Ca prend du temps parce qu'impossible de ne pas tomber sur le livre que... justement on aurait aimé relire, qui du coup renvoie à un autre bouquin tout aussi intéressant... Tiens ! Hier, par exemple un ami a mentionné au cours d'une conversation "Les frères Karamazov" de Dostoïevsky ...et aussitôt, une envie de relire le livre et puis...
Bref, vous connaissez le mouvement du ranger/déranger, similaire à celui de la respiration- inspirer/expirer- de la vie en somme.
Alors, cette fois-ci, j'ai mis la main sur 2 numéros de "Nouvelle Optique"une revue publiée au Canada, pendant la dictature duvaliériste que j'ai relue avec intérêt mais non sans colère.
Voici pourquoi :
Dans ces 2 numéros, j'ai été frappée par la qualité, la justesse et la profondeur des anlayses comparativement à la production actuelle.
J'ai noté :
-le sérieux des auteurs qui citent leurs sources, s'interrogent, font référence à d'autres travaux sur le même thème, leur sincérité qui n'exclue pas l'erreur.
-la différence est abyssale entre ce travail cohérent de recherche, ce respect du lecteur, ce désir d'honnêteté et le "voye monte" des intellectuels de la génération des héritiers des Duvalier qui squattent et obstruent les chemins de la pensée - et de la liberté- actuellement comme un nuage de "madansara"
Pour vous donner une idée de l'intrépidité et de la richesse du contenu de cette "Nouvelle Optique"
Un numéro datant de mai 1971 annonce en couverture les titres suivants :
Mobilisation et lutte politique en Haïti
La pratique politique d'Aimé Césaire
Les auteurs des différents articles sont :
Jean Luc (un pseudo ?); Paulo Freire; Yves Vaillancourt; Jean- Miche Hercourt; Roland Morisseau; Georges Castera; Gilbert Langevin; Emile Ollivier; Paul Laraque; Georges Anglade
L'autre numéro datant de avril-septembre 1972. Pas de titres en couverture.
Les auteurs sont :
Jean-Michel Paré; Frankiln Midy; Hérard Jadotte; Marc Vaillant; Jean Luc; Gérard Pierre-Charles; Roger Dorsainville; Serge Legagneur; Roland Morisseau; Jean-Richard Laforest; Anthony Phelps; Cary Hector; Emile Ollivier; Henri Cauvin; Gil Martinez.
Je note l 'absence totale de femmes dans cette liste. Ce qui, à l'époque, ne m'avait pas sauté aux yeux. Et qui, à la réflexion, donne à réfléchir sur l'intégration des femmes dans le mouvement intellectuel de gauche haïtien d'hier et d'aujourd'hui.
Ces écrivains, chercheurs, poètes font partie de mes maîtres à penser au niveau d'Haïti. J'ai découvert et compris, à travers leurs analyses, leurs romans et leurs oeuvres, les réalités haïtiennes dans leur dynamisme et leurs contradictions.
Je me suis demandée en relisant leurs textes ce qu'étaient devenues toutes ces personnes qui avaient dépensé tant d'énergie, de matière grise, d'argent et de temps à la lutte contre la papadocratie.
Si je regarde quelques titres, je constate qu'ils sont parfaitement encore d'actualité :
Dimension politique du fait religieux en Haïti par Jean Michel Paré
Lutte idéologique et révisonisme par Jean Luc
L'armée dans les sociétés dépendantes :Haïti par Hérard Jadotte
1946 ou le délire opportuniste par Roger Dorsainville
La fable de "l'expert" yankee barbotant dans la "crasse" haïtienne par Cary Hector
De ces sujets plus personne n'en parle, au moment où l'activité principale des intellectuels se circonscrit à une diabolisation , totalement ridicule de par son outrance, du mouvement lavalas, bouc émissaire de leurs échecs, de leurs compromissions, de leurs impuissances et de leurs ajustements -structurels ?- au système duvaliériste.
Sur ce qui c'est réellement passé entre les différentes forces en présence sous les gouvernements lavalas?
Je veux dire une analyse cohérente, un truc qui donnerait à réfléchir et qui permettrait d'avancer.
Pas des histoires de "têtes coupées" qui se ramassent à la pelle dans les rues de Port-au-Prince, de "billes cousues dans les pénis des chimères pour violer" les jeunes bourgeoises, de gouvernement lavalas le plus "totalitaire et sanguinaire" juste après celui d'Hitler, et ronronron petitpatapon.
Nada. Les zentellectuels de la génération des héritiers des Duvalier se complaisent dans la dolce vita, que procure la production de fictions délirantes, de mensonges, d'accusations non fondées, de médisances, d' injures, de délations. Et se mirent dans l'auto-congratulation entre zétoiles appartenant au même firmament.
Respect pour l'engagement de cette première génération d'exilés au Québec ! Yo merite ! comme dirait mon défunt et regretté ami, le peintre André Pierre.
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