18 mars 2004
«Monsieur Bush doit savoir, déclare le président Hugo Chavez, que, s'il lui passait la folie de bloquer ou de tenter de bloquer le Vénézuela, ou pire encore pour eux, d'envahir le Vénézuela, plus une goutte de pétrole ne leur arriverait du Vénézuela, plus une seule goutte !»
Le président du Vénézuela et le mouvement nationaliste qui le soutient sont devenus, avec Cuba, le principal obstacle à l?hégémonie des Etats-Unis en Amérique Latine. L?opposition, dirigée par le patronat vénézuélien pro-US, a tout essayé pour déstabiliser le gouvernement : coup d?Etat échoué en 2002, émeutes, campagne en faveur d?un référendum pour démettre Chavez...
Le Conseil national électoral du Vénézuela (CNE) a provisoirement jugé irrecevable la tenue d'un tel référendum. Pour qu'il puisse se tenir, l'opposition devrait avoir l'adhésion de 20% des électeurs, ce qui fait environ quatre millions de signatures à récolter. L'opposition prétend avoir déjà déposé les signatures nécessaires. Cependant la décision du CNE de refuser la validation de centaines de milliers de signatures tend à démontrer que les accusations du gouvernement selon lesquelles l'opposition aurait réalisé un «méga-fraude» étaient fondées.
La CIA explique les techniques de sabotage
Ne disposant pas des forces pour réunir les signatures nécessaires, l'opposition poursuit sa campagne de tergiversations afin de créer un climat d'instabilité et d'affrontement. Des journaux de l'opposition ont mis en première page la photo des membres du CNE avec leur adresse et numéro de téléphone privé, sous le titre «Ce sont ces personnes qui ont volé ta signature». Dans le contexte actuel, cela constitue une incitation au meurtre.
Quelques jours avant que soient connues les déclarations du CNE, l'opposition, voyant venir son échec, a incité la population à l'émeute provoquant ainsi morts, blessés par balle et dégâts matériels importants. Elle tente ainsi de répéter le climat de guerre civile qui a marqué la grève patronale de décembre 2002. Mais elle développe aussi de nouvelles actions de guérilla urbaine : le trafic est fort perturbé par la mise en place de barricades et les automobilistes ne se soumettant pas aux ordres des manifestants sont attaqués.
Les organismes vénézuéliens de sécurité ont dévoilé des enregistrements vidéo secrets dans lequel on peut voir la CIA expliquer comment réaliser des sabotages, en coordination directe avec l'ambassade américaine à Caracas.
L'opposition fait signer les morts
«Je m'imagine là-bas, à Washington, déclarant que moi, je suis un ennemi de la démocratie, que Chavez a saboté le référendum et que, de toute manière, ça vaut la peine de le faire tomber, ça vaut la peine que les militaires s'arment contre moi ou que quelqu'un vienne et me tire dessus.» C'est avec ces paroles très dures que le président du Vénézuela a répondu à l'adjointe de Bush, la Conseillère nationale pour la sécurité nationale Condoleezza Rice, qui annonçait l'appui des Etats-Unis au référendum, sans le moindre respect pour la procédure constitutionnelle du Vénézuela.
Rice avait déclaré : «Nous recommandons à Chavez de faire la preuve de son adhésion aux processus démocratiques et de permettre que le référendum de l'opposition se réalise sans délai.» L'Organisation des Etats des Amériques (OEA) et Washington ont demandé au CNE de ne pas perdre son temps en «technicismes excessifs», posant ainsi le doute sur la manière de vérifier les signatures. Vérifier la validité de signature et s'apercevoir qu'elles appartiennent à des personnes décédées, est-ce du «technicisme» ?
La population défend son président
Le mouvement populaire vénézuélien se caractérise par le rôle déterminant que joue Chavez, son influence sur les masses et le fait qu'une grande partie de ces gens ne sont ni organisés, ni inscrits à un parti politique. Ce mouvement acquiert sa maturité au fur et à mesure que le processus se développe.
Durant le coup d'Etat du 11 avril 2002, quand ont échoué les plans militaires contre le gouvernement légitime de Chavez, les masses sont venues défendre le gouvernement en entourant le palais de Miraflores. Les aides sociales, les plans d'alphabétisation ou de médecine gratuite avaient rencontré et rencontrent encore un très grand écho dans la population. Laquelle participe à la vie politique et culturelle du pays, chose qui n'existait pas avant.
L'absence d'un parti concentrant la direction politique du mouvement est une caractéristique du processus vénézuélien. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas de direction. Chavez est arrivé au pouvoir grâce à une coalition formée par divers partis : Mouvement de la Cinquième République, Mouvement pour le Socialisme, Patrie pour tous, Parti communiste du Vénézuela, Indépendants pour la Communauté Nationale, Gens émergeant, Mouvement Electoral du Peuple, Solidarité Indépendante et d'Action Agraire.
Chavez signe et persiste
L'hétérogénéité des forces révolutionnaires n'a pas été jusqu'ici un obstacle à ce que - malgré de fortes attaques - le mouvement continue à progresser. Il est possible que si ces attaques se renforcent, certains secteurs ou organisations changent de camp. C'est un fait récurrent dans les grands conflits sociaux. Mais pour le moment, rien de tel.
Dans la pratique, Chavez a ouvert une brèche dans le système capitaliste et la population s'y est engouffrée. Elle s'identifie et défend le processus en cours. Les forces politiques de gauche se sont ajoutées à cette marée. Elles ont légitimé leurs actions. L'émergence d'une nouvelle démocratie, la défense des intérêts nationaux et l'anti-impérialisme seront renforcés par l'influence et la participation de toutes ces forces de gauche. Dans ce processus historique, rien ne peut se faire du dehors du mouvement porté par Chavez, même si celui-ci présente parfois des particularités qui ne correspondent pas aux classiques révolutionnaires de l'Amérique Latine.
Faisant référence à l'interventionnisme des Etats-Unis à Haïti, Chavez a déclaré que la politique extérieure fasciste de Washington ne réussira pas au Vénézuela : «Le Vénézuela n'est pas Haïti, et Chavez n'est pas Aristide», a-t-il déclaré. Il a ajouté : «Il y a assez de courage ici pour défendre cette terre, pour défendre cette patrie de quelque intrus que ce soit.»
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