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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haiti, Un paradis pour les assassins (Deuxième partie) Par Leslie Péan

Publié par siel sur 10 Février 2014, 16:25pm

Catégories : #L.PEAN chronique

Par Leslie Péan, 3 février 2014 ---  Il importe de garder la tête froide en abordant les élections car, quand ce sont les bailleurs de fonds qui les financent, elles perdent leur sens. En 1995, le financement des élections présidentielles a lieu pour un montant de 8 millions US$ et celui des élections parlementaires pour un montant de 11.5 millions US$[1]. Les Etats-Unis ont contribué pour 9.3 millions US$, la France pour 1.6 million US$ et le Japon pour 600 mille dollars. Le gouvernement haïtien n’a pu verser que 4% du montant total. De plus, le Canada a financé l’éducation civique et l’impression des bulletins de votes à hauteur de 2.5 millions US$ tandis que les Etats-Unis ont payé 3.5 millions US$ pour le financement des observateurs des partis politiques et les travailleurs électoraux.

Enfin les Etats-Unis ont financé les observateurs de l’OEA et l’assistance électorale des organismes non-gouvernementaux (ONG) pour un montant de 9.7 millions US$. Les ingénieurs du jeu électoral n’ont pas empêché les magouilles qui ne leur convenaient pas. Les élections, au lieu d’être une manière légitime de désigner les gouvernants, deviennent plutôt une source de conflits et de crises politiques. Le même spectacle fera encore couler beaucoup d’encre aux élections de 1997 et de 2000. Léon Manus, président du Conseil Electoral Provisoire devait gagner l’exil et dénoncer les manœuvres du Président Préval dans une correspondance en date du 27 décembre 2000 adressée à Colin Powell, secrétaire d’État américain. La dimension tragique des limites du jeu électoral dans un contexte de pénurie n’a jamais autant rabaissé les grands idéaux du peuple haïtien.

Le mouvement démocratique perd beaucoup de son innocence avec les déviations de la gauche chrétienne. L’Aristide 2001 n’est plus la coqueluche qu’il était dans les milieux populaires surtout à causes des agissements scandaleux des « chimères » lavalassiens. Ces derniers agissant comme de nouveaux tontons macoutes font des exactions dans les quartiers populaires et s’attaquent à la presse indépendante, aux locaux des partis politiques (OPL, Konakom, KID, Mochrena) et aux résidences privées de leurs dirigeants. En effet, le 17 décembre 2001, les résidences de Victor Benoît, Luc Mésadieu, Gérard Pierre-Charles, Reynold Georges sont saccagées. Le bureau du Centre de Recherche et de Formation économique et sociale pour le Développement (CRESFED) est incendié.

Les agissements des « chimères » lavalassiens font perdre au président Aristide une grande partie du capital de sympathie qu’il avait dans la population. Il est bien obligé de dédommager les victimes des exactions commises par les chimères. Comble de l’indécence, il puise pour cela dans le Trésor public. Mais il n’arrive pas à calmer l’opposition intérieure, qui grandit plutôt. On en veut pour preuves la grande manifestation de 8 000 personnes au Cap-Haitien du 17 novembre 2002 appelant à la démission d’Aristide. Les erreurs du mouvement Lavalas vont être exploitées systématiquement par le statu quo pour déclencher une nouvelle fois une opération sans anesthésie contre le gouvernement. Le désenchantement s’installe. La dépréciation de la gourde s’accélère. Cette dernière perd 87% de sa valeur entre février 2001 et février 2004 passant de 23 à 44 gourdes pour un dollar, avec une pointe de 51 gourdes pour un dollar en février 2003.

Les exactions commises le 5 décembre 2003 à l’Université d’Haïti lors de l’attaque des étudiants de la faculté de Sciences Humaines par des chimères constituent la goutte d’eau qui fait déverser le vase. C’est le point de départ d’une contestation généralisée avec de nouveaux affrontements qui se terminent par le coup d’État du 29 février 2004, réalisé avec la complicité des services secrets dominicains et américains. Impossible pour un gouvernement quel qu’il soit de gagner des lettres de noblesse avec des pratiques pareilles ni de donner des raisons d’espérer à une population victime de tels crimes et malversations. Encore une fois, avec toutes sortes de caricatures et de cadavres qui sortent des tombeaux, un commando de 200 hommes entraînés en République Dominicaine et bénéficiant d’atouts majeurs est mobilisé pour mettre en déroute les « chimères » lavalassiens. « C’étaient sans exception des criminels expérimentés, et non des amateurs[2] », explique Randall Robinson. L’auteur retrace au jour le jour l’offensive menée à partir de la République Dominicaine pour appuyer les forces réactionnaires et conservatrices bénéficiant en Haïti de solides alliés au sein du Parti républicain à Washington.

 

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