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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Le Consulat haïtien à Paris : entre gestion calamiteuse, corruption, privilèges et réformes. - Par Sergo Alexis

Publié par siel sur 30 Juillet 2023, 15:01pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #AYITI ECONOMIE, #INTERNATIONAL, #PEUPLE sans mémoire...

Enquête investigation

 

 

                                                          Consulat d'Haïti à Paris

 

Le Consulat d’Haïti est plongé dans une mauvaise gestion depuis de nombreuses années, le ministre des Affaires étrangères Jean-Victor Généus y entreprend un certain nombre de réformes sans tenir compte des droits fondamentaux des employés. (1) La mauvaise gestion semble partir pour durer très longtemps encore, car l’intéressé ne cherche pas à pénaliser des consuls qui sont payés à ne rien faire mais s’attaque sans réfléchir aux employés qui accomplissent le vrai travail du consulat avec le très peu de moyens techniques mis à leur disposition.

Le Consulat haïtien à Paris est la plus importante des institutions administratives haïtiennes en Europe. Du fait de cette position dominante, beaucoup d’argent versé par les Haïtiens pour l’obtention de documents y circulent quotidiennement. Jusqu’en 2021, le Consulat n’acceptait que des espèces du public. Était-ce pour dissimuler la transparence ou par incompétence ? Les deux à la fois, affirment des personnes interrogées. Dans tous les cas, il est inadmissible qu’une telle structure étatique soit gérée dans les mêmes conditions bureautiques que dans les années 1970.

Ce qui est certain, c’est qu’il attire la convoitise de beaucoup d’acteurs et surtout pour le statut de chef de poste grâce aux possibilités pécuniaires qu’il génère. Il y règne une véritable confrontation entre les employés eux-mêmes, mais aussi  entre ces derniers et les diplomates. Sinon, comment expliquer que c’est une employée qui remplit le rôle de secrétaire, traitant également les dossiers juridiques et qui rédige tous les courriers des diplomates soi-disant diplômés et quelques fois sorbonnards ? Et bien qu’elle n’ait pas un gros salaire, se plaint que le ministère dans le changement du personnel qu’il entreprend sous prétexte que ses charges salariales reviennent trop chères à l’Etat haïtien veut la « virer comme une chienne ».

 

Salaires et privilèges

D’après nos sources, un consul général ou chef de poste à Paris perçoit un salaire de $7.700 par mois et 1500 euros de frais de représentation, soit environ 9200 euros net par mois. M. James. Jules, n’a pas souhaité parler du montant de son salaire. Mais il dispose d’un logement de fonction chèrement payé par les contribuables haïtiens. Une voiture de fonction de grosse cylindrée est mise à sa disposition- - les frais d’entretien et de gazoline tout compris.  Une carte bancaire à son nom pour les frais de restauration sans limitation de dépenses, seules les preuves appropriées sont obligatoires, disent nos informateurs.

M. Jules, lui, explique que son service utilise la carte bancaire du Consulat pour effectuer un certain nombre de dépenses. Il a le droit de l’utiliser pour le restaurant si le consulat a des invités mais pas pour ses besoins personnels de tous les jours.

« M. Jules est un inconscient, confie un employé, il sait que beaucoup d’entre nous ne perçoivent pas de salaire, il utilise fréquemment la carte pour commander à manger uniquement pour lui et son réseau au Consulat au su et au vu de nous autres qui n’ont pas un rond et vivons grâce à nos conjoints et familles ! ». Il est aussi important de mentionner que seul le consul, chef de poste a droit à des frais supplémentaires en plus de son salaire.

Les autres salaires varient entre $3.000 et $6.000. Les consultants engagés sur place touchent un salaire de $3.000 ou $4.000 dollars ; un conseiller ou consul $5.000 et un ministre-conseiller entre $6.000 et 7.700 dollars. Les consuls ont droit au statut de diplomate et à la plaque d’immatriculation diplomatique qui leur confèrent prestige et pouvoir, d’autant plus qu’ils sont loin des ordures et des gangs qui jalonnent les rues du pays.

Au Consulat, les employés jugent exagéré le budget du logement du chef de poste. L’État devrait financer les frais du logement à hauteur de 50%, expliquent-ils, de façon à le dissuader de s’octroyer un appartement trop cher. Mme Wédline Pierre, qui était précédemment chef de poste avant James Jules, s’était offerte un appartement dans un quartier huppé de Paris qui coûtait la rondelette somme de 4.000 euros par mois. Le Consul actuel a conservé l’appartement moins coûteux qu’il occupait en banlieue parisienne quand il était simple diplomate à l’Ambassade.

La visite des bureaux durant mon entretien avec « le Chef »

J’ai eu un très long entretien avec M. James Jules, le mercredi 19 juillet 2023 durant lequel il m’a fait visiter les bureaux pour constater par moi-même les progrès que connaît le Consulat en matière de sécurité administrative. Il voulait, m’a-t-il dit, faire entendre « un autre son de cloche » J’en ai profité pour observer et interroger le personnel présent, notamment ceux qui sont concernés par le problème des salaires impayés et de la révocation.

Néanmoins, pendant j’attendais d’être reçu par le chef de mission, j’ai eu donc le loisir de discuter avec des Haïtiens qui étaient venus déposer des dossiers de demande de passeports. Ils m’ont raconté qu’ils étaient là depuis 8 heures du matin, alors qu’il était midi passé et que personne n’était venu leur parler. Pourquoi le Consulat a-t-il augmenté le prix du passeport, qui est passé de 145 à 160 euros ?, me demande-t-on. Une dame raconte qu’une employée au guichet qui vérifiait ses documents l’a traitée comme un animal. Cette même personne venait tout juste de m’agresser, moi aussi, quand je me suis présenté à elle - parce qu’il n’y avait personne à l’accueil, - pour lui demander à qui m’adresser pour annoncer au consul que je suis arrivé au rendez-vous.

Dans un autre bureau, une jeune femme, parmi les nouveaux arrivants d’Haïti, essaie de traiter le cas d’une Haïtienne divorcée et veuve qui sollicitait un document pour renouveler sa carte de résidence. Selon l’employée, quand elle coche la case veuve, l’ordinateur réclame l’acte du décès. Or elle portait encore le nom de son mari sur sa carte d’identité et voulait que le document lui soit livré au nom qui y figure. « Impossible, lui fait-on savoir, car vous êtes divorcée, vous devez me fournir l’acte de décès pour effectuer le document à votre nom de jeune fille. » La dame répond qu’elle avait déjà fourni l’acte au service juridique. Cette perte est imputable au fait que jusqu’à très récemment encore, le Consulat n’archivait pas les copies des pièces officielles. On pourrait aussi se questionner s’il le fait malgré tout dans les règles de l’art.

Mais ce que cette fonctionnaire ne sait pas c’est que la loi française autorise une femme divorcée à conserver le nom de son ancien conjoint si ce dernier ne s’y oppose pas. D’ailleurs, sa carte de résidence est délivrée par la préfecture avec le nom de son ex-mari défunt. Le Consulat aurait dû répondre à la demande légitime de la dame : ou le logiciel n’est pas adapté ou cette femme n’est pas apte à traiter ce type de dossier qui pourtant doit être une procédure courante au Consulat.

Même M. Jules semblait ne pas connaître la bonne solution à prendre puisqu’il a autorisé l’employée à sortir le document au nom de jeune fille de la requérante. Car si la préfecture établit la nouvelle carte de séjour avec le nom de jeune fille, la pauvre dame aura toutes les peines du monde à changer de nom sur tous ses documents officiels en France, notamment à la banque et aux organismes sociaux.

On fait attendre en moyenne une trentaine de personnes toute une journée dans une salle juste pour déposer un dossier de passeport. Parfois ils peuvent être plus de quarante. Malgré les vacances annuelles dont les employés administratifs bénéficient, le personnel diplomatique est souvent absent ou indifférent au travail administratif. Qu’est-ce qui empêche l’État haïtien de transformer les diplomates « tourneurs en rond » en agents administratifs dynamiques ? Et pourquoi eux-mêmes n’ont pas manifesté un peu de bon sens pour participer activement aux services rendus à la communauté haïtienne ?

Les problèmes au Consulat sont tellement nombreux qu’on ne saurait tous les énumérer. Il y a beaucoup à faire pour qu’il soit fonctionnel et moderne. J’ai pu constater au moment d’essayer d’entrer en relation avec le secrétariat du chef de poste que même le service de communication se trouve dans un état de médiocrité absolue.

Par exemple, j’avais envoyé au consul un mail pour lui faire connaître mon intention d’écrire un article sur le Consulat et j’y avais joint des questions. Ce n’est que dix jours après, lorsque le reportage a paru dans Le National (1) qu’il m’a envoyé un mail pour m’informer qu’il acceptait de me recevoir. J’ai répondu tout de suite mais le mail m’est retourné. J’ai ensuite appelé mais le téléphone ne fonctionnait pas. Mes contacts m’ont donné d’autres numéros et d’autres mails, rien ne marchait ! Ce problème a duré plusieurs jours. Quand on sait que ce sont les mêmes moyens de communication qu’utilisent les Haïtiens de la communauté, on comprend la lenteur mise pour régler leurs demandes.

Sachant que je n’avais pas le moyen pour entrer en communication avec lui, M. Jules m’appelle pour convenir du rendez-vous le lendemain. Comme j’allais avoir un peu de retard, j’ai cherché le numéro du consul parmi les appels récents, mais il a disparu. J’ai dû envoyer un message WhatsApp à un contact du Consulat qu’il a transmis immédiatement à M. Jules. Huit minutes après l’heure convenue, ce dernier m’appelle comme s’il n’était pas au courant de mon retard, me reproche plus ou moins indirectement de n’avoir pas respecté mon engagement… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un de mes informateurs qui a traité ce fonctionnaire de manipulateur.

 

Gestion financière et corruption

Selon ce que j’ai appris, ce sont en moyenne 6.150 euros par jour qui entrent dans la caisse du Consulat, correspondant aux frais de passeports – une trentaine en moyenne - d’une valeur de 4.950 euros et de documents juridiques pour 1.200 euros. Ce qui fait environ 147.600 euros sur 24 jours ouvrables. Cette somme représente plus du double du budget de fonctionnement mensuel qu’envoie la Chancellerie. Tout compte fait, on constate que ce sont les Haïtiens de France qui financent entièrement le fonctionnement du Consulat.

 

Le chef de poste gère « une mine d’or » incontrôlable par la DGI haïtienne et par le ministère des Affaires étrangères. Il s’agit de recettes journalières perçues sur les documents juridiques. Les consuls généraux successifs prenaient une fâcheuse habitude de ne jamais établir de rapports financiers aux autorités compétentes sur ce fond. Aussi, la DGI et la chancellerie minimisaient peut-être ce service car la plus grosse recette émanait de la délivrance des passeports.

D’après un employé, qui a travaillé au service administratif, les seuls rapports qu’il a pu voir sont datés d’il y a 15 ans lorsque Maître Emmanuel Charles était Consul général. M. Jules lui-même reconnaît qu’il n’existe pas de rapports récents. Il m’en a montré deux datant des mois de mai et juin 2023 pour l’exercice fiscale de 2022/2023. Ce qui explique que ce n’est que maintenant que celui-ci en poste depuis juillet 2022 se penche sur cette épineuse question des rapports financiers.

Un employé affirme que la recette des documents ne peut plus être détournée vu que le Consulat remet une facture informatisée pour chaque pièce livrée. « Faux, rétorque un autre, on pourrait toujours faire disparaître le double des factures payées en espèces ». M. Jules ne conteste pas cette possibilité et avance qu’il espère installer un système informatique qui pourrait permettre de relier l’édition des factures directement en Haïti. En réalité, il suffirait que le Consulat exige que des paiements par carte bancaire pour résoudre ce problème. Cependant, vue l’étendue de la corruption dans l’administration haïtienne, on se demande si cette réforme ne va pas seulement déplacer le détournement de fonds.

Avec une recette de 147.600 euros par mois si le consulat était géré dans les normes administratives requises, il ne devrait avoir aucun problème à verser les salaires impayés et même à régler progressivement les arriérés envers des organismes sociaux.

 

Vilbert Bélizaire et les crises d’aujourd’hui

M. Vibert Bélizaire est un carriériste, comme il aimait à le dire. Il fut le diplomate qui a battu tous les records de longévité dans les missions diplomatiques en France après l’ère des Duvalier. Avait-il un secret ? Il est arrivé à l’Ambassade comme ministre-conseiller aux Affaires politiques, le 3 novembre 1996. Il a remplacé M. Emmanuel Charles au Consulat qui était promu au rang de chef de mission en Italie en 2006.

Il n'est plus en poste depuis le 28 mai 2018, mais il a laissé traîner derrière lui de gros problèmes à l’origine des crises que traverse actuellement le Consulat. Comme je l’avais mentionné dans le premier article (3), il avait cessé de payer les charges sociales durant les dix dernières années. Ce problème traîne comme un boulet dans les pieds du Consulat. Interrogé à ce sujet, celui-ci affirme qu’il les payait régulièrement au début de ses fonctions mais comme le ministère recrutait trop de diplomates au consulat et n’envoyait pas les salaires correspondants, il était alors obligé d’utiliser cet argent pour les payer.

                                          Ministère des Aff. étrangères en Haïti

Quant aux rapports financiers, M. Bélizaire prétend qu’il en faisait au ministère ; mais j’ai pu comprendre que ceux-ci concernaient les problèmes de surcharge du personnel et de salaires impayés. Les recettes tirées des documents administratifs servaient souvent à des avances sur salaires quand le budget de fonctionnement était en retard. Mais l’on ne sait pas trop à la fin où atterrissait cet argent qui servait de fonds de roulement.

D’après un informateur, M. Bélizaire l’utilisait aussi pour faire des largesses aux parlementaires de passage en France : comme leur payer des nuits d’hôtel, leur offrir des cadeaux ou leur donner un peu d’argent pour le shopping. Comme ça, il s'assurait de perdurer au poste puisque ce sont ces « personnalités » qui ratifient la nomination des diplomates. « Rayi chyen di dan l blan », M. Bélizaire, se félicite qu’il s’arrangeait toujours pour qu’il n’y ait pas de salaires impayés ni des problèmes de passeport non rendus. Par ailleurs, il distribuait des petits cachets par-ci-par-là à des associations qui en faisaient la demande ; mais aussi quelques documents payants à titre de courtoisie. Il essayait quelques fois de résoudre certains problèmes d’Haïtiens menacés d’expulsion. Tout cela faisait qu’il était plutôt bien vu de la communauté haïtienne de France.

Ce type de gestion ne plaît pas à tout le monde. Des employés l’accusent d’avoir géré le Consulat comme sa propre boutique face à un Exécutif passif. Les responsables ont, en effet, d’autres préoccupations que de savoir ce qui se passe à l’étranger.

Voyons maintenant la réforme du personnel que M. Bélizaire a « vendue » à la Chancellerie, laquelle a, selon certains, un lien direct avec les crises d’aujourd’hui. Lors de mon entretien téléphonique avec lui, il m’a expliqué qu’il avait conseillé au ministère de remplacer les salariés du secrétariat et du service juridique - qui peuvent retrouver du travail ailleurs en France - par des familles (père mère et enfant) venant d’Haïti en leur attribuant le statut de diplomate mais pour effectuer le travail administratif et bureautique que font les autres. Cela permettrait à l’État, selon Bélizaire, d’échapper aux lourdes charges patronales en France, et à ces familles d’acquérir des bagages professionnels qui pourront servir Haïti à leur retour en terre natale. Une proposition que je juge plutôt abracadabrante qui risque de couter plus chère encore à l’Etat haïtien

Mais quand M. Bélizaire a appris de la bouche de M. Rosalvo Janvier, - le responsable des Affaires juridiques, un recruté sur place connaissant la législation française, - qu’il existait une solution beaucoup plus simple et légale en France pour éviter de payer les charges patronales en proposant aux salariés de changer de statut en devenant des micro-entrepreneurs, le mal était déjà fait. Le ministère avait déjà recruté une équipe en Haïti qu’il a envoyée à Paris tout en ordonnant au chef de poste de renvoyer purement et simplement l’ancienne équipe sans parler d’indemnités de licenciement…

 

M. Richardson Etienne : corrupteur et corrompu

Nommé chef de poste par Claude Joseph alors ministre des Affaires étrangères. Richardson a la réputation d’être un corrompu depuis Haïti, selon un informateur. « Il était envoyé par l’ancien ministre des Affaires étrangères, pour voler de l’argent au Consulat », selon ses propres mots. Est-ce qu’il filait des bakchiches à son patron ? « Oui, mais de bien d’autres encore nommés par lui, me confie-t-on. C’est ce qui permet à Ti Claude de voyager et faire campagne aujourd’hui. »

Étienne est aussi accusé dans les médias par des Haïtiens de France de tentative de viol, de corruption, d’abus de bien sociaux, de favoritisme, etc. Mon objectif est de faire le tri de ces informations et de ne m’intéresser qu’à sa gestion du Consulat.

J’ai appris que jusqu’à aujourd’hui encore, il ne passe pas un seul jour sans qu’un compatriote ne vienne se plaindre au Consulat pour son passeport qu’il n’a pas reçu depuis au moins deux ans. D’après mes informations ce sont près de 300 passeports qui n’ont pas été rendus par M. Étienne. Ce qui représente une modique somme de 45.000 euros détournés sans vergogne.

Les problèmes pratiques et psychologiques que cette déviance crée chez les gens sont gigantesques. J’ai déjà vu un monsieur pleurer comme un enfant au Consulat pour son passeport qu’il n’avait pas reçu.

Monsieur Jules, me confirme ce que j’avais entendu ailleurs, que M. Étienne avait instauré une taxe illégale de 50 euros pour proroger de deux ans le passeport périmé alors que cette personne venait de payer un nouveau passeport. Tout comme celui du passeport, l’argent récolté s’est envolé en fumée puisque M. Étienne non plus ne faisait pas de rapports financiers à la Direction générale des impôts.

On reproche également à M. Richardson Étienne d’avoir d’embauché un de ses amis de Paris, un certain Panel Lindor à 4.000 euros net mensuel, qui venait alourdir les charges sociales impayées. Alors que celui-ci devait être dans le pire des cas être employé comme consultant pour éviter les charges patronales.

Paradoxalement, M. Étienne a le mérite de celui qui a instauré la carte bancaire au Consulat comme moyen de paiement pour la première fois en 2021. La raison est simple m’a dit un interlocuteur. Ils étaient 16 nommés par Claude Joseph qui n’arrêtaient pas de faire pression sur Etienne pour avoir leur part du gâteau. C’est pour empêcher ses amis d’avaliser toutes les espèces du Consulat qu’il avait opté pour la carte bancaire. Et rien d’autre ! La corruption poursuit son cours puisque le Consulat continue à accepter les espèces comme moyen de paiement.

 

Sylvie et Abel Descolines : deux cas parmi d’autres

L’ancien député, Abel Descolines avait fait recruter sa femme, Sylvie Descolines, de nationalité française, diplomate à l’UNESCO avant d’être nommée consule. Cette nomination a été dénoncée dans les médias par son collègue du Consulat, M. Maguet Delva, l’accusant d’analphabète. Malgré tout, elle n’est pas elle-même menacée par les révocations qui secouent le Consulat et reçoit régulièrement son salaire tout comme les autres diplomates.

Abel Descolines et sa famille s’étaient réfugiés en France, en 2003, avant le coup d’État en 2004 de la communauté haïtienne contre le président Jean-Bertrand Aristide transition, de M. Jocelerme Privert en 2011 à l’éternelle gouvernance de transition d’Ariel Henry, il joue pieds et mains pour se faire nommer consul général. Mais Abel Descolines fait face à plus fort que lui en Haïti.

Maguet Delva n’est pas le seul à traiter Mme Descolines d’illettrée, d’autres voix de la communauté haïtienne affirment que c’est une femme sans formation et peu instruite. Cependant Monel Casimir, son collègue à l’UNESCO durant un an, m’a certifié que Mme Descolines est « une femme très qualifiée ».

En tout cas au Consulat, on reproche surtout à Mme Sylvie Descolines son absentéisme. Elle n’est pas souvent là pour signer les documents, seul travail qu’elle accomplit. Elle a coutume d’arriver à son bureau aux alentours de midi tandis que beaucoup de gens attendaient depuis 8/9 heures du matin juste pour faire signer un document.

 

M. James Samuel Rockefeller Jules et les réformes

De vice-consulat en Guadeloupe à chargé d’affaires près de l’Unesco, puis ministre-conseiller à l’Ambassade d’Haïti à Paris avant d’être nommé au Consulat, M. Jules se définit lui aussi comme un carriériste à l’instar de Vibert Bélizaire. Dans son discours de prise de fonction du 20 juillet 2022, il « s’est engagé à travailler afin de rétablir un climat de confiance au sein de la Mission consulaire tout en redynamisant l’institution ». Ce que semble réaliser tant bien que mal le nouveau chargé d’affaires.

Il a d’abord mis fin aux taxes de 50 euros pour la prolongation des passeports qui était contestée par la communauté. Désormais, les Haïtiens de France n’ont plus besoin de passeport pour faire renouveler leur carte de séjour, M. Jules se félicite d’être celui qui a établi une carte consulaire, - coûtant seulement 10 euros, - comme les autres consulats étrangers de France, pour permettre aux ressortissants haïtiens d’effectuer cette démarche.

Il a fini par convaincre le gouvernement haïtien d’installer une machine qui permet de remplir les formulaires avec la photo intégrée dans les normes internationales de sécurité et les transmet directement à la DGI qui imprime les passeports en Haïti et les renvoie à Paris en express. L’attente pour un passeport est passée désormais de plus de six mois à deux mois maximum, dit-il. Un ancien employé du consulat explique que c’est parce que la corruption dans l’établissement des passeports a été généralisée qui contraint l’Etat haïtien à chercher des solutions. Et Paris est une expérimentation que l’Etat veut généraliser.

M. Jules a profité pour augmenter le prix du passeport de 16,55% passant de 145 à 160 euros. Un journal en Haïti vient de l’accuser de corrompu à cause de cette mesure ; peut-être à tort puisque le nombre de passeports délivré par le Consulat est désormais directement enregistré par la DGI à Port-au-Prince qui reçoit un virement en fonction du nombre de demandes reçues.

Néanmoins, M. Jules fait partie de ceux qui considèrent les expatriés haïtiens comme des vaches-à-lait de qui il faut soutirer le maximum d’argent pour engraisser la poche des politiciens au pouvoir en Haïti. Car ces taxes illégales sur le passeport ne sont pas différentes de la taxe de 50 euros de prolongation qu’avait instaurée Richardson Etienne ni du dollar cinquante sur les transferts où les cinq centimes sur les appels téléphoniques. À ce sujet, l’intéressé explique qu’avant, les usagers payaient pour les photos d’identité qu’ils faisaient ailleurs, aujourd’hui c’est la machine qui les fait et que c’est la raison de cette nouvelle taxe. Je lui ai fait comprendre que cette explication ne tient pas debout puisque seule la loi ou un décret gouvernemental a le droit de nouvelles taxation d’autant plus quand les passeports se faisaient à Washington, les Haïtiens payaient des frais pour transférer en express les documents aux États-Unis et que cet argent n’est pas enlevé sur le prix du passeport…

Questionné sur les autres problèmes comme les trois cents passeports non livrés par l’équipe de Richardson Étienne, M. Jules reconnait que ce problème existe mais qu’il a discuté avec son ministère qui a accepté de livrer ces passeports et qu’il n’en reste plus que quelques-uns à régler. Un employé du Consulat qui figure sur la liste des révoqués du service des passeport a confirmé les dires de M. Etienne.

Et les 200.000 euros de charges sociales lui ai-je demandé ? C’est un dossier prioritaire qu’il lui faudrait résoudre, m-a-t-il dit, mais impossible pour le moment, car le ministère a réduit considérablement le budget de fonctionnement qui passe de 64.000 euros à 16.500 euros (pour permettre d’assurer les salaires des diplomates, les seuls qui ne sont pas concernés par le non-paiement des salaires depuis dix mois, Ndlr). M. Jules m’a parlé de 90.000 euros de masse salariale et de 33.000 euros de charges sociales que l’État haïtien doit verser pour les dix mois d’arriérés de salaire.

Pour ce qui est du téléphone et du mail qui ne fonctionnent pas, M. Jules m’a donné une explication bizarre. Avant, dit-il, c’était un désordre pas possible parce qu’il y avait trois fournisseurs d’internet à payer et qu’il a fait tout regrouper chez un seul fournisseur et que le système n’est pas encore au point. Mais que le dysfonctionnement vient d’Haïti qui contrôle tous les appareils de communication du Consulat en France. Cependant un employé m’a expliqué que ce n’est pas la première fois que le Consulat confronte ce problème et qu’à chaque fois c’est parce que le Consulat n’avait pas honoré la facture.

Malgré quelques progrès réalisés ces deux dernières années, on constate que la mauvaise gestion touche encore l’ensemble des services. Car la problématique organisationnelle du Consulat est beaucoup plus complexe et qu’il conviendra de revoir les réformes depuis l’accueil jusqu’aux bonnes manières que ni le consul ni la responsable de communication ne semblent maîtriser. Il ne suffit pas de changer des hommes et des machines, il faut les compétences humaines pour utiliser le matériel nécessaire si le Consulat veut devenir dynamique.

Pour ma part je suis très pessimiste !

 

  1. Voir le premier article paru dans Le National, Haïti, le 18 juillet 2023, et dans Le Monde du Sud, le 20 juillet, intitulé : Scandales au Consulat haïtien à Paris.

 

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