Bonjour, Bonsoir
Je vais comme d’habitude su fond d’agressivité vous montrer comment mieux déceler les liens entre les prises de position des universitaires haïtiens et les réseaux d’accointances qui les entretiennent.
Dans cette vidéo disponible dans ce lien, Monsieur Jean Marie Théodat explique à une journaliste de France Inter l’enfer que vit Haïti. Pour lui, c’est un sauve qui peut, où il n’y a ni bons ni méchants, et nous présente une vision atrocement amalgamée de la réalité « une guerre de tous contre tous » où « celui qui est sur la barricade, qui estime qu’il n’a rien, se pose en ennemi de celui qui a l’arrogance d’avoir les moyens d’aller à l’école ».
J’ai dû revoir plus 15 fois cette vidéo pour m’imprégner du sens profond de ces mots. J’en ai parlé à d’autres pour voir si j’étais seul à être renversé par cette analyse confuse d’un si brillant universitaire. Comme toujours, dans ces savantes prises de position, il n’y a pas de responsables. Le pauvre, qui manifeste sa colère contre l’injustice, est un agressif, un haineux, un aigri qui envie le sort de ceux qui peuvent aller à l’école et de ceux qui ont réussi. Ici on oppose non pas des faits d’injustice, mais des perceptions : le pauvre estime qu’il n’a rien et voit de l’arrogance dans la situation de celui qui a des moyens. Et la solution parait simple : faire taire les agressifs et l’enfer disparaitra, parce que l’enfer n’est qu’une perception réel que par ce que des gens s’en plaignent. Autrement, rien à signaler. Il faut toujours adopter la posture qui plait aux puissants.
Maintenant, une petite recherche sur le profil de Monsieur Théodat peut facilement expliquer cette prise de position :
Né à Port-au-Prince (Haïti), Jean-Marie Théodat est détenteur d’un doctorat de géographie de l’Université Paris X-Nanterre, d’un DEA de géographie tropicale de l’Université Paris-Sorbonne, assorti d’une agrégation de géographie, d’une maîtrise en géographie et d’une licence en philosophie de l’Université Paris-Sorbonne, ses études secondaires couronnées d’un baccalauréat série D ayant été au préalable effectuées au Lycée Fénelon à 75006 Paris. Par la suite, il a également réalisé des études postdoctorales intensives de langue danoise et de civilisations scandinaves, toujours à l’Université Paris-Sorbonne. Maître de conférences à l’Université Panthéon-Sorbonne Paris I, membre de plusieurs organisations de géographie et de recherche, fondateur et rédacteur en chef de la revue Échogéo, ex-directeur du Bureau caraïbe de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) à Port-au-Prince, Haïti, et rédacteur en chef de l’Observatoire de la reconstruction (revue d’information sur la reconstruction en cours à Port-au-Prince), Jean-Marie Théodat est actuellement président du Conseil de gestion provisoire du Campus Henry Christophe de Limonade (Université d’État d’Haïti).
Monsieur Théodat est aussi membre du conseil de direction de l’ISTEAH. Rappelez-vous que l’ISTEAH a vu récemment un de ses membres récompenser par l’OMS et que cette université d’excellence avait planifiée de donner à Jovenel Moïse une aura de spécialiste en technologie en l’invitant à venir présenter à l’université de Montréal sa vision innovante des technologie. Après tout, n’est-il pas ingénieur ?
Dans un cours sur les fouilles de données (data mining) ou distillation de données pour le jugement humain, j’avais appris à établir des liens les plus improbables entre des données déstructurées pour construire de nouvelles trames logiques exploitables pour la décision. C’est sur cette technique que se basent certaines innovations en criminologie pour établir des liaisons insoupçonnées entre victimes et agresseurs afin de résoudre les crimes. Juste pour montrer la dépendance sensitive entre des faits isolés en apparence mais qui peuvent conduire à de grandes conséquences quand elles sont corrélées logiquement : le battement d’aile d’un papillon en Turquie peut expliquer le blackout à Port-au-Prince. C’est la fameuse théorie du chaos, encore un cas de la pensée complexe que je mets en contextualisation.
