La soirée a été cordiale, restaurant indien délicieux avec un lassi de mangues fait maison.
Je m'arrête une seconde, pour vous parler du lassi indien, une boisson à partir de yaourt
parce qu'évidemment , on pourrait faire cette boisson en Haïti, très facilement et la commercialiser.
Cela fait partie de la transformation agroalimentaire et des possibilités nombreuses d'utilisation de nos fruits merveilleux et bios surtout.
Quel délice un lassi à la sapotille, au corossol, à la cayimite ou à la cerise !
Ce ne sont pas des zen, mezanmi, ce ne sont pas des agrocarburants,
ce sont des complexes industriels de transformation agroalimentaire
qui pourraient nous faire des pates de fruits à partir de tous les fruits, des jus, des lassi, des fruits au sirop, etc qu'il serait possible d'exporter dans l'ensemble de la Caraïbe.
Un autre monde est possible mais il y a pas mal de si à mettre devant.
Dont l'un principal et incontournable:
Si les "chefs" qui monopolisent le commerce d'importation depuis 1957, levaient le pied et laissaient les initiatives personnelles de production locales se développer.
Ce si là, mezanmi, est déterminant.
Tant que ce lobby qui vit du commerce d'importation et des sweatshop imposera ce schéma comme seul et unique modèle de développement économique,
-tant qu'il fera la pluie et le beau temps,
-tant que rien ne rentrera ni ne sortira d'Haïti sans leur permission, quel que soit le président mis en place
-tant qu'il n'y aura pas de véritable mouvement de gauche en Haïti,
comme c'est le cas présentement.
Le pays restera tel qu'il est actuellement.
Voici différentes recettes de lassi que vous pouvez faire à la maison et améliorer évidemment, avec les fruits et épices du pays.
Médecin: Gonaïves c'est le seul endroit où je me suis fait tirer dessus lors d'une mission.
Moi (gênée) : Ah bon, je regrette...
Médecin: C'était absolument terrifiant; l'anarchie, des hommes armés partout.
Moi(hésitante) : Oui, c'est une situation difficile...
Médecin: Non pas une situation difficile mais irrécupérable. Il y a des endroits comme le Congo, le Kososvo, Gaza où je suis allé qui allaient vraiment mal; mais on sentait qu'il y avait un minimum de bases sur lesquelles on peut reconstruire. Aux Gonaïves, il n'y a rien que du chaos, de la violence et de la corruption.
Moi ( embarassée): Vous savez, euh... il y a eu un coup d'Etat et tout de suite après l'ouragan Jeanne, ça faisait beaucoup de chocs en peu de temps, pour la population...
Médecin (implacable) : Peut-être, peut-être...Mais c'est un pays où on se dit qu'il vaudrait mieux qu'il disparaisse. Parce que tel quel, il n'y a rien à en tirer...
C'était dit à voix haute. Les voisins de table dans le resto suivaient la conversation.
J'étais la seule Haïtienne et que pouvais-je dire ? C'était son opinion personnelle tirée de son expérience de médecin venu aux Gonaïves aider aux premiers secours.
Je savais qu'il avait en partie raison.
Moi-même sur ce blog, je dis et répète en prenant mes responsabilités,
-comme on dit en Haïti pour signifier que l'on sait que ce qu'on dit ne va pas forcément plaire aux "chefs' avec les conséquences que cela suppose dans un pays makoutiser jusqu'aux os-
Je dis et redis que 2004 a été une horreur calculée pour faire replonger le pays dans le chaos
et pour y réimplanter la peur dans toutes les couches de la société.
La peur, cet instrument de répression favori des militaro-macoutes-duvaliéristes.
Je ne connais pas bien les Gonaïves. mes racines haïtiennes venant de la Grand'Anse.
Mais Gonaïves c'est un symbole fort pour l'ensemble des Haïtiens. C'est la cité de l'Indépendance.
La ville aurait dû être un modèle de propreté, d'urbanisme inventif, avec des arbres flamboyants aux fleurs multicolores, des palmiers, des centres culturels, des kiosques à musique, des théâtres, des ateliers d'artisanat, des hôtels, des bars et des dancings pour tous les touristes, ceux venus de ola diaspora, les Africains-Américains et l'ensemble des gens de la Caraïbe qui sont fiers de l'histoire de l'indépendance haïtienne à laquelle ils s'associent.
