Ce texte de Max Dorismond, publié le dernier jour de ce mois d'Avril- Avril tout comme le général de ce nom- achève la diffusion de témoignages sur le 26 avril 1963
Ce sont des témoignages précieux, tels que nous n'en avons jamais entendus.
Viendront ceux sur le 26 avril 1986, quand l'armée décida de tirer sur des manifestants paciifiques; il restera aussi, à tous ceux, victimes des escadrons de la mort du FRAHP de Toto Constant et des militaires de Cédras et Michel François, entre 1991 et 1994 , de nous faire le récit de ce fascisme ordinaire des hommes et femmes appartenant au militaro/macouto/duvaliérisme. qui bambochaient toutes les nuits au "Garage", animé par Sweet Micky, après avoir commis leurs crimes.
Parrlant de fascisme, un commentaire suite à ce texte :
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Quand F. Duvalier lâcha sa horde de chiens enragés le 26 avril 1963
Témoin oculaire de l'attaque en face du Collège Bird, lors de la soi-disant tentative d'enlèvement, du fiston joufflu, en l'occurrence Baby Doc, une ancienne élève, Alzire Rocourt, à l'époque, adolescente, se souvient encore de cette matinée d'enfer qu'elle et ses amis avaient vécu dans la cour de l'établissement et dont elle nous rapporte aujourd'hui le film minute par minute.
Ce que retient l'histoire, ce jour- là, des noms de supposés attaquants prononcés par hasard, sans nulle vérification, furent livrés en pâtures à des tontons macoute délestés de leur chaîne, juste pour plaire au tyran. La chasse-à-cour fut ouverte. L'ordre fut lancé de tuer à vue.
Pendant une semaine, Port-au-Prince et ses périphéries furent le théâtre d'une sanglante course aux noms de familles, tels les Benoît…etc. Plusieurs macoutes, ignorants et analphabètes, ne connaissant que les grosses lettres, les gros A, les gros B…ne s'embarrassaient point de scrupules pour lire le nom de l'interpellé sur la carte d'identité.
Donc, si par hasard, l'une de ses bêtes enragées te réclamaient ta carte d'identité, compte toi chanceux que la première lettre de ton nom ne soit un B majuscule. Si oui, ton risque de survie état nul. Un point c'est tout. Si un père avait choisi affectueusement pour son fils, un beau nom ou prénom, tel : Bécane, Bénéfis, Bénéton, BB, Bino, Bureau, Bogé, mieux vaut qu'il laissât la capital au plus sacrant, sinon il risquerait de se retrouver dans les bras de Baron San'mdi, le temps de le dire.
Les mares de sang d'innocentes victimes laissaient des tableaux macabres dans les rues, pire que «Tres de mayo», 1814, la célèbre oeuvre du peintre espagnol, Francisco de Goya, conservée au Musée del Prado à Madrid, décrivant les horreurs des soldats français en représailles à la révolte du 2 mai 1808,en Espagne.
A Port-au-Prince, des maisons furent incendiées. Des adultes aux nouveaux nés, des familles entières furent décimées. La famille du lieutenant Benoît et celle de son épouse furent passés par les armes. Les ambassades se remplissaient à vue d'œil. C'était le sauve-qui-peut. Les chiens enragés de François, une fois lâchés avaient reçu l'ordre d'en finir avec les opposants supposés ou non.
Par effet collatéral, les rancœurs et frustrations personnelles refoulées refirent surface et vinrent accroître la somme des assassinats. Des passants qui se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment furent liquidés. Certains de ces monstres en bleu et quelques lâches militaires, avaient profité de la pagaille pour éliminer plusieurs de leurs créanciers ou propriétaires de maisons, soit pour ne pas rembourser les premiers suite à des prêts, et, les seconds, pour s'accaparer de la maison qu'on leur a louée. Des maris ou des fiancés furent envoyés ad patres pour s'approprier la femme convoitée ou des biens matériels. Des automobiles de marques furent confisquées dans la cour de leur propriétaire qui fut abattu manu militari....etc. Voyons le récit de ce moment fatidique du jour le plus noir de Port-au-Prince, à travers les yeux d'un enfant, le 26 avril 1963. Il y a de cela 50 ans.
Tout ceci, avant de lire ci-dessous, disons simplement au petit connard de Nicolas de se la fermer et de penser une minute à toutes ces familles endeuillées du fait de la folie de son grand-père dont la place devrait se trouver à l'époque dans un asile de fous. Hitler, après avoir échappé à un attentat, en Allemagne, n'avait jamais procédé de cette façon en assassinant les familles des auteurs. Donc, il y avait plus fous que lui. Qu'il tire sa propre conclusion et demander pardon à la nation au lieu de présenter des hommages au monstre à mille têtes.
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Port-au-Prince fut à la merci du diable le 26 avril 1963.