Maintenant, je vous invite à analyser le point de vue de l’économiste Thomas Piketty sur l’histoire des sociétés inégalitaires dont Haïti. Pour lui, le colonialisme et l’esclavage y jouent un rôle central, tout comme ils sont essentiels à la compréhension de l’histoire du capitalisme occidental. Dans « Capital et Idéologie » (2019), il consacre un long chapitre à l’esclavage. Il nous dit que :
« L’injustice la plus extrême est sans doute le cas de Saint-Domingue, qui était le joyau des îles esclavagistes françaises au 18e siècle, avant de se révolter en 1791 et de proclamer son indépendance en 1804 sous le nom d’Haïti. En 1825, l’État français imposa au pays une dette considérable (300% du PIB haïtien de l’époque) afin de compenser les propriétaires français de leur perte de propriété esclavagiste. Menacée d’invasion, l’île n’eut d’autre choix que d’obtempérer et de rembourser cette dette, que le pays traîna comme un boulet jusqu’en 1950, après moults refinancements et intérêts versés aux banquiers français et états-uniens ». Et il propose ceci comme mode possible de réparation de ces injustices :
« Pour réparer la société des dégâts du racisme et du colonialisme, il faut changer le système économique, avec pour fondement la réduction des inégalités et un accès égalitaire de toutes et de tous à l’éducation, à l’emploi et à la propriété (y compris avec un héritage minimal) ».
Combien d’universitaires haïtiens avez-vous déjà entendu aborder ces sujets brûlants qui fâchent ? Ils ne sont pas nombreux en tout cas, et pour cause : beaucoup ont des dettes d’allégeance à rembourser à ceux qui sont responsables des malheurs d’Haiti. C’est quand même terrifiant de voir que des gens qui se disent marxistes sont incapables de comprendre que l’asservissement culturel a remplacé l’asservissement structurel et que désormais c’est par la culture, le langage, les postures intellectuelles lisses et souples que l’on dompte les peuples. C’est ce que le psychiatre Félix Guattari (qu’une passeuse m’a fait découvrir) appelle la dictature des signifiants et des comportements , démarche par laquelle le système d’exploitation impose ses valeurs et conditionne les postures comportementales pour mieux se reproduire avec moins de contraintes et de violences..
Pour paraphraser Padmé Amidala, dans Star Wars, épisode III : La Revanche des Sith, C’est toujours ainsi que s'éteint la liberté des peuples, sous une hécatombe de prix, de médailles, de diplômes, d’applaudissements et de réussites individuelles. Dans cet épisode, de Star Wars, Padmé Amidala est la reine de Naboo ( Humains) qui a milité dans l’alliance rebelle contre l’armée impériale de la galaxie.
Décidément, il y a un réel effondrement cognitif en Haïti. Ce qui est étrange, c’est que plus j’avance dans ma folie, plus je découvre que mes intuitions sont soutenables par des théories et des études scientifiques. Difficile d’y voir un simple hasard.
Tenez, n’est-ce pas curieux qu’il a fallu que des étrangers soient kidnappés pour que l’église, l’université, et le secteur privé lancent un mot d’ordre conjoint de grève, alors que le kidnapping a été institutionnalisé comme mode de gouvernement depuis 10 ans dans le pays et que des massacres sanguinaires contre la population ont été perpétrés dans les plus grand silence ? De qui se montre-t-on soudainement solidaire, des étrangers ou du peuple haïtien ?
Je donne la parole au poète Lyonel Trouillot pour décrire les postures de ces messieurs :
« Les diseurs de bonne aventure de ce temps, ce sont des messieurs en costumes, riches de per diem et de primes de risques [ de médailles, de titres, de subventions et de diplômes : ajouté par nous], qui vont, viennent, s’en vont, reviennent, décident du jour où il conviendra de dévaluer la monnaie, de remplacer tel pont par un autre, de faire sauter à la dynamite tel pan de montagne, du jour où ils partiront, mais ce n’est pas demain la veille: il reste tant de choses à faire ici » (Lyonel Trouillot, Kannjawou,2016, p 138).
Tout le monde parle de l’effondrement de l’état en Haïti, mais personne n’ose rappeler que depuis 1994 toute la communauté internationale , la société civile, les ONG et les universitaires haitiens célèbrent le renforcement institutionnel de l’état de droit. Pour cause, car cela montrera les insignifiances, les incompétences ou l’escroquerie de tous. N’est-ce pas cela l’imposture ?
Je continue d’assumer le risque de me tromper dans mes analyses, car selon maitre Yoda, « l’échec est le plus grand des maitres ».
À bientôt.
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