Au lieu de cela, ils, ces gens-là, la bande des spécialistes en coup d'Etat, les Gonaïviens eux-mêmes, parmi lesquels des barons du duvaliérisme, ces" nationalistes banann", qui en Plus de 30 ans de règne n'ont jamais Rien construit dans la la cité de l'Indépendance
et l'ont laissée se délabrer jusqu'au point où, aujourd'hui , elle se trouve recouverte de boue.
Joli symbole, en vérité, la ville de Dessalines recouverte de boue !
sources Madinin-art: linkJe sais aussi que le médecin n'a pas tout à fait raison,
il n'a vu qu'une toute petite partie d'Haïti,
il est resté trop peu de temps pour pouvoir généraliser.
Il n'a pas eu l'occasion de rencontrer des gens dynamiques qui font des choses bien en Haïti.
J'en ai rencontré plein lors de mon dernier voyage.
qui ne se trouvent pas sur le devant de la scène, ni dans les allées du pouvoir;
qui ne participent pas à des colloques à tire larigo;
qui ne sont pas primés à droite plutôt qu'à gauche;
on ne les voit pas forcément dans des reportages à la télé,
ni à la garden party à l'ambassade de France en Haïti, le 14 juillet.
Mais ces gens là, honnêtes, courageux, hommes et femmes de conviction
existent et sont en train de préparer le chemin pour une "autre Haïti"
A la fin j'ai dit au médecin :
Moi : Haïti n'a que 205 ans, vous savez combien de temps il aura fallu à la France pour devenir une République ? Alors, vous voyez, nous ne sommes qu'au début d'un processus...
Une de mes amies présente, a trouver que le médecin n'aurait pas dû être aussi direct et brutal dans ses propos.
Pour ma part, je préfère ça à ceux qui veulent "civiliser" les "barbares" Haïtiens,
ou bien ceux qui à leur retour d'Haïti
me déclarent d'une voix suave qu'ils ne comprennent pas comment le peuple haïtien est aussi passif ,
comment il accepte une situation d'injustice qui ressemble à celle du Moyen-âge.;
alors que, ces voyageurs le savent bien, cette situation d'injustice n'est possible que parce qu'elle trouve l'appui des pays étrangers
qui ont décidé de faire d'Haïti le bastion de l'extrème-droite,
comme du temps de la guerre froide avec Duvalier.
Dans une Amérique Latine où les idées de progrès ne cessent d'avancer,
Haïti représenterait la moitié d'île refuge des néolibéralistes, de paltoquets d'extrème-droite à la recherche de mauvais coups, du FMI et toute la smala.
Les Haïtiens, pour un grand nombre d'entre eux, ne comprennent pas qu'un pays qui verse 72millions de dollars par an pour payer uniquement les intérêts de ses dettes;
qu'un pays qui est le deuxième importateur de riz des USA
représente une bonne affaire pour les capitalistes.
qui n'ont aucun intérêt à changer la marche des choses.
Vous connaissez la brillante définition du capitalisme par l'économiste britannique, M. Keynes :
Le capitalisme selon John Keynes
Nombreux sont les Haïtiens qui croient que l'argent prêté est de l'argent donné. Grave erreur !
Nombreux sont les Haïtiens qui ne comprennent pas que l'argent envoyé par la diaspora est supérieur à l'argent prété par les bailleurs de fond.
Et que c'est précisément cet argent de la diaspora qui va servir à acheter le "riz miyami" et à payer les dettes.
Fidel Castro a parlé dans une de ses chroniques dans le journal Granma
d'analphabétisme économique
qui est un grave problème actuel avec + d'une génération d'Haïtiens qui ont été" biberonnés" aux idéologies d'extrème-droite, basées uniquement sur :
- le profit personnel à court terme
-" la reconnaissance est une lâcheté",
-"après moi le déluge",
-"la loi du + fort est la meilleure"
et autres "sa ou pa konnen pi gran pasew"
toutes maximes qui favorisent et légitimisent les inégalités, l'injustice et l'ignorance.
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