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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Lu dans le journal le "Matin de Boulos" (1)

Publié par Elsie HAAS sur 28 Décembre 2006, 03:30am

Catégories : #AU MATIN DE BOULOS



L'humour selon M. Trouillot

Dans le journal où il signe des chroniques, M. Lyonel Trouillot  répond , le mercredi 20 décembre à la critique d'un lecteur en ces termes : "J'ai été étonné de la réaction d'un ami à ma récente chronique : « ala ti nèg bandi ! » Il a trouvé que le ton était impertinent, puisque, après tout, malgré tout, cela s'adressait au premier ministre. »

 Il revendique son droit à l'humour et  s'en explique  gaillardement: «  Il faut de l'humour et des belles formules, des chansons pwen, comme les pèp la pare mamit pou li, les toulejou m sou, les machann chabon souple fè ti bourik la, les belles moqueries d'hier qui mettent du dérisoire dans le tragique et le doigt dans la plaie. Cela aussi fait partie de la démocratie. La borne à ne pas franchir, c'est, j'y reviens, la calomnie et, uniquement si l'on veut contribuer de cette façon-là à la construction républicaine, la dégradation du principe des institutions républicaines. »
Admettons. Cependant dans une démocratie bien faite le droit à l'humour devrait également savoir une fois  de temps  à autre, s'appliquer à soi-même. Au regard de l'échec retentissant de la corporation des intellectuels à contribuer à faire avancer la réflexion dans le pays,  une pratique de l'autodérision s'avérerait impérative et même thérapeutique. Ces intellectuels devraient prendre exemple sur le peintre hougan André Pierre, qui, quand je l'ai rencontré en 1986 dans sa maison/atelier/hounfor de Croix des Bouquets, riait aux éclats de ses propres théories invraisemblables sur le vaudou, le catholicisme et les religions en général. Il avait toujours l'air de nous dire « Si vous êtes assez naïfs pour croire à toute cette histoire, ça vous regarde. Pour moi tout cela n'est que poésie, contes et rigolades. » A l'époque, les médecins ne lui avaient pas encore interdit l'alcool et  les yeux pétillants de malice qui nous rappelaient « Ceci n'est pas une affaire sérieuse » , il levait son verre de tafia à la santé de l'imaginaire.
Hélas, on en bien loin d'André Pierre qui était un paysan, fils de paysans analphabètes. La corporation des Zentellectuels ignore l'autodérision, et de plus souvent confond arrogance  avec humour. Leur « humour » qui prend exclusivement l'Autre pour cible s'apparente à du dénigrement. L'autre, bien sûr, ce n'est surtout pas moi "le Saint-Louisien", c'est le diable, le méchant, le con, le sot, le pauvre, le médiocre, le Nul, l'Aryere, le Noir, le sauvage, le petit baka, le terroriste, la chimère, le communiste, l'analphabète.

Faut-il  faire un lien entre ce comportement  et ce que M Jean Amil Louis Juste appelle « la personnalité autoritaire de l'étudiant haïtien »  -titre de l'un  de ses articles- ? M. Jean Juste est professeur à l'Université d'Etat d'Haïti ;  on peut supposer qu'il sait de quoi il parle. Ecoutons-le:
« Cette fuite en avant, participe de l'ultime tentative de se fermer à l'autre, pour ne pas lui ressembler. La ressemblance semble impliquer le devoir de rassemblement, expression politique de la réciprocité solidaire. Nier son appartenance sociale et l'exorciser par toute une série de mécanismes défensifs, ce sont des contenus de l'angoisse qui préfigurent la formation de la personnalité autoritaire. Si l'on ne se rencontre pas en l'autre, surtout quand ce dernier est la propre réfraction de soi, il est difficile d'admettre l'hypothèse de l'altérité.
Dans ces conditions, grande est la tentation d'opprimer l'autre en vue de se montrer différent. »




 
Une affaire sérieuse

        Dans Radio  Métropole et dans la majorité des autres agences de presse haïtiennes on lit  que «  A l'initiative de la Fondation Françoise Canez Auguste et Image Marketing, les personnalités suivantes : Michèle Pierre-Louis, l'écrivain haïtien Frankétienne et le musicien haïtien, Lenord Fortuné dit Azor, ont été choisies comme étant des trésors nationaux vivants. »

            En dehors de l'aspect comiquement absurde de cette « affaire sérieuse », la presse ne nous donne aucune informations sur la dite « Fondation Françoise Canez Auguste » (qui c'est ?) ni sur Image Marketing (même question), les  2 promotteurs de cette affaire. Le prix, nous dit-on, a pour objectif «d'honorer de leur vivant des citoyens ou des citoyennes haïtiennes qui ont marqué positivement l'histoire d'Haïti pendant ces vingt dernières années de façon à en faire une source d'inspiration pour les autres. »
        Rien que ça !!!!! Encore faudrait-il que  l'oeuvre de ces personnalités sélectionnées pour servir de source d'inspiration  au public en général et aux Haïtiens en particulier, soit connue  du grand public. Il aurait,  éventuellement, fallu commencer par ça.
Mais comme il s'agit d'une affaire sérieuse, trop d'informations risqueraient  d'enlever du sérieux à  « cette affaire sérieuse ».



C'est pas de la blague !
 

"Jean-Claude Bien-Aimé, premier lauréat national en Philo A et élève du Collège Saint-Alphonse de Cité Soleil a obtenu une note finale de 943/1110, avec une moyenne de 8,57/10. Le jeune prodige de Cité Soleil a ainsi supplanté Geneviève Chéry du Collège Marie Anne à Christ Roi, qui a obtenu une note finale de 828/1100, avec une moyenne de 7,52/10."
                La nouvelle, bien que pour le moins surprenante,  n'est pas apparue à la première page des journaux comme c'eut été le cas dans n'importe quel autre pays.  Alors que le bidonville de Cité Soleil est décrit comme l'enfer sur terre par les médias dominants de Port-au-Prince et les agences internationale de presse la réussite de ce jeune homme  qui vit en enfer aurait dû soulever des questions  et amener les Zentellectuells   futurs candidats au titre de « trésors nationaux vivants » qui pullulent  en Haïti: ethnologues, sociologues, anthropologues, philosophes, sociologues, historiens, économistes,  à se pencher sur ce cas.  le public  ne saura  donc jamais  qui est Jean-Claude Bien Aimé  et pourquoi ce "premier lauréat national en Philo A et élève du Collège Saint-Alphonse de Cité Soleil, ne s'est pas présenté à la cérémonie officielle de remise de primes organisée vendredi par le ministère de l'Education à l'auditorium du Nouveau Collège Bird. »
             C'est pas de la blague. Jean-Claude Bien Aimé est un jeune  homme de Cité Soleil qui a obtenu la  meilleure note au bac de 2006, soit : 8,57/10 de moyenne et nul ne s'est intéressé à lui. Espérons que les troupes de la Minustah, les gangsters et les milices lui laisseront la vie sauve. Espérons que le gouvernement lui offrira les moyens de poursuivre ses études. Espérons que ses études terminées, il pourra travailler dans son pays. Espérons que ni  des « combattants de la liberté » ni des «  sociétés civiles » et autres gropuscules dépendants de la « communauté internationale »  ne l'obligent à fuir son pays, Haïti. La meilleure chose que l'on puisse souhaiter à Jean-Claude Bien Aimé c'est qu'il évite la case« trésor national vivant » pour aller se poser sur celle  « homme de bien » .


   

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