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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti : un pays traversé par un cycle de turbulences porteuses de déchéance - Par Erno Renoncourt

Publié par Erno Renoncourt sur 16 Octobre 2016, 13:17pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques

L a ville de Jérémie après le cyclone

L a ville de Jérémie après le cyclone

Bonsoir,

Tous les signaux et les motifs, provenant du modèle de données qui structure notre écosystème, laissent croire que la prochaine turbulence est là en train de se couver et de prendre forme. Elle se profile derrière les évènements d’apparence banale ou portés par des contingences naturelles. Ainsi, Haïti semble être traversé par un cycle de turbulences porteuses de déchéance. C’est le modèle d’affaires qui structure cet écosystème où des prédateurs en mission ou en transit s’acharnent à structurer l’indigence à travers l’assistance humanitaire. Mais ce modèle ne serait pas viable si tous, autant que nous sommes, nous ne participions pas à sa croissance.

Lisez et comprenez le choix qui s’offre à nous face à la prochaine turbulence qui révèlera un autre pan de notre déchéance.

Bonne lecture


De l’onde sismique à l’onde cyclonique : un même constat d’échec


         Pour remonter sur une échelle de temps assez courte et à portée de mémoire, on notera qu’il y a eu l’onde sismique du 12 janvier 2010. Foudroyante et pourtant prévisible, elle ne nous a pas moins surpris. Elle a étalé notre incapacité à nous projeter dans l’avenir. Elle a révélé notre mépris vis-à-vis de l’utilisation des outils d’anticipation capables de rationaliser notre écosystème et de structurer notre modèle décisionnel. Mais plus encore, elle a montré combien nous étions entourés de prédateurs motivés par le seul objectif qui conditionne leur existence : transformer l’échec collectif en réussite individuelle.


Ainsi, de cette onde, nous retiendrons l’impact d’un échec institutionnel et humain collectif...Mais aussi les échos des succès individuels qui découlent toujours de l’échec.


Puis, des vents mauvais, poussés de ça, de là, gonflés dans les tourbillons d’ici et d’ailleurs, ont portés, le 14 mai 2011, une onde politique d’une profonde indigence. Malsaine, crapule, arrogante, fourbe et pleine de duplicité, cette imposture nous a montré le visage d’une société prête à s’accommoder de tout et même du pire. Qui pour s’enrichir au prix des mauvais arrangements ! Qui pour se faire une opportunité au prix de toutes les soumissions ! Qui pour échapper à la précarité au prix de toutes les humiliations ! Qui pour survivre au prix de toutes insouciances ! Qui pour embellir leur profil d’expérience et se préparer pour les postes internationaux donnant accès aux honneurs amidonnés récompensant les soumis.


Traversée par des intérêts en perpétuelle révolte contre l’intelligence, et la légalité, l’imposture Tet Kale a mis à nu la société haïtienne. Elle a révélé la délinquance de nos élites, l’indigence humaine et technique du personnel politique, l’incompétence managériale et éthique de nos professionnels, l’incurie du service public, l’escroquerie des services privés offerts à la population, la servilité de certains propagandistes, la docilité et la complaisance de certains médias et surtout la connexion à un réseau d’accointances soumises à de puissants intérêts étrangers.


De cette onde politique nous retiendrons l’immense précarité institutionnelle dans laquelle se trouve Haïti après 5 ans de politique de « la première fois », portée à bout de bras par la communauté internationale et célébrée par ceux qui ont su en profiter « tet kale » : Victoire pour l’indigence Humaine ! Victoire pour la déchéance institutionnelle !


Et c’est là que survient l’onde cyclonique Matthew qui révèle toute l’imposture des projets de l’administration Tet Kale mais aussi de ceux qui l’ont précédé. On se demande, comment un pays qui a liquidé en 5 ans quelque 2 milliards de dollars des fonds de PetroCaribe peut se trouver dans cette indigente précarité ? Comment un pays qui a reçu l’assistance managériale de la puissante Fondation Clinton gérant quelque 10 milliards de dollars récoltés après le séisme du 12 janvier 2010 peut maintenir sa population rurale dans cette infra humanité qui insulte la dignité ?


