Les charognards planent sur Haïti
La catastrophe qui s’est abattue sur Haïti ne fait pas que des malheureux. Elle suscite bien des envies, bien des plans sordides de la part des charognards habituels de la boule puante nommée Terre : les multinationales toujours à l’affut d’un mauvais coup susceptible de générer du fric.
L’agriculture de ce pays martyrisé a été en partie détruite et désorganisée. Les stocks de semences ont été drastiquement réduits puisqu’ils ont servi…à nourrir la population affamée. Dans ce contexte d’urgence alimentaire, et à l’approche de la saison cyclonique, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) promet l’envoi de 345.000 tonnes de semences d’ici la fin de l’année. Le cahier des charges de l’institution prévoit l’achat de semences locales ainsi que l’appui technique aux paysans. Voilà qui est cohérent et intelligent puisque s’appuyant sur les productions locales.
Et voilà que… Et voilà qu’une firme multinationale bien connue dans le monde des semenciers, transportée par un élan d’altruisme et de générosité, promet de faire don aux paysans haïtiens de… 475 tonnes de maïs à Haïti dans le cadre du projet Winner, une initiative de l’agence publique américaine d’aide au développement (la très célèbre et très controversée USAID). Un pissat de lapin représentant 0,13 % du total des semences dont Haïti a besoin cette année.
On se demande dès lors pourquoi ce don négligeable a mobilisé dans la rue, début juin, près de 12.000 paysans haïtiens hostiles à cette manifestation de générosité. Pourquoi ? Parce que la firme en question n’est autre que la très célèbre firme multi reprise de justice Monsanto (La multinationale a été condamnée pour pollution des sols, des nappes phréatiques et du sang des populations avec les polychlorobiphényles (PCB) aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (Pays de Galles), et pour publicité mensongère quant à la nature soi-disant biodégradable de son désherbant Roundup aux Etats-Unis et en France (condamnée à New York en 1996 et à Lyon en 2008).
Monsanto ne propose pas d’OGM (enfin, pas encore) mais sa variété d'hybrides F1 qui a effectivement un avantage : elle offre une bonne rentabilité à tout producteur capable de fournir…une grande quantité d'eau, d'engrais et de pesticides. Car ce type d'organisme productif est en même temps fragile. Le vrai problème est là : les paysans doivent acheter chaque année les semences pour l’année suivante. De plus, le rendement optimal de ces variétés hybrides dépend de l’utilisation de pesticides. Résultat probable : une dépendance accrue des paysans sur les multinationales, leurs semences et leurs produits chimiques.
On connait l’altruisme de Monsanto (qui fabriquait l’agent orange utilisé pendant la guerre du Vietnam). Elle est par ailleurs dénoncée pour avoir contribué à ruiner des dizaines de milliers de paysans dans les pays les plus pauvres, comme l’Inde, où le surendettement des semeurs de coton a entraîné des vagues massives de suicide.
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Le forcing de Monsanto
«À Bas Monsanto!», lit-on sur le T-shirt rouge de Mano. Ce paysan des bas plateaux circule, de parcelle en parcelle, pour proscrire le maïs hybride venu des États-Unis. Après le séisme, Monsanto en a offert 475 tonnes à Haïti; 130 ont déjà été plantées. Les agriculteurs ont pris ce qu'on leur donnait. À Pâques, ils n'avaient plus de semences à planter, ayant nourri les réfugiés du séisme avec leurs réserves. Ils ont donc acheté les hybrides de Monsanto, vendus à moitié prix par l'ONG Winner, elle-même financée par Washington. Chavannes Jean-Baptiste, leader paysan, est révolté : «Les Américains veulent faire d'Haïti une terre d'agrobusiness. Bientôt, ils convertiront nos agriculteurs en esclaves de leurs usines agro-industrielles.» 70% des Haïtiens travaillent encore la terre, à l'ancienne, sur des parcelles d'un hectare en moyenne. Jean-Robert Estimé, chef du projet Winner, est fier de moderniser son pays : «Les semences hybrides permettront à Haïti d'entrer de plain-pied dans le XXIe siècle et améliorer les conditions de vie des paysans. Le monde occidental les utilise, pourquoi pas nous?» Ici, certains se souviennent que la dernière fois que les États-Unis se sont intéressés à l'agriculture haïtienne, il y a quinze ans, la filière rizicole s'est effondrée.
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