Sans prétendre à une parole d'expert.
Moi qui suis haïtienne, bien qu’agacée de manière réflexive par le portrait brossé par M. Lagacé- autant que j'ai pu l’être par les analyses de feu M. Gérard Barthélémy cité par l’auteur- je crois déceler dans la vision de M. Lagacé quelques vérités.
Concernant le mensonge notamment.
Quel Haïtien osera nier que l’art de ne pas dire ce que l’on pense réellement fait partie de la réalité haïtienne ?
Il y a mille et une explications à ce goût de la dissimulation et du travestissement- toutes se rejoignent dans une même racine : la peur.
Pas la peine de s’offusquer et de sortir le refrain habituel du « nationalisme », comme au bon temps du duvaliérisme, alors même que le pays n’a pas un semblant d'indépendance- ni alimentaire (75% de la nourriture importée selon le département US de l'agriculture)- ni politique, ni économique - ni sociale -ni culturelle (le plus grand centre culturel dont le budget est supérieur à celui du ministère de la Culture est celui dirigé par Michèle Duvivier Pierre-Louis, Fokal, financé par l’homme d’affaires étatsunien Soros).
C’était plutôt l’occasion de s’interroger sur la richesse affichée de certains, sur l’absence d’infrastructures et surtout sur la nature de cet amour de leur pays remarqué par M. Lagacé.
De quelle nature est cet amour qui demande et approuve l’année même de la commémoration du Bicentenaire de son indépendance que soit chassé un président démocratiquement élu par une troupe de malfrats ?
De quelle nature est cet amour qui fait que la majorité des Haïtiens de classe moyenne font des pieds et des mains pour s’exiler au Canada ou aux USA ou bien pour trouver un emploi dans les ONG ?
De quelle nature est cet amour qui fait que cette même classe moyenne passe le plus clair de son temps à dénigrer ses compatriotes (donc à se dénigrer) et le reste à rêver d’un pays qui ressemblerait aux USA (avec fast food, pommes, pavillons en béton avec pelouse, air conditionné et cie)
Je comprends les réactions de l’auteur sans les partager.
Mais le témoignage de M. Lagacé, aussi blessant qu’il puisse être, offre l’occasion non pas de sortir l’artillerie lourde défensive mais de réfléchir à un certain nombre de mensonges et mythes admis comme des vérités et qui gangrènent la société haïtienne.
Après tout « Haïti Thomas », (petit nom donné par les Haïtiens à Haïti pour des raisons que j’ignore) ne devrait-elle pas être le pays du doute qui permet d’avancer et de construire sur des fondations et non sur des fantasmes -ce qui, il n'y a pas de miracles, vaudou ou pas- conduit irrémédiablement à la répétition sans fin de l'échec.
Avec ce qui s’est passé en 2004, le fameux nationalisme haïtien en a pris un coup. Il apparaît aujourd’hui plus qu’hier comme rien moins qu’une vanité, un manteau bouffé par les mites , rien de plus qu'un rutilant cache -misère.
Et d’ailleurs, c’est bien à cause de ce qui s’est passé en février 2004 que l’auteur a justement le droit (comme moi d'ailleurs) d’être intrigué par cer amour inconditionnel de leur pays affiché par ces Haïtiens de la classe moyenne et de la bourgeoisie qu'il semble avoir rencontrés.
Quant à la chute grandiloquente de l’auteur, j’espère qu’il mesure l’inanité, pour ne pas dire plus, de formules telles que « (le patriotisme) étant pourvu d’une réalité invariable et il restera à jamais indestructible car il est d’une nature insondable et insaisissable… »
Article à :
http://www.alterpresse.org/spip.php?article7023
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