Ernesto Carmona
28 mars 2004
Argenpress
La fausse «démission» du Haïtien Jean-Bertrand Aristide montre à quel point les médias trompent le citoyen consommateur de nouvelles de toute la Terre, quel que soit le pays où il vit. Les Arabes ont au moins la TV Al Jazeera, mais en Amérique latine et le reste de l'ex- «tiers monde» il est impossible d'arrêter les grands monstres médiatiques.
Le monde a avalé la couleuvre lorsque James Foley, ambassadeur des États-Unis en Haïti, est apparu le dimanche 29 à CNN pour «informer» qu'Aristide avait démissionné et était parti. Les marines débarqués tout juste la veille —le jour précédant l'«accord» de l'ONU— faisaient seulement parti du décor. Personne n'a demandé pourquoi c'était un ambassadeur qui parlait et non Boniface Alexandre, le futur «président», demeuré muet sur sa droite. Ces détails «en direct» du Palais de Port-au-Prince ont semblé insignifiants face à une telle «nouvelle».
Il n'y a pas non plus eu moyen d'apprendre au monde que l'avocat Ira Kurzban avait demandé aux États-Unis une enquête au Congrès, ni que le Français Gilbert Collard avait intenté à Paris un procès contre M. Thierry Burkard, l'ambassadeur français, qu'il accusait de complicité de séquestration, alors que son client était au secret en République centrafricaine.
On tait aussi l'enquête impartiale demandée par P. J. Patterson, Premier ministre de la Jamaïque, et les pays de la Caricom, le pacte de la Caraïbe qui fournit 15 des 34 partenaires de l'OEA. Nul ne commente les atteintes au droit et à la souveraineté des nations que dénoncent les 53 pays de l'Unité africaine.
La réalité, c'est que seuls six groupes corporatifs contrôlent les nouvelles des États-Unis et pratiquement du monde entier, le principal protagoniste étant l'Austrialo-Nord-Américain-Britannique Rupert Murdoch. En Amérique latine, Gustavo Cisneros a transformé son empire médiatique vénézuélien —en plus de sa chaîne hispanique Univision— en un autre parti politique qui s'évertue à renverser Hugo Chavez, tout comme l'Internationale démocrate chrétienne ODCA, et il a déjà perpétré un premier coup d'État avalisé par le Chili, pays où il est propriétaire du canal ChileVision et d'une dizaine de stations de radio. Silvio Berlusconi, individu corrompu, est arrivé au pouvoir en Italie pour instaurer un gouvernement fasciste sans avoir besoin d'un coup d'État, car son empire de TV a fait de lui un leader. Et au Chili, un certain Mario Conca fait ce qui lui plaît et censure à la télévision publique, qui est une copie de la BBC, sans que personne ne l'ait élu. La démission du Directoire de Faride Zeeran, Teodoro Rivera, Marco Colodro et Bernardo Matte a laissé les mains libres au président Ricardo Lagos pour prendre les décisions à TVN. Il serait à souhaiter qu'il ne poursuive pas son voyage à droite, ou tout au moins qu'il éteigne les feux intermittents qui indiquent la direction contraire.
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Ernesto Carmona est le Défenseur du lecteur du magazine chilien El Periodista.
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