Par Alzire Rocourt alzirerocourt@hotmail.com
26 avril 1963 - Ce soit disant attentat contre Jean-Claude eut lieu à 7h30 devant le Collège Bird, où j'étais en classe. La grande majorité des élèves furent témoins de "l'attaque". La cloche allait sonner. Je me trouvais avec la fille de R. C. Si j'ai bonne mémoire, mon amie était sous le palmiste devant l'église. Non seulement nous étions ensemble à l'école, nous étions toutes deux coreligionnaires et membres des organisations de jeunesse de l'église Méthodiste. Je ne la reverrai plus. Mais il est à noter que Simone Duvalier (la jeune) était en troisième, avec nous. Ma jeune cousine, Monique, était condisciple de Jean Claude en 7eme.
Les heures qui suivront seront cruelles, révélatrices et traumatisantes.
Voilà quelques points marquants de mon vécu du jour, et qui m'interpellèrent par la suite.
La vingtaine de VSN en arme, postés comme à l'accoutumée, sur deux galeries en face du collège, fut incapable de réagir contre cet unique petit bonhomme, (Barbot). Ils étaient figés et glacés de peur (ndss).
Debout, arme au poing, au milieu de la rue, ce dernier (Barbot) dominait totalement la scène.
Un grand macoute idiot lui cria: "Men pa'w". Son vieux fusil «Springfield» s'enraya. Sitôt dit, il fut descendu par le "tireur d'élite". Après la mort du gars, tous les autres s'enfuirent!
Le chauffeur des enfants Duvalier, le sergent Paulin Montlouis, (Ndss), en voulant sauver le fils, qu'il épargna, fut liquidé. Cela nous fit de la peine. C'était un soldat d'un certain âge, de petite corpulence, mais sympathique.
Nous gardons de lui un bon souvenir.
Aucun des professeurs Haïtiens, déjà présents dans la salle des maîtres n'osa sortir sur la cour pour aider les professeurs Suisses, dont deux jeunes femmes, qui seuls, entreprirent de détacher les petits du jardin d'enfants.
Les bouts de choux, ne comprenant rien, courraient de la cour intérieure vers la grille d'entrée en criant "Min cowboy! Min cowboy!"
Ce seront encore les cadres étrangers qui dirigeant doucement mais fermement le corps estudiantin ramenèrent un certain calme et la discipline en vue d'une rentrée en classe ordonnée.
L'absence de leadership haïtien était remarquable!
Notre flamboyant et éminent professeur d'histoire de l'époque, admiré pour sa verve et sa grandiloquence, eut une si grande frousse, qu'il nous piétina tous en se hâtant de gravir l'étroit escalier en tourniquet qui menait à certaines classes du 1er et du 2eme étage. Il continua jusqu'au 3eme ou il prit asile sous le lit de l'une des enseignantes Suisse. Il n'en sortira que vers midi.
Ces mêmes étrangers, le cachant dans un véhicule l'emmèneront rejoindre sa première femme et ses enfants, qu'ils avaient plus tôt, conduit à une Ambassade. Je ne me souviens pas d'avoir remarqué un seul de nos professeurs haïtiens lors de l'évacuation graduelle des élèves entre midi et 4 h. Non plus.
(Faut comprendre qu'ils seraient des cibles naturelles des malfrats armés qui rôdent aux alentours. Ndss).
La ville fut assiégée par les Macoutes dès 8h. Cela éclatait de partout!
Nous apprenons plus tard la disparition du père de mon amie, entre autres et tant d'autres!
74 noms constituent déjà la liste partielle des innocents tués ce jour-là.
Ils furent des centaines, certains disent des milliers.
Nous parvenions à notre résidence à Bizoton 53, route en face des Garde- Côtes D'Haïti, vers 17 heures. Tous les francs-tireurs des corps d'armée sont ciblés. Un peu plus tard, un messager parvint chez nous pour annoncer l'arrestation, chez lui, de notre oncle Roger. Son fils, officier de la Marine Haïtienne, n'étant pas chez lui quand la centaine de macoutes investit la maison. On emporta l'oncle, tiré de la douche, nu et mouillé. C'est à peine s'ils acceptèrent qu'il enfile les sous-vêtements que lui avait tendu à la hâte notre tante.
Sa fille et elle seront furtivement hébergées chez nous, en attendant de pouvoir rejoindre le frère ainé à l'ambassade. Inutile d'essayer de raconter ces moments d'inquiétudes, de douleur et d'appréhension.
Quelle journée! Quelles semaines! Quel chapelet de ces années lugubres et néfastes qu'Haïti a connu en fin de compte!
Que de souvenirs! Que de confusions! Que de troubles pour nos jeunes vies! Grand Père n'avait pu mieux prédire! Enfin! Voilà.
Alzire Rocourt alzirerocourt@hotmail.com
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