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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La liberté surveillée octroyée aux Africains. Extraits de La suppression de la culture africaine dans l’histoire d’Haïti de Jean Casimir

Publié par siel sur 7 Juillet 2020, 21:40pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #PEUPLE sans mémoire...

La liberté surveillée octroyée aux Africains. Extraits de La suppression de la culture africaine dans l’histoire d’Haïti de Jean Casimir

33L’oligarchie qui prend naissance en 1804 rêve de ce qu’était Saint Domingue, du paradis perdu : la Perle des Antilles. Jusqu’à la fin du siècle elle fera de son mieux pour assurer la renaissance de la plantation. Comment compte-elle s’y prendre ? 

34On trouve un premier élément de réponse dans les règlements édictés par Toussaint Louverture. Citons l’analyse qu’en fait Jean Price Mars :

« La réforme louverturienne avait divisé la population dominguoise en deux catégories distinctes : celle (…) qui constituait la classe dirigeante et celle qui était composée de la grande masse de cultivateurs, la classe majoritaire des asservis sur laquelle reposait l’échafaudage économique de la nouvelle société. La vie quotidienne de cette classe de travailleurs ruraux était minutieusement réglementée par un Code de Travail qui ressemblait singulièrement à toutes les ébauches élaborées par les divers représentants de la Métropole, après la proclamation solennelle de la liberté des esclaves. En effet, ils étaient déclarés “ libres ” à la condition cependant que les “ nouveaux libres ” fussent contraints de travailler sur les propriétés de leurs anciens maîtres, moyennant un salaire dérisoire en nature. Le code louverturien du Travail renchérissait sur les précédents. Il prévoyait entre autres choses que le travailleur devait être fixé à la propriété de son ancien maître pendant une période de cinq années consécutives, au lieu de l’engagement de trois qu’avait ordonné le général Hédouville. Ce cultivateur n’avait pas le droit de s’absenter de sa résidence forcée pour quelque motif que ce fut à moins d’y être autorisé par un mot de passe, signé de son patron. Si d’aventure, il était surpris hors de la propriété sans l’autorisation ci-dessus mentionnée, il était susceptible d’être passé aux verges et emprisonné. » (J. Price Mars, 1967 : 17-18)

35Les règlements du travail émis par Toussaint précèdent l’indépendance et pourraient, dans ce contexte, encore s’expliquer. Mais en 1826, le Président Boyer émet un Code rural dont Louis Joseph Janvier, un des plus brillants intellectuels du XIXe siècle, dit ce qui suit :

« Le Code rural de 1826 est la plus capitale, la plus impardonnable des erreurs ou des crimes de Boyer. (…) Ce code interdisait au paysan, sous peine d’emprisonnement, en cas de récidive, sous peine de travaux forcés, de voyager à l’intérieur sans avoir obtenu un permis du fermier, du propriétaire ou du gérant du domaine sur lequel on l’employait ; il fixait le nombre des heures de travail ; il supprimait le droit du cultivateur de quitter la campagne pour aller habiter les villes et bourgs ; il déclarait qu’aucune réunion ou association de laboureurs fixés sur la même plantation ne pourraient se rendre fermière de la totalité de la plantation ou l’exploiter ; il commandait au paysan d’être soumis et respectueux envers le propriétaire, le fermier, le gérant, sous peine d’emprisonnement. Hormis le fouet, c’était l’esclavage. » (L.J. Janvier, 1886 : 149)

36J’ajouterais que c’était l’apartheid avant la lettre. En définissant le peuple à partir des relations de classe qui caractérisent la plantation esclavagiste, l’oligarchie haïtienne met tout en œuvre pour détruire toute trace de culture africaine originale ou reconstruite. Elle n’observe ni ne réglemente le déploiement de la vie quotidienne. Prises dans un processus d’acculturation, les différentes ethnies africaines, essentiellement tributaire des sociétés villageoises maronnes, se convertissent en habitants, produisant ce que nous connaissons aujourd’hui comme la nation haïtienne.

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