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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


En hommage à Edgar Morin - Par Erno Renoncourt

Publié par siel sur 31 Mai 2026, 19:26pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques

Bonsoir,

Un colosse est mort, Edgar Morin n'est plus,  mais nous a laissé une œuvre imposante qui jette les bases d'une meilleure compréhension de la dynamique, des systèmes vivants et des systèmes sociaux. 

Dans cette œuvre abondante, j'ai puisé la méthode qui me permet, sur la base d'une reliance disciplinaire entre épistémique et éthique, nourrie par des postulats, des théorèmes et des principes issus de la thermodynamique, la cybernétique, la génétique du vivant, la topologie, l'informatique et les neurosciences, pour argumenter ma thèse de l'axiomatique de l'indigence qui explique de manière originale l'effondrement de l'écosystème haïtien.

Et c'est justement parce que cette manière originale et atypique d'expliquer le monde est une part contextuelle de l'intelligence de la complexité que les réseaux médiatiques, politiques, académiques et culturels haïtiens ne peuvent pas la comprendre. Mais à travers cette indifférence envers un récit innovant sur les maux invariants de notre société, les réseaux académiques et culturels haïtiens donnent la preuve de leur insignifiance. Et c'est pourquoi du reste, ils sont verrouillés à réciter les dogmes de la bonne gouvernance, du néolibéralisme pour réformer les strates d'un écosystème qui n'est qu'une archéologie de paradoxes et de catastrophes. Et pourtant, dans cette marmite du diable, la culture est en fête et la résilience est célébrée dans le succès individuel de chaque Haïtien dans les rêves blancs d'ailleurs.

Preuve s'il en fallait qu'Haïti est bien ce que je ne cesse de dire depuis 20 ans : Haïti est le siège d'une déliance qui est du à la déviance de l'imaginaire collectif. Cette déviance rend le leadership national  incapable de faire le saut transcendantal pour placer l'éthique au-dessus des logiques de réussite et de survie, et ainsi forger une vision pour un autre possible loin du Pito nou lèd nou la et du Bouche nen ou bwè dlo santi.

Échos infamants d'une culture qui se veut excellente par les prix que remportent ses lettrés anoblis sur les théâtres mondiaux de la renommée. Quel paradoxe !

Alors que c'est dans la culture que les hommes puisent les ressources pour gouverner les incertitudes de leur environnement et résoudre les problèmes de leur société, Haïti se retrouve avec une culture performante qui conforte sa population à végéter dans le cycle bas de la vie, jusqu'au bout de la laideur. Le Pito nou lèd nou la n'est pas qu'un cri proverbial banal, il est le chant d'une agonie séculaire qui est entretenue par le mythe d'une culture excellente. Ce qui rend Haïti si énigmatique pour les experts nationaux et  internationaux qui sont à son chevet depuis des décennies, c'est parce que ce lieu, dans sa déliance est une entropie anthropiquement performante. Et c'est justement là l'indigence.

Car si comme le dit l'intelligence de la complexité, la culture rend plus intelligent par sa capacité de complexifier, quand on cherche des traces de cohabitation entre résilience collective et culture excellente, il faut au-delà de la survie et de la réussite s'intéresser à la qualité de cette survie et au niveau d'organisation sociale que rend possible la culture. Car là où vivent des êtres humains résilients et cultivés, l'intelligence se mesure non pas à la médiatisation des prix et des honneurs reçus, mais à la réduction d'entropie qui permet d'atteindre la transcendance pour une organisation sociale de haute complexité où l'apprenance permet de resurgir dans une permanente innovation de soi et de sa culture. Voilà ce que l’œuvre de Morin entre autres œuvres atypiques de mon répertoire de lecture m'a permis de comprendre.

Comme je suis assez avancé dans la restructuration de mes travaux sur l'axiomatique de l'indigence, je propose sous peu de partager avec mes rares lecteurs et lectrices un fragment de ces manuscrits qui sera partagé sous le titre :

La résilience haïtienne racontée en écho-systèmes de proverbes auto-déshumanisants

Car Si Haïti ressemble à un gigantesque trou noir (Shithole) qui broie l’intelligence collective et érode la dignité, c’est parce que la conscience collective haïtienne s’est accoutumée à la malice sans chercher à la combattre. Se sòt ki bay, embesil ki pa pran. Une accoutumance effroyable que le culte de la résilience a transformé en une intelligence adaptative où chacun promeut une forme de débrouillardise, malice au second degré, qui tue l’engagement et l'intelligence éthique. Il s’en est résulté ce vide abyssal, que j'appelle indigence, qui engloutit tout. Plus que jamais l’avenir d’Haïti dépend de l’engagement de chaque Haïtien à adhérer à une autre définition de l'intelligence, une autre exploitation de la culture, une qui ne soit plus celle de la malice, du marronnage, des impostures, de l’irresponsabilité et de l'indignité. 

Or si l'on croit Morin, c'est la capacité de la culture à rendre un sujet intelligent qui le pousse à adhérer à l'éthique pour orienter la connaissance non vers l'enfumage des réussites, mais vers la recherche d'un inespéré pour penser et agir dans la complexité.

Il faut irradier l'imaginaire du collectif haïtien pour détrôner ce héros malicieux, cet être fourbe, nommé Ti Malice, friand des mauvais coups et faisant toujours passer ses intérêts avant ceux du collectif. Il faut peupler la mémoire collective de nouveaux héros pour que l'Haïtien des villes ne soit plus sollicité par les exploits fourbes de Ti Malice pour booster ses capacités improbables de lecture (nous y reviendrons) et l'Haïtien des campagnes ne voie plus ses nuits ponctuées par les échos des audiences où la malice triomphe toujours. C’est parce que la fourberie s'est installée depuis la nuit des temps comme le ferment mémoriel de la culture haïtienne que la mémoire collective a enfumé et dérouté l’intelligence, en transformant la culture en rente littéraire pour quelques-uns.

C'est ce nouvel imaginaire qui pourra redonner à la culture haïtienne ce que Marcel Durant appelle les nobles perspectives anthropologiques. C'est là dans cette transcendance qu'Haïti pourra reprendre en mains, souverainement, dignement et intelligemment son destin pour voguer vers une résilience qui magnifie l'Ubuntu africain et non plus les stratégies de malice. Car si je suis, parce que l'autre est, et que l'autre est, parce que je suis, je dois veiller à ce que l'image que je renvoie n'affecte pas l'image de l'autre.
 C'est cette éthique de l'émerveillement qui peut nous rendre humain. Il ne suffit pas de survivre, mais d'apprendre à vivre dignement, quitte à mourir par refus de se gaver de ressources indignes.

Et comment ne pas assumer la provocation: c'est pas ce genre de récits que les critiques littéraires, médiatiques et culturels haïtiens médiatiseront. D'ailleurs ont-ils le niveau pour comprendre ? 


Respectueusement

Erno Renoncourt
Citoyen Haïtien Indigné, Insoumis, Insolent, Intranquille

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