Ces permanentes incantations constitutionalistes, révèlent en vérité, l'inadaptation de ce texte à la démocratie apaisée, pour laquelle le peuple haïtien a livré de si dures batailles. En effet, Haïti n'est pas le seul pays à s'être doté d'une Constitution, mais il doit retenir le record mondial de citations quotidiennes de sa Manman Lwa. C'est bien qu'il doit y avoir comme un problème.
Mais le plus étonnant pour l'observateur avisé de la scène politique nationale où s'agitent ceux que Graham Greene avait si justement baptisés “Les comédiens”, c'est de reconnaître dans la meute actuelle des fanatiques de la Constitution, les mêmes qui ont promu, organisé et profité des plus graves et plus sanglantes violations de la Constitution. On y remarque aussi, certains qui ont servi et défendu les armes à la main, l'une des pires dictatures que nous ayons connues. Ils ont aujourd'hui pour la démocratie formelle, le zèle du néophyte. En somme, nos constitutionalistes furieux , sont à la Constitution ce que les islamistes sont au Coran.
1) En dépit, des sévères sanctions électorales que leur a infligé le peuple haïtien, malgré des scores qui au Japon leur auraient imposé un suicide d'honneur, ils sont constamment “invités du jour” sur nos ondes radio et télé.
2) Notre culture nationale reste majoritairement fondée sur l'oralité; les déclarations, prises de positions et mêmes les actions de nos tragiques comédiens se perdent dans l'éther. Les radios sont chez nous, les seuls médias qui comptent et rares sont ceux qui ont cru nécessaire d'en constituer les archives. Quant aux bandes vidéos de nos télés, qui jusqu'à tout récemment étaient au nombre de 2, elles ont été effacées (faute de moyens ou délibérément) ou volées après chaque convulsion politique.
3) L'espérance de vie du citoyen haïtien est courte, moins de 50 ans, et notre population majoritairement jeune. Combien de ceux qui habitent ce pays, et cette capitale ravagée le 12 janvier, ont-ils vécu consciemment la “transition démocratique” entamée il y a un quart de siècle, combien se souviennent encore de la dictature des Duvaliers ? Plus qu'une poignée certes, mais clairement une minorité, dont seule une fraction peut éviter de se faire berner par nos volubiles donneurs de leçons.
Ils ont le culte des dates, mais pas de la durée. Ainsi, le Chef de l'État doit obligatoirement être installé un 7 février, mais la durée constitutionnelle de son mandat peut être modulée selon leurs fantasmes de pouvoir. Ils s'étonnent, se scandalisent même de la stagnation économique de notre pays, après avoir par aventurisme politique, entraîné eux-mêmes un embargo, que par aveuglement ils n'avaient su prévoir. Ils invectivent le gouvernement qui ne respecte pas le sacro-saint calendrier électoral, qui n'a toujours pas su mettre en place le Conseil Électoral Permanent. Feignant d'ignorer, que l'instabilité instaurée par leur irresponsabilité est au coeur de cette situation déplorable. Ils pleurent sur l'évasion de nos meilleurs cerveaux vers l'Amérique du Nord, sur l'hésitation de notre diaspora à investir dans son pays d'origine, alors que ce sont eux qui depuis le 30 septembre 1991, ont freiné le mouvement de retour au pays et qui n'ont pas cessé dès lors, en persistant dans leur comportement malfaisant, de drainer Haïti de ses meilleurs ressources humaines et économiques.
Un Conseil Électoral n'est crédible que s'ils l'ont eux-mêmes noyauté, le verdict des urnes valable, que s'ils l'ont eux-mêmes emporté. Les élections sont toujours trop tôt ou trop tard, selon que leur complot ne soit pas encore ficelé ou qu'il ait été éventé.
Trève de miroirs aux alouettes, de gouvernements de consensus, de facto ou de salut public, de conciliabules dans des chambres d'hôtel ! Nous ne sortirons de l'ornière où nous sommes, par le verdict populaire !
Le Président Préval a commis une erreur bien intentionnée en fixant la fin de son mandat au 7 février 2011. Il tentait, je présume de corriger le décalage induit par les contorsions politiques de nos constitutionalistes. Au vu de la situation d'exception provoquée par le séisme du 12 janvier, il serait mieux inspiré, non pas de prolonger son mandat, mais de le rétablir dans sa durée constitutionnelle. Ainsi, pourrait-on espérer réaliser des élections générales crédibles, sous l'égide d'un gouvernement légitime. C'est à mon avis la moins mauvaises des solutions.
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