Par Céri
Le contexte
Avant d’évoquer les faits récents, il faut aborder rapidement l’histoire de l’Equateur, un pays peuplé de 13 millions d’habitants à peine. Rappelons d’abord que, comme presque toute l’Amérique Latine, l’Equateur est marqué par un clientélisme prégnant. C’est-à-dire que les riches sont suffisamment prodigues pour s’attirer toute une « clientèle », une masse de paysans et d’hommes à tout faire qui dépendent de leurs largesses. Le système politique, duquel la démocratie a été absente jusqu’à peu, au contraire de la corruption qui est endémique, n’a certes pas favorisé l’expression des masses. Rappelons encore que, comme toute l’Amérique Latine, l’Equateur fait partie de ce que les Etats-Unis considèrent comme leur pré carré.
Normal ; outre la banane, l’Equateur est un gros exportateur de pétrole, accessoirement fertile donc quasi autonome sur le plan alimentaire
Dès l’apparition d’un semblant de système démocratique, au milieu du XIXe siècle, l’oligarchie a monopolisé le pouvoir, faisant de la vie politique nationale une alternance de périodes d’instabilité 2] et de dictatures.
Extrait 2
Les faits
Rafaël Correa, économiste mais de gauche 11], a été élu fin 2006 avec 56% des voix au deuxième tour contre Noboa. Il lance immédiatement une assemblée constituante, élue avec une large majorité tenue par l’Alianza Pais, qui soutient Correa et obtient 80 des 130 sièges. Finalement, le référendum populaire approuve à 64% le projet de nouvelle constitution. Correa est réélu en avril 2009, toujours avec un programme très social.
Il cherche à rompre avec les politiques précédentes et commence à développer l’investissement, l’emploi et la production, modernise la sécurité sociale (mais dans le sens inverse de la France), mène différents programmes sociaux à destination des plus pauvres, lance une réforme agraire, il renforce la compagnie pétrolière nationale Petroecuador et le contrôle de l’Etat sur toutes les étapes de la production d’hydrocarbures.
Et soudain, début septembre, une « rébellion » de quelques flics et militaires a failli se conclure en coup d’Etat 12] digne de l’époque Pinochet. D’après Correa, il s’agit d’éléments d’extrême droite, nostalgiques des colonels et autres dictateurs qui se sont succédé au pouvoir. Au final : dix morts et 274 blessés en une journée, le 30 septembre.
La veille, le Parlement venait d’approuver une loi qui alignait les salaires de la fonction publique et supprimait des avantages particuliers destinés à l’armée et à la police. Il semble que l’agitation a vite pris dans les casernes, si bien que Correa a décidé de se rendre dans l’une d’elles, quand il est agressé par des flics cagoulés. Il se réfugie alors dans une clinique proche où il est retenu quelques heures. Rapidement, près de 42.000 flics se mettent en grève et bloquent les aéroports. Pendant ce temps : pillages, braquages, scènes de violences dans les rues. Des centaines de policiers investissent l’aéroport de Quito, la capitale, bloquant le trafic aérien, d’autres s’occupent de bloquer les routes d’accès.
Très vite, des manifestants descendent dans les rues en soutien à Correa, et le ministre de la défense doit
lancer l’armée sur
les flics pour libérer Correalors d’un assaut qui fera quatre morts. On en profite pour tenter d’attaquer les locaux de la télé nationale Ecuador TV, qui devait donner le signal aux autres médias pour lancer la propagande annonçant que l’Equateur avait changé de régime. Il a donc fallu instaurer l’ « Etat d’exception » est instauré afin de permettre à l’armée de maintenir l’ordre à la place des flics.
Comme ça a été le cas avec les coups d’Etat au Honduras et au Venezuela, le coup d’Etat du 30 septembre était encore en cours quand on a vu dans les médias les premières personnalités, proches de Gutierrez et/ ou de Carlos Vera 13], dire que Correa devrait faire ses valises ou justifier d’une manière ou d’une autre l’émeute qui était en train de se produire. Un parlementaire de Sociedad Patriotica, Galo Lara, a par exemple déclaré le 30 septembre à la télévision que « le gouvernement est tombé », ce qui pourrait bien être un message à destination d’autres personnes, afin de passer à l’étape suivante du coup d’Etat, celle qui se joue au niveau politique, médiatique et judiciaire.
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