Par Edner Fils Décime
P-au-P, 27 déc. 2013 [AlterPresse] --- Les victimes de l’épidémie de choléra ont vécu l’année 2013 comme une « déception » et « un cauchemar », en observant comment l’organisation des Nations Unies (Onu) tend à se déresponsabiliser et les maigres financements donnés dans la lutte contre le fléau, selon les témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.
A cela, il faut ajouter une sorte d’inertie des autorités étatiques, en général, sur la question.
La mobilisation et le recours aux procédures judiciaires sont assurés simultanément par les avocats des victimes, pour aboutir aux réparations civiles.
Entre irresponsabilité et « drap blanc »
21 février 2013. L’Onu rejette la demande d’indemnisation, élevée à plusieurs centaines de millions de dollars américains (US $ 1.00 = 45.00 gourdes ; 1 euro = 63.00 gourdes aujourd’hui) et déposée par plus de 5 mille victimes, en évoquant la section 29 de la convention sur ses privilèges et immunités.
Cette réaction de l’organisation arrive plus d’un an après la réclamation faite.
Les avocats des victimes évoquent le paragraphe 54 de l’accord de siège du 9 juillet 2004, entre l’Onu et Haïti, pour exiger un versement ne dépassant pas 50 mille dollars.
En tournée en Europe, le premier ministre Laurent Salvador Lamothe surprend tout le monde en affirmant, sur le plateau de la chaîne de télévision française France24, que l’Onu a une « responsabilité morale » dans l’introduction du choléra en Haïti.
Lamothe sollicite des excuses publiques pour les victimes, de la part de l’Onu.
Début septembre 2013.
Le 26 septembre, à la 68e assemblée générale de l’Onu, Lamothe le déclare officiellement et propose une structure mixte afin de solutionner le problème.
Des organisations de victimes ou des structures solidaires trouvent que le gouvernement offre un « drap blanc » à l’Onu.
De surcroît, la structure mixte proposée n’est pas du tout cette « commission permanente des réclamations », qui dzvrait être mise en place pour que les victimes puissent porter plainte et être indemnisées, comme prévu au paragraphe 55 de l’accord du 9 juillet 2004.
L’Onu dépêche, rapidement à Port-au-Prince, le 11 octobre 2013, le sous-secrétaire général adjoint, Pedro Mandrano, pour rencontrer le premier ministre haïtien, sur l’épineuse question du choléra.
Se déresponsabiliser est facile, mais financer la lutte anti choléra se révèle difficile ?
Malgré des démonstrations scientifiques éloquentes, l’Onu refuse de reconnaître sa pleine et entière responsabilité dans l’arrivée du choléra en Haïti, mais se résout à financer la lutte pour l’éradication de la maladie.
« En réponse au Plan d’action humanitaire (Pah) 2013, sur les 37 millions de dollars requis, 10,7 millions ont été reçus (soit 29%) pour la réponse au choléra, auxquels s’ajoutent 1,5 million de dollars (1,477,154.00 exactement) versés à Médecins sans frontière (Msf) dans le cadre de la lutte contre le choléra (mais hors Pah) » précise le bureau de liaison du coordinateur humanitaire résident, Peter de Clercq, à AlterPresse.
En mai 2013, près d’une vingtaine de congressistes américains, dont la très connue Congresswoman Maxine Waters, ont écrit au Secrétaire Général de l’Onu, Ban Ki Moon, pour exprimer leur inquiétude sur le manque de support de l’Onu à l’éradication de l’épidémie.
Ils ont déclaré, sans ambages, être « consternés que les Nations Unies aient engagé seulement 23,5 millions de dollars [promesse faite le 11 décembre 2012] » pour l’initiative Hispaniola, que l’Onu a endossée en décembre 2012. Ce projet, conjoint, d’une décennie entre la République Dominicaine et Haïti, s’élève à 2,2 milliards pour Haïti et 70 millions pour son voisin.
« C’est 1% du financement total nécessaire pour financer l’initiative en Haïti, seulement. C’est également moins de 4% des 648 millions de dollars, que l’Onu consacre à la Minustah cette année » rappellent les congressistes à Ban Ki Moon.
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