L'humour selon M. Trouillot
Il revendique son droit à l'humour et s'en explique gaillardement: « Il faut de l'humour et des belles formules, des chansons pwen, comme les pèp la pare mamit pou li, les toulejou m sou, les machann chabon souple fè ti bourik la, les belles moqueries d'hier qui mettent du dérisoire dans le tragique et le doigt dans la plaie. Cela aussi fait partie de la démocratie. La borne à ne pas franchir, c'est, j'y reviens, la calomnie et, uniquement si l'on veut contribuer de cette façon-là à la construction républicaine, la dégradation du principe des institutions républicaines. »
Admettons. Cependant dans une démocratie bien faite le droit à l'humour devrait également savoir une fois de temps à autre, s'appliquer à soi-même. Au regard de l'échec retentissant de la corporation des intellectuels à contribuer à faire avancer la réflexion dans le pays, une pratique de l'autodérision s'avérerait impérative et même thérapeutique. Ces intellectuels devraient prendre exemple sur le peintre hougan André Pierre, qui, quand je l'ai rencontré en 1986 dans sa maison/atelier/hounfor de Croix des Bouquets, riait aux éclats de ses propres théories invraisemblables sur le vaudou, le catholicisme et les religions en général. Il avait toujours l'air de nous dire « Si vous êtes assez naïfs pour croire à toute cette histoire, ça vous regarde. Pour moi tout cela n'est que poésie, contes et rigolades. » A l'époque, les médecins ne lui avaient pas encore interdit l'alcool et les yeux pétillants de malice qui nous rappelaient « Ceci n'est pas une affaire sérieuse » , il levait son verre de tafia à la santé de l'imaginaire.
Hélas, on en bien loin d'André Pierre qui était un paysan, fils de paysans analphabètes. La corporation des Zentellectuels ignore l'autodérision, et de plus souvent confond arrogance avec humour. Leur « humour » qui prend exclusivement l'Autre pour cible s'apparente à du dénigrement. L'autre, bien sûr, ce n'est surtout pas moi "le Saint-Louisien", c'est le diable, le méchant, le con, le sot, le pauvre, le médiocre, le Nul, l'Aryere, le Noir, le sauvage, le petit baka, le terroriste, la chimère, le communiste, l'analphabète.
Faut-il faire un lien entre ce comportement et ce que M Jean Amil Louis Juste appelle « la personnalité autoritaire de l'étudiant haïtien » -titre de l'un de ses articles- ? M. Jean Juste est professeur à l'Université d'Etat d'Haïti ; on peut supposer qu'il sait de quoi il parle. Ecoutons-le:
« Cette fuite en avant, participe de l'ultime tentative de se fermer à l'autre, pour ne pas lui ressembler. La ressemblance semble impliquer le devoir de rassemblement, expression politique de la réciprocité solidaire. Nier son appartenance sociale et l'exorciser par toute une série de mécanismes défensifs, ce sont des contenus de l'angoisse qui préfigurent la formation de la personnalité autoritaire. Si l'on ne se rencontre pas en l'autre, surtout quand ce dernier est la propre réfraction de soi, il est difficile d'admettre l'hypothèse de l'altérité.Dans ces conditions, grande est la tentation d'opprimer l'autre en vue de se montrer différent. »
Une affaire sérieuse
Dans Radio Métropole et dans la majorité des autres agences de presse haïtiennes on lit que « A l'initiative de la Fondation Françoise Canez Auguste et Image Marketing, les personnalités suivantes : Michèle Pierre-Louis, l'écrivain haïtien Frankétienne et le musicien haïtien, Lenord Fortuné dit Azor, ont été choisies comme étant des trésors nationaux vivants. »
C'est pas de la blague !
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