la solidarité leur permet de survivre.
L’eau est une richesse rare et la population dépense beaucoup d’énergie à transporter de l’eau jusqu’à son domicile. Le réseau électrique existe mais il a beaucoup souffert du séisme et sa distribution est très limitée.
Toutes ces conditions de vie expliquent en grande partie les pathologies rencontrées dont beaucoup pourraient être évitées si l’hygiène de vie était améliorée, et si le droit à une eau potable d’accès facile était respecté.
Pour conclure
Notre équipe a quitté l’hôpital de Miragoâne après avoir fait un bilan de notre action avec les médecins de l’hôpital et après avoir fait certaines recommandations en présence du Directeur, et dans le but de prévoir une réorganisation qui permettrait d’améliorer l’accueil des patients et la qualité des soins.
Notre action s’inscrivant dans la durée,une deuxième équipe doit venir nous remplacer à partir du 08 avril et nous lui adressons tous nos encouragements pour effectuer une bonne mission dans une ambiance aussi chaleureuse que fut la nôtre.
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