Au risque de nous attirer les foudres des puissants, osons dire la vérité : Il y a une profonde indigence à vivre sur une île, cycliquement traversée par des secousses sismiques et balayée par des rafales cycloniques, sans savoir construire durablement. Il y a une profonde escroquerie et une insoupçonnable inhumanité dans le désir de profiter de la détresse des autres pour assouvir ses appétences personnelles.


Vers la prochaine turbulence


Au-delà de ce constat, regardons l’avenir. Et demandons-nous quelle sera la nature de la prochaine turbulence ? Sera-t-elle naturelle ou humaine ? Sera-t-elle hasardeuses ou provoquée ? Si l’on s’efforce de structurer le cycle de ces turbulences pour déceler les motifs qui s’y cachent et dégager des connaissances comme règles de décision, comme dans une modélisation de fouille de données, on peut avec un support de confiance élevé prédire que la prochaine catastrophe sera là dans au plus 6 mois.


Au vrai, elle est là, en train de se couver sous nos yeux. Elle est là, en train d’être mise en forme à partir des évènements d’apparence banale, à partir des contingences naturelles face auxquelles nos élites, nos responsables sont toujours désarmés. Elle est là, en train de s’imprégner de l’écosystème, comme un virus, pour mieux profiter des faiblesses afin de surgir au moment opportun.


Pourtant, dans notre aveuglément obstiné, dans notre préférence pour les réflexions simplistes, dans nos modèles d’affaires dépourvus d’outils d’anticipation des risques, nous ne voyons rien venir. Habitués à gérer l’urgence et l’immédiateté, nous refusons les outils d’aide à la décision qui permettent d’agir en réduisant les niveaux d’incertitude. Ainsi, nous allons nous faire surprendre encore une fois par la prochaine onde qui de toute évidence sera politique. Pour asseoir notre hypothèse nous nous appuyons sur le modèle qui veut que les catastrophes et les crises soient les moments privilégiés pour imposer le système politique qui va dans la dynamique de la pensée dominante.


Or la pensée dominante haïtienne est celle de la réussite d’une minorité au détriment de la collectivité. Elle est celle qui célèbre l’indigence en permettant à l’obscurité de faire reculer la lumière. Elle est celle qui permet de mobiliser l’assistance pour structurer l’indigence. N’est-il pas vrai qu’après la catastrophe du 12 janvier, il a fallu un modèle politique indigent pour contrôler les structures étatiques et canaliser l’aide vers les réseaux d’accointances qui tissent les fils de la corruption ? N’est-il pas vrai qu’il a fallu un système judiciaire dysfonctionnel et défaillant pour empêcher de faire le jour sur la gestion douteuse des fonds, des dons et des ressources collectés après le séisme et bloquer toute enquête sur les cas d’enrichissement soudains qui se révèleront ? N’est-il pas vrai qu’il faille maintenir et recycler la même équipe au pouvoir pour empêcher l’éclosion d’une alternance politique porteuse d’espoir et d’exigence de redevabilité ?


Si vous ne croyez pas mon raisonnement, referez-vous aux informations publiées sur Haïti par Wikileaks et par d’autres sources documentaires crédibles qui révèlent que les amis de Bill (the FOB’s) qui constituent, en Haïti, le principal réseau d’accointances planifiant, avec d’autres bien entendu, les stratégies pour Haïti, ont joué au billard et aux quilles avec la vie des haïtiens. Ne se souciant que de leur réussite, ils ont planifié l’échec haïtien, avec la passivité et la complicité des acteurs locaux.


Ainsi, si le cycle suit la logique de sa progression, il faut s’attendre à ce que l’après Matthew soit mis à contribution pour redynamiser ce réseau afin de reprendre la main sur ce processus électoral qui a failli leur échapper après l’ajournement des élections de 2015. Tous les signaux, tous les motifs extraits du modèle indiquent que l’on va vers ce sens : maintenir Haïti dans l’indigence pour préserver le modèle d’assistance. Et tout est en train d’être mis en œuvre. Et tout sera mis en œuvre.


Mais comme toujours dans leur incompétence et leur indigence les acteurs politiques ne comprennent pas encore que ce nouveau calendrier électoral qui met un probable second tour après le deuxième lundi de janvier 2017 est un élément du puzzle qui va dans ce sens. Il va permettre désormais à la minorité acquise au réseau d’accointances qui dessine les plans de notre échec d’avoir le contrôle du sénat et d’orienter le jeu dans le sens souhaité par la pensée dominante.


A bien regarder l’échiquier électoral haïtien, à bien regarder le contexte de l’après Matthew, combien précaire et soumis à toutes les sollicitations d’assistance et de manipulation, ce calendrier ne peut être qu’une nouvelle arnaque pour que le réseau d’accointances dominé par les intérêts étrangers reprenne la main sur la stratégie électorale.


Ainsi la prochaine turbulence sera forcément décisive. Qu’elle soit portée par le cycle des catastrophes naturelles ou téléportée par le cycle des crises politiques, elle va sceller le destin d’Haïti pour la prochaine décennie. Et ce destin est effrayant. Car depuis le modèle de la présidence à l’indigence de 2010, les choix politiques qu’on nous propose sont de plus en plus mauvais et indigents. On s’empressera de reconnaître que c’est aussi le cas ailleurs, en France et aux USA, où le capitalisme semble se condamner à sombrer dans la fange pour maintenir sa domination.


De cette prochaine turbulence se dégage une perspective inquiétante et angoissante qui cherche à modéliser l’indigence institutionnelle et humaine comme l’avenir d’Haïti. Et on se demande si Haïti n’est pas un cas d’expérimentation pour façonner le visage hideux du capitalisme qui cherche à sortir du modèle déclinant de l’état de droit.


Osons le choix de la dignité et du courage


Pourtant, dans le cas haïtien, on ne peut s’empêcher de reconnaitre que le problème n’est pas totalement idéologique. L’échec haïtien n’est ni essentiellement Macoute, ni essentiellement Lavalas, ni essentiellement Tet Kale. Il est le résultat d’un écosystème qui cultive le marronnage comme mode de survie. Il est le reflet d’une société qui n’a pas encore émergé et qui se cherche dans une indigente errance. Il est l’écho d’un milieu qui refuse les choix courageux, éthiques et intelligents et qui préfère les voies faciles et simplistes. Il est un mélange subtil de corruption, de mauvais arrangements, de soumission, de lâchetés, de complaisance, d’escroquerie, de neutralité, d’insouciance, d’indifférence, d’indigence, de crapulerie et d’opportunisme. Il est le reflet d’une Haïti prise dans l’arnaque de douteux projets et déformée par le prisme de puissants intérêts étrangers.


Tant que cet écosystème perdurera, l’indigence sera notre avenir. Tant que certains se réfugieront derrière le marronnage pour justifier leur soumission et leur silence, la victoire appartiendra aux crapules et aux escrocs. En tout temps, la dignité et la liberté ont toujours été au bout du courage. Il appartient donc à ceux qui sont encore capables d’intelligence, de courage et de dignité d’oser affronter le monstre pour empêcher que la parole soit confisquée pour désarmer la population et les générations futures. Il faut oser le choix éthique comme la voie qui relie la parole insoumise, la pensée libre et critique à l’engagement citoyen et à la responsabilité des élites.


C’est seulement ainsi que nous pourrons prévoir et maitriser les cycles des turbulences naturelles ou programmées. C’est seulement ainsi que nous pourrons éviter nos cycles électoraux soient une perpétuelle quête infamante vers l’immunité et vers l’enrichissement illicite. Empressons-nous de dire que ce n’est pas s’enrichir qui est un crime, c’est quand on le fait systématiquement au détriment de la collectivité. Ce n’est pas la réussite qui est indigente, c’est quand elle profite des faiblesses de la collectivité pour s’épanouir.


Osons affronter la violence de cette vérité, refusons les complaisances qui nous obligent à nous accommoder de l’indigence, définissons de nouveaux projets pour célébrer, au-delà de la résilience, l’innovation et l’intelligence, résistons aux privilèges et aux honneurs qui ne sont souvent là que pour dompter, soumettre et asservir. Osons aller vers ce pôle-éthique qui ouvre la voie à nouvelles perspectives politiques dans l’intérêt de la collectivité.
 

Erno Renoncourt
Erno.renoncourt@integraledatastats.net
15 octobre 2016
Page 3 sur 3    erno.renoncourt@integraledatastats.net

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