Haïti baigne dans un océan d'indigence qui projette ses ondes médiocres et mortifères à des hauteurs défiant l'imagination. Pourtant, il faut encore espérer pouvoir trouver et réunir ces hommes et ces femmes capables d'oser le sauvetage national, par leur engagement éthique, fait de courage, d'authenticité et de sacrifice.
engagement entre Courage, Authenticité et Sens du Sacrifice
Cette semaine, mes derniers articles m’ont valu quelques commentaires dont certains sont assortis de pertinentes questions. Je me propose de répondre à trois d’entre elles par leur portée qui semble relever d’un intérêt général.
Je commence par la première. Un lecteur m’a demandé pourquoi des médias haïtiens en ligne qui revendiquent une ligne éditoriale militante ou alternative ne publient pas mes textes pour permettre à davantage de gens de prendre connaissance de mes contenus ? Pour être honnête, je pense que seuls les responsables de ces médias peuvent répondre à cette question. Cependant, j’aimerais dire à ce lecteur que ce n’est pas la mesure de l’audience d’un texte, ce n’est pas la médiatisation à outrance d’un contenu qui lui donne de la valeur. Et même qu’il semble de plus en plus évident que, dans certains contextes, plus un contenu est médiatisé, plus il est insignifiant. En outre, je rappellerai à ce lecteur que les médias ont des modèles d’affaires et publicitaire qui influent sur leur politique éditoriale, en conséquence ils ne sont pas toujours libres de publier ce qui est profondément en rupture avec le système. Et c’est là que l’opinion publique doit faire attention à l’enfumage médiatique, car ce n‘est pas parce qu’un média publie un contenu contre la corruption ou contre un pouvoir autoritaire qu’il est automatiquement un média militant et d’information alternative. Il y a des médias qui savent jouer sur tous les tableaux de l’actualité pour augmenter leur audience en sachant surfer sur les thèmes qui peuvent drainer du public. Certains médias ont un modèle d’affaires qui génère des revenus en fonction du nombre de clics des internautes, d’autres ont un modèle d’affaires qui est financé par des entrepreneurs et des organisations qui leur imposent une certaine ligne éditoriale, d’autres ont une politique éditoriale qui exige l’exclusivité sur les contenus qu’ils publient. En tout état de cause, le lecteur doit savoir que les médias sont des outils culturels et qu’ils font partie de l’écosystème de valeurs qui concourent à la stabilité du modèle politique dominant. C’est du reste pourquoi, il est demandé aux lecteurs résolus de voir de nouvelles idées émerger de casser le monopole des médias en participant à la diffusion dans leurs propres réseaux des contenus qui leur paraissent pertinents.
Quant à la seconde, elle est au vrai une question indirecte. Car le lecteur, dans son commentaire, regrette (selon ses propres mots) « que je sois forcé de toujours parler en mon nom », et semble (d’après moi) se demander logiquement pourquoi les contenus de mon blog ne résonnent pas d’un travail d'équipe ? Avant de répondre à cette question, je dois remercier ce petit nombre de lecteurs qui trouve le temps de lire, de partager et de commenter avec moi ou dans leur réseau mes articles. C’est assez encourageant comme perspective de fidélisation d’un lectorat avisé et conscientisé pour la prochaine campagne de vulgarisation du récit sur l’indigence. Et peut-être est-ce là aussi le signe d’un petit pas vers la construction d’un réseau intègre de citoyens haïtiens engagés et solidaires pour faire éclore un leadership national haïtien alternatif et responsable.
C’est dans le fil de cette espérance que je me permets d’apporter une réponse aux regrets de ce lecteur, en lui disant que si je parle toujours en mon nom et que mes contenus ne reflètent pas une vision d’équipe, c’est en raison même de l’indigence. Je crois que ce lecteur est assez avisé pour savoir qu’oser dire la vérité demande du courage. Et que, dans un écosystème fortement précarisé où le moindre succès et où la mobilité sociale se gagnent par le silence, la soumission, l’indignité, l’imposture, le marronnage et la malice, c’est en termes de sacrifice et même de suicide professionnel que se pose le choix de l’engagement pour la vérité. Parce que la vérité responsabilise et oblige à aller au-delà des slogans, il sera toujours difficile de trouver foule pour la reprendre et la brandir quand ses étendards sont de feu authentique et on de fulgurances ou d’impostures subventionnées.
Et c’est là que l’opinion publique doit faire attention aux idées qui sont médiatisées, car jamais dans l’histoire des luttes pour le changement véritable les idées de progrès n’ont été spontanément admises. Puisqu’elles portent les forces d’avenir, elles sont logiquement en rupture avec le système et ne seraient être relayées par les acteurs au service du système. Voilà pourquoi la précarité empêche toute solidarité avec la pensée critique non subventionnée qui n’est seule capable d’aller loin dans le désir de rompre avec le système. Pour juger de la valeur des organisations en Haiti, je demande à ce lecteur, très avisé, de regarder les réseaux financiers qui sont derrière elles et de questionner les interactions de leurs membres avec le contexte problématique de l’écosystème. N’est-il pas évident qu’il y a une faille dans le fonctionnement de ces organisations quand on sait qu’elles n’ont jamais trouver un modèle éthique pour promouvoir un autre leadership alors les membres qu’elles envoient les représenter dans les structures de responsabilité collective s’arrangent systématiquement pour se conduire en irresponsables en se mettant, une fois investis de leurs nouveaux statuts, au service de leurs intérêts personnels ?
D’ailleurs, où est la résistance des organisations d’enseignant, d’étudiant, de droits humains, de femmes, de journalistes, de socioprofessionnels, de militance politique et de la société civile face à ce contexte si ombrageux et menaçant pour l’avenir d’Haïti ? Pourquoi ne se sont-elles jamais parvenues à dépasser leur sectarisme pour opposer une résistance commune contre la montée du gangstérisme politique en Haïti ? Le lecteur n’a-t-il pas le sentiment qu’elles sont toutes muselées et murées dans une impuissance qui conforte le statut quo, car toutes financées par les Georges Soros, les Jeff Bezos, les Clinton et autres pourvoyeurs de bouts d’os qui ne recherchent que les profils les plus souples, les plus soumis, les plus vils pour relayer leurs idées ? Au risque de me faire lyncher, j’ose dire qu’il y a plus de chance, dan cette haiti indigente, de trouver des relais pour monter une organisation qui fait la promotion des valeurs LGBT que de lancer une mobilisation sérieuse pour résister contre la criminalité politique triomphante. Dans ce contexte se retrouver en équipe au sein de ces organisations n’est pas toujours une preuve d’efficience de lutte. Car, c’est souvent pour jouer les contre feux et étouffer la pensée critique que l’on se met en équipe en Haïti, puisque comme le dit un proverbe anonyme, plus dense est le fumier, plus épais et obscur est l’enfumage qui nourrit l’errance. La pensée critique sera toujours un exercice solitaire, car dangereux et périlleux dans un écosystème indigent.
Suite dans le lien.
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