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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Communiquer, rencontrer, échanger, rêver, réaliser…difficile, difficile

Publié par Elsie HAAS sur 30 Juillet 2007, 23:58pm

Catégories : #E. HAAS chronique


 

On peut comprendre, sans toutefois l’accepter, pourquoi et comment les intellectuels et artistes se sont ralliés au "Collectif Non" et avec ce qui l’accompagnait à savoir les subsides de l’Europe et des ONG.
Pas seulement à cause du comportement moutonnier et la crainte d'être exclus (qu'il ne faut pas minimiser dans une société aussi sectaire que la portauprincienne)
Mais surtout à cause du fric.
Je pense au livre de Kourouma : Money, outrages…

Parce qu’il faut diablement de l’argent pour fonctionner ici quand on n’a pas de revenus fixes comme c’est le cas pour la majorité des artistes et intellectuels qui vivent de leurs productions. Pas de sécurité sociale, pas d'allocations chomage, pas de subventions, rien que la force du poignet et de l'imagination...

Et il fallait, soit avoir des réserves ( néanmoins ce sont les plus riches qui se sont ralliés en masse) pour se passer des aumônes internationales, soit être organisé en quasi-autarcie, comme quelques rares artistes qui se comptent sur les doigts d'une main , qui vivent de leur art, mangent les fruits et légumes de leur jardin, louent des chambres à des "zétrangers" en dollars ou en euros, viennent rarement à Port-au-Prince et surtout ont des enfants déjà grands dont ils n’ont plus la charge.

Sinon c’est misère - ou ONG - ou crier à la dictature, aux atteintes aux droits de l’Homme etc., (yeux fermés et main tendue.) quand l’Occident le commande et se taire quand le même Occident payeur exige le silence sur les meurtres de pauvres, les procès de criminels notoires qui se terminent en relaxe, (Chamblain) etc. J'ai entendu qu'Edwidge Danticat , l'écrivaine haïtienne, de passage à Jacmel (paradis des GNB) aurait trouvé, en 2004, une certaine personne (faut pas citer de noms) assise sous un cocotier en face de la mer son ordinateur portable sur les genoux qui se plaignait de la dureté de la vie en Haïti.

Personne n’est dupe ici. Sauf le groupe dont chacun connait les itinéraires et qui maintient encore coûte que coûte -bien que la facade de ce groupe soit aussi décrépie que les anciennes belles maisons du Bois Verna- la fable qu’il s'est battu contre un dangereux dictateur, pour la démocratie aux côtés de tout ce que comptait comme forces vives (et intelligentes ) le pays :les Zétudiants, les Zentellectuels, les GNB (Grenn-nan-bounda), les Zex-militaires et les Zex-macoutes qui attendaient d’être réactivés, le G184 formation comprenant les zentellectuels, zélites, zétudiants, artistes, cinéastes, comédiens, employés d’ONG et l’ensemble des partis politiques, qui ont fait quelque chose comme au max 20% aux élections présidentielles de 2006, deux années après cet immense acte héroïque qui consistait à boycotter les célébrations du bicentenaire de l’Indépendance, acte, -comment en douter ?- qui restera célèbre dans les annales de l’histoire d’Haïti.
 

Donc, après deux mois et demie dans ce beau pays d'Haïti, je n’ai pas pu voir et passer un moment avec des gens dont je suis très proche sur le net. Ou bien quand conversation il y a eut, elle était à de rares exceptions, aussi précautionneuse que sous les Duvalier. Ou encore ça se résume à des parlottes entre ivrognes.

 

Patrick Lemoine raconte dans son livre « Fort Dimanche, Fort la Mort » que le macoute ou militaire qui l’a arrêté lui disait : « Pa foure bouch ou nan bagay ki pa gade-w » (Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas.) Ici, dans certains milieux cette parole de lâche est érigée en vertu. On dit il vaut mieux ne rien savoir pour ne pas avoir à prendre position ou à agir. On l'enseigne aux enfants.

De même que les kidnappings comme moyen de s’enrichir rapidement ont contaminé le pays en quelques mois (je suppose que comme pour l’histoire des coopératives les premiers qui se sont lancés dans le business ont dû ramasser le jack pot et plus on descend dans la pyramide plus c’est du petit argent, plus c’est mort dans des circonstances tragiques ou bien prison à perpétuité). Jean Claude Duvalier qui comme son père a commis et cautionné des crimes contre l’humanité, pillé les institutions publiques haïtiennes, détruit la paysannerie avec son deal de cochon rose est considéré dans certains cercles de crétins ici comme un type conséquent, intelligent et je crois bien…honnête. Ce sont ceux -là même qui prêchent à longueur de journée qu'il vaut mieux ne pas trop savoir. En somme pour vivre en paix en savoir le moins possible.

De même que pour les kidnappings et pour les mêmes raisons (faire du fric vite fait mal fait en écrasant tout sur son passage) le virus pro duvaliériste se répand aussi chez ceux qui en bas de l’échelle n’ont absolument rien à gagner ( on a entendu que des gens avaient réclamé 1000, 2000 gourdes pour relacher une victime de kidnapping avant évidemment de se faire prendre) et même aurait plutôt tout à perdre avec le retour des cagoulards. Mais il n’empêche ! Ceux qui n’ont de cesse de comparer Duvalier à Aristide (et aussi les mêmes Duvalier à Castro ou bien Chavez à Hitler oui, oui ça peut aller jusque là !) sont responsables de ce travail systématique de lavage de cerveau (initié par l’école avec sa méthode de jaquotement).

 

Pa foure bouch ou nan bagay ki pa gade-w . Avec ce principe pour guide suprême, vous pouvez imaginer la qualité de la communication, des échanges et des projets. C’est le silence et Dieu y pourvoira qui mènent la danse. Pourvoira à quoi ? A trouver un visa pour l’étranger, des dollars pour payer un voyage clandestin ou bien recevoir l’argent de la famille de l’étranger pour le transport, l'écolage, l'affermage, l'hopital, et le cellulaire...

 

Il faudra revenir sur le retour du silence (cellulaire encourageant les propos brefs ou bien creux = silence) et son corollaire la peur, arme des dictatures Duvalier et dont un ami Noir Colombien me disait que c’était la meilleure arme pour soumettre les Noirs en Colombie : « leur fermer la gueule ».

 

Alors difficile de se connecter à internet, difficile de se déplacer faute de transports en commun et de routes, difficile d’échanger, la plupart des sujets : politique, religion, famille étant tabous. Tout est fait - par qui ?- sciemment pour restreindre la communication à des échanges de base :
« Kijan nou yé ?" « Pa pi mal » ou bien à des zen ( ragots)

 

Comment rêver et faire des projets quand il est interdit d’échanger expériences, réflexions, sentiments ?

 

 

 

 

